Depuis qu’il a offert le web au monde, en 1989, Tim Berners-Lee passe une partie de son temps à en réparer les dérives, des algorithmes taillés pour l’addiction aux plateformes qui monétisent la moindre donnée. Sans surprise, ses cibles du moment sont les modèles d’IA, entraînés sur les données de tous sans jamais demander la permission. Sa parade porte un nom : Charlie, un assistant qui puise dans vos propres données, stockées chez vous, pour vous répondre.
En quoi Charlie change-t-il les règles ?
Une intelligence artificielle classique démarre aveugle : entraînée sur le web ouvert, elle ne sait rien de vous en particulier. Charlie prend le problème à l’envers. L’assistant puise dans votre Solid Pod, un coffre de données personnel qui reste entre vos mains, pour répondre avec une précision qu’aucun chatbot anonyme ne peut offrir. Demandez-lui quelles chaussures de course acheter : il sait que vous préparez un semi-marathon, le nombre de kilomètres que vous avalez chaque semaine, et si vous courez sur route ou en sentier.

Tim Berners-Lee résume l’idée par une image qu’il affectionne : Charlie travaille pour vous comme le ferait votre médecin ou votre avocat, tenu de défendre vos intérêts, et non ceux d’un géant de la tech. De quoi le démarquer d’un Alexa ou d’un Siri, arrimés à leur maison mère. « Claude ne comprend rien de vous, Charlie si », tranche l’inventeur du web, dont la démonstration s’appuie justement sur le modèle d’Anthropic.
Vos données restent-elles vraiment chez vous ?
Plutôt que d’expédier vos informations vers la base de données d’une entreprise, Charlie les conserve dans votre pod, un mécanisme aux antipodes (vous l’avez ?) des gros services d’IA. Quand vous posez une question, il examine ce que vous demandez et choisit les seules informations à transmettre au modèle d’IA, en retouchant au passage les données sensibles pour que l’outil obtienne une image utile sans accéder au détail brut. Un bouton de consentement vous laisse accorder, ou refuser, cet accès à chaque fois.
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Le gouvernement flamand, en Belgique, teste déjà des coffres de données citoyens pour ses services publics, et Inrupt, la société cofondée par Berners-Lee, pousse ses portefeuilles sécurisés depuis 2018. Le constat qui la motive est assez simple : sans données, les modèles d’IA n’existent pas, et ils y ont eu jusqu’ici un accès quasi illimité. Reste que Charlie n’est encore qu’une démonstration, pas un produit grand public : l’assistant fonctionne, mais sur un utilisateur fictif, et le passage à grande échelle reste devant lui.
L’idée a tout pour séduire : une IA aussi fine qu’un proche qui vous connaîtrait, sans la facture en vie privée. Reste un obstacle de taille, car ceux qui dominent l’IA ont bâti leur fortune sur l’accès libre à vos données, et rien ne dit qu’ils laisseront Charlie renverser la table. On a d’ailleurs déjà vu Anthropic bannir des utilisateurs arbitrairement.
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Source : Inrupt

