Le pays qui a inventé Asimo sous-traite désormais ses robots humanoïdes à la Chine. Japan Airlines lancera dès mai une expérimentation sur le tarmac de Haneda, à Tokyo. Des robots bipèdes fabriqués par Unitree Robotics (Hangzhou) déplaceront bagages et fret vers les tapis de chargement. C’est une première dans un aéroport japonais.
Lors d’une démonstration devant la presse, un robot a poussé un colis sur un convoyeur, puis serré la main d’un employé. Le tout avec la stature d’un enfant de huit ans : 1,32 mètre de haut, 35 kg sur la balance. L’Unitree G1, vendu à partir de 16 000 dollars l’unité, embarque un LiDAR 3D et des caméras de profondeur. Ses mains à trois doigts manipulent les objets avec une précision raisonnable. Son autonomie plafonne à deux ou trois heures par charge (à peu près le temps d’un vol Tokyo-Séoul, pour donner une échelle).

Un essai en plusieurs phases, pas un remplacement immédiat
L’expérimentation s’étalera sur deux ans. La première phase consistera à cartographier les zones du tarmac où les robots peuvent évoluer sans risque aux côtés des humains. Viendront ensuite des tests en environnement simulé, puis un déploiement progressif sur les opérations réelles. JAL envisage à terme d’étendre leur rôle au nettoyage des cabines d’avion. Le président de JAL Ground Service, Yoshiteru Suzuki, a précisé à l’agence Kyodo que les tâches de sécurité resteraient l’affaire des humains. Les robots se limiteront à la manutention sur le tarmac.
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GMO Internet Group, partenaire du projet, a baptisé 2026 « première année des humanoïdes » et inauguré en avril un laboratoire de recherche dédié à Shibuya. L’entreprise développera les programmes de mouvement adaptés aux contraintes aéroportuaires (espaces restreints, équipements lourds, conditions météo variables). On est encore loin d’un tarmac entièrement automatisé, mais l’ambition affichée dépasse largement le coup de communication.
Pourquoi le Japon est le premier à franchir le pas
La réponse tient en deux chiffres. Le Japon a accueilli 42,7 millions de touristes étrangers en 2025, un record historique, et vise les 60 millions d’ici 2030. Haneda, à lui seul, traite environ 60 millions de passagers par an. Dans le même temps, la population en âge de travailler ne cesse de fondre. Le pays pourrait avoir besoin de 6,5 millions de travailleurs étrangers d’ici 2040 pour maintenir son économie à flot. Le secteur aérien, physiquement exigeant et mal rémunéré, est l’un des premiers à décrocher.
Le recours à des robots humanoïdes plutôt qu’à des systèmes automatisés classiques (convoyeurs, véhicules autonomes) s’explique par la nature même du travail au sol. Les opérations de manutention se déroulent dans des espaces irréguliers, autour d’équipements conçus pour des corps humains. Un robot bipède, même modeste, s’y adapte mieux qu’un chariot programmé pour rouler en ligne droite.
Le problème n’est d’ailleurs pas uniquement japonais. Les aéroports français ont connu des tensions comparables après le Covid : jusqu’à 4 000 postes vacants sur les plateformes d’Orly et Roissy, selon les syndicats. Les retards en cascade ont pesé sur tout le trafic européen. La question de l’automatisation des services au sol finira par se poser de ce côté-ci du globe. Elle se posera juste avec un accent différent.
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Source : Engadget

