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Voici Gene.01, le robot italien qui sent tout ce qui le touche

Les humanoïdes de la Silicon Valley voient tout, mais ne sentent rien. Une startup italienne prend le contre-pied avec un robot recouvert de peau sensitive, déjà promis aux chantiers navals. Et il n’a fallu que six mois.

Tesla, Figure, Unitree : la course aux robots humanoïdes s’écrit depuis quelques années autour d’une même recette. Des caméras partout, des réseaux de neurones derrière, et l’espoir que la vision suffira à tout comprendre du monde physique. La deep tech génoise Generative Bionics arrive avec une conviction inverse : un robot appelé à travailler au milieu des humains a d’abord besoin de les sentir. Son premier-né s’appelle Gene.01, il a été dévoilé cette semaine lors de l’événement AMD Advancing AI, et sa particularité tient en une phrase : son corps entier est tapissé de capteurs.

Pourquoi apprendre à un robot à sentir qu’on le frôle ?

La peau de Gene.01 détecte le toucher, la proximité, la force et la température, sur l’ensemble de sa surface. Concrètement, le robot perçoit qu’un humain s’approche avant même le contact, et ajuste son comportement pendant celui-ci. C’est exactement ce qui manque aux robots industriels actuels, condamnés à vivre dans des cages grillagées (une solution d’ingénierie d’une élégance toute relative) parce qu’un bras mécanique qui ne sent rien est un danger ambulant pour quiconque passe à portée.

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Le pari du toucher règle aussi un problème que les caméras seules ne savent pas résoudre. Une IA de vision peut reconnaître un œuf, elle ne saura jamais à quelle pression le tenir sans le briser. Grâce à ses capteurs de force, Gene.01 apprend par démonstration : on guide son geste, il retient le mouvement et la pression exercée. Un peu comme on apprend à un enfant à porter un verre plein, en lui tenant la main plutôt qu’en lui projetant un tutoriel vidéo. Les ténors américains et chinois du secteur, eux, misent d’abord sur les caméras et comptent sur l’entraînement massif pour compenser. Deux philosophies, un même objectif : sortir l’humanoïde du laboratoire.

Du concept CES au chantier naval en six mois, vraiment ?

En janvier, Gene.01 n’était qu’un concept présenté lors du keynote AMD du CES de Las Vegas. Six mois plus tard, la machine fonctionne, marche et sent. La transition la plus rapide jamais réalisée vers un humanoïde fonctionnel, assure Generative Bionics, qui aime autant les records que les capteurs. La vitesse s’explique pourtant sans magie : l’entreprise est née en 2024 comme spin-off de l’Istituto Italiano di Tecnologia, le laboratoire génois qui fabrique des humanoïdes depuis plus de 20 ans. La lignée remonte à iCub, ce petit robot enfant qui a écumé les laboratoires européens, et la méthode de conception a été publiée dans la revue Nature Machine Intelligence. Un CV, en somme.

Le nerf de la guerre a suivi : 70 millions d’euros levés fin 2025 pour financer le produit, l’entraînement de l’IA et une première usine. Le premier client est déjà connu, et il ne fait pas dans la démo de salon : Fincantieri, géant de la construction navale, prépare avec la startup un humanoïde soudeur pour ses chantiers. Gene.01 est pensé comme une plateforme déclinable (l’IA, la carrosserie et même les mains changent selon le métier visé), avec la logistique, l’industrie et la santé en ligne de mire. Le tout revendique une ambition de souveraineté européenne : actionneurs développés avec l’allemand Synapticon, assemblage final sur le continent, et modèle du robot publié en open source pour les développeurs.

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Naïm Bada