Chez Meta, le micro s’est déjà installé dans les lunettes connectées et les appareils du quotidien. Un brevet publié le 2 juillet pousse la logique un cran plus loin : le document détaille un système d’IA conçu pour enregistrer la voix en continu et en déduire l’état émotionnel de son propriétaire. Un brevet ne fait pas un produit, mais celui-ci brille par un luxe de détails qui dépasse largement la déclaration d’intention.
Vos soupirs, vos rires et vos médicaments dans une base de données
Le texte décrit un dispositif qui capte les « communications audibles » : les mots, bien sûr, mais aussi les soupirs, les rires, le ton, le rythme, les pauses et jusqu’à la respiration. L’audio est transcrit, puis passé au crible d’un modèle d’apprentissage automatique chargé de quantifier l’humeur du moment. Le système croise ensuite ces signaux avec des « facteurs contextuels » : l’heure, le lieu, l’activité en cours et le moment de prise d’un médicament. Il en tire des synthèses du type état émotionnel plus positif à telle heure de la journée, ou une fois le traitement avalé. Un carnet de santé mentale tenu à votre insu, en somme.
Officiellement, tout cela relève du coaching sportif. Meta avance qu’une IA capable de lire les émotions corrigerait une posture ou adapterait un entraînement mieux qu’un coach humain. L’architecture décrite déborde pourtant la salle de sport de très loin, avec une « surveillance émotionnelle continue sur les appareils du quotidien » et des écoutes déclenchées à heures prédéfinies. Interrogée, l’entreprise répond que ses brevets « sont souvent déposés pour divulguer des concepts qui peuvent ou non être mis en œuvre ». La formule rassure à moitié : on rédige rarement des pages entières sur la corrélation entre humeur et traitement médical par pur exercice de style.
Amazon a déjà essayé, ses clients ont dit non
Le scénario a un précédent direct. En 2020, Amazon lançait le Halo Band, un bracelet de fitness équipé d’un micro et d’une fonction d’analyse du ton de la voix, censée détecter l’énergie ou la tension dans les conversations. Le tollé a été immédiat : dès 2021, le micro disparaissait du modèle suivant, avant que la gamme entière ne soit enterrée en 2023. Meta ressort donc du tiroir une idée qu’un géant du même calibre a abandonnée sous la pression de ses propres clients. Avec une différence de taille : ses lunettes se sont déjà écoulées à 7 millions d’exemplaires, un parc d’oreilles ambulantes dont Amazon n’a jamais disposé.
En Europe, pareil système percuterait de surcroît un mur réglementaire : le règlement sur l’IA interdit déjà la reconnaissance des émotions au travail et à l’école, et son article 50 imposera à partir du 2 août d’informer toute personne exposée à un dispositif de ce type. La CNIL n’a pas attendu : dès 2018, son laboratoire d’innovation alertait sur les assistants vocaux capables de deviner l’humeur de leurs propriétaires, et sur tout ce qu’un tel savoir permettrait de vendre. Huit ans plus tard, le brevet de Meta ressemble beaucoup à la matérialisation de cette alerte. Meta connaissait déjà vos clics, vos amis et vos trajets, ne manquaient à l’appel que vos soupirs.
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Source : Futurism

