La Corée du Sud est le pays le plus robotisé au monde, avec plus de 1 200 robots industriels pour 10 000 travailleurs, contre 231 en moyenne dans l’Union européenne. C’est dans ce pays, dont les usines de semiconducteurs et d’électronique fonctionnent depuis des années avec une densité de machines sans équivalent, que le choc entre humanoïdes et main-d’œuvre humaine se joue maintenant à grande échelle.
25 000 robots, un tiers des profits et un droit de veto : les termes du bras de fer
En janvier 2026, Hyundai avait annoncé le déploiement de robots Atlas (développés par sa filiale Boston Dynamics) dans son usine de véhicules électriques en Géorgie, aux États-Unis, à partir de 2028. En mai, le constructeur a précisé l’ampleur réelle de ses ambitions aux investisseurs : pas quelques dizaines de machines en test, mais 25 000 humanoïdes à terme sur ses lignes de production mondiales.
Les 73 000 membres du KMWU, le syndicat des métallurgistes coréens, ont pris la mesure du message et répondu par un vote de grève. Les revendications portent sur deux points. D’abord, un droit de veto sur tout déploiement d’automatisation et d’IA dans les usines. Ensuite, une prime de performance représentant un tiers des profits annuels du groupe (ce qui représenterait environ 27 000 dollars par ouvrier au regard des résultats actuels de Hyundai). La comparaison avec Samsung, dont les travailleurs ont obtenu des bonus bien plus élevés grâce aux bénéfices de l’IA, n’est visiblement pas passée inaperçue au sein du syndicat.
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Hyundai maintient que les robots n’ont pas vocation à remplacer les ouvriers, mais à occuper les postes les plus dangereux et les plus physiquement exigeants. C’est l’argument classique de l’automatisation bienveillante, aussi vieux que les premiers bras robotisés sur les chaînes de montage. La dernière grève totale chez Hyundai remonte à 2018 ; d’ordinaire, les négociations aboutissent avant d’en arriver là.
BMW, Renault, JAL : la même vague arrive en France
Autour de Hyundai, les déploiements d’humanoïdes se multiplient dans les usines mondiales. Japan Airlines a commencé à déployer des robots bagagistes à l’aéroport de Haneda, l’un des plus fréquentés au monde. La poste chinoise trie du courrier avec des humanoïdes. BMW teste ses propres robots sur la chaîne de montage de Leipzig. General Motors vient d’installer une cinquantaine de nouveaux bras robotisés à son usine Factory Zero de Détroit, pendant que 1 300 salariés restent en attente d’un retour sur le site.
En France, le virage est déjà engagé, avec un vocabulaire plus discret. Depuis février 2026, Renault teste le robot humanoïde Calvin, développé par la start-up française Wandercraft, dans son usine de Douai, sur des tâches de manutention de pneus. Objectif annoncé : 350 robots Calvin dans les usines du groupe d’ici fin 2027. Le constructeur est par ailleurs en pleine restructuration de son ingénierie, avec des suppressions de postes qui créent un contexte social tendu. Le dialogue social y prend néanmoins des formes très différentes de celles du KMWU coréen.
Ce pays déjà massivement automatisé vit avec les humanoïdes ce que l’Europe connaîtra dans cinq à dix ans : moins une exception industrielle qu’un test grandeur nature. La question de fond est identique des deux côtés : qui décide du rythme de déploiement, et qui partage les bénéfices de la productivité ?
Pour les ouvriers de Hyundai comme pour ceux de Douai, la réponse est attendue à la table des négociations. En attendant, les robots continuent de s’entraîner.
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Source : Financial Times

