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Même Google loue les serveurs IA d’Elon Musk, et les chiffres sont vertigineux

Elon Musk avait construit un super-ordinateur pour son IA Grok, qui n’en utilisait que 11 %. Il vient de le louer à Google pour 920 millions de dollars par mois, juste avant son entrée en Bourse.

Le 12 juin prochain, SpaceX fera son entrée sur le Nasdaq sous le symbole SPCX, avec l’ambition de lever 75 milliards de dollars à une valorisation de 1 750 milliards de dollars, ce qui en ferait la plus grande introduction en Bourse de l’histoire. Sa carte maîtresse n’est ni Starlink ni ses fusées : deux contrats de location de calcul lui garantissent près de 75 milliards de revenus futurs contractualisés. Anthropic paie 1,25 milliard de dollars par mois jusqu’en mai 2029 pour occuper l’intégralité du datacenter Colossus 1 à Memphis. Google, lui, verse 920 millions par mois pour accéder à un cluster d’environ 110 000 GPU Nvidia dans les infrastructures de SpaceX.

Pourquoi Grok a laissé 89 % des serveurs vides ?

En 2024, xAI, la division IA d’Elon Musk, construisait Colossus 1 en 122 jours près de Memphis pour entraîner Grok, son modèle concurrent de ChatGPT et Claude. Avec plus de 220 000 GPU Nvidia dans une architecture composite (H100, H200 et GB200 mélangés), le datacenter était présenté comme l’un des clusters les plus puissants de la planète au moment de sa mise en service. Le problème est venu de cette architecture hétérogène, qui s’est révélée difficile à paralléliser pour l’entraînement de Grok, si bien que xAI a déplacé sa charge d’entraînement vers le nouveau Colossus 2.

Grok, de son côté, ne recrutait pas les utilisateurs espérés. Les actifs journaliers sur mobile sont passés de 13,9 millions en mars 2026 à 12,2 millions en avril, soit une chute de près de 13 % en un mois (plus de 16 % aux États-Unis seuls). Pendant ce temps, Colossus 1 ne fonctionnait qu’à 11 % de sa capacité selon un mémo interne, très loin des 35 à 45 % habituels pour ce type d’infrastructure, et le segment IA de SpaceX affichait une perte d’exploitation de 2,47 milliards de dollars au premier trimestre 2026 pour environ 800 millions de revenus.

Avec 89 % des serveurs inactifs et xAI dans le rouge (6,4 milliards de pertes opérationnelles en 2025), SpaceX a décidé de louer l’infrastructure à des tiers. Elon Musk avait pourtant qualifié Anthropic de « malveillante », de « misanthrope » et de « woke » dans diverses interventions publiques. Il a signé avec elle un contrat d’exclusivité sur Colossus 1 pour 1,25 milliard de dollars par mois, puis déclaré que personne chez Anthropic « n’avait déclenché son détecteur de malveillance ». Google a suivi pour 920 millions par mois.

Google, champion mondial du calcul IA, passe à la caisse comme les autres

La situation de Google est peut-être la plus révélatrice des excès de la course à l’IA. Alphabet est souvent citée comme la société qui détient, à elle seule, la plus grande capacité de calcul IA au monde. Cela ne suffit pourtant plus : le groupe a prévu 185 milliards de dollars de dépenses d’investissement pour 2026 (le double de l’année précédente) et la demande pour Gemini Enterprise, sa plateforme d’agents IA, a dépassé ses prévisions.

Pour financer cela, Alphabet a levé près de 31,5 milliards de dollars de dette en moins de vingt-quatre heures en février 2026, dont une tranche obligataire à 100 ans libellée en livres sterling : 1 milliard de livres à 6,125 %, avec une demande dix fois supérieure à l’offre. C’est la première obligation centenaire émise par une entreprise technologique depuis Motorola en 1997 (les investisseurs devront attendre 2126 pour savoir s’ils ont eu raison d’y croire). Le niveau de dépenses est tel que même 126 milliards en caisse ne couvrent plus le rythme de construction de datacenters et d’achat de GPU que l’IA impose.

Pour les utilisateurs en France, le signal est moins abstrait qu’il n’y paraît. Les limites d’utilisation que vous rencontrez sur Claude, Gemini ou ChatGPT sont directement liées à la quantité de calcul disponible pour ces services. Anthropic l’a d’ailleurs montré très clairement : le jour de l’annonce de son contrat avec SpaceX, la société a doublé les plafonds d’utilisation de Claude Code.

La course à l’IPO et la course au calcul se superposent dans un paysage où Musk, qui avait bâti Colossus pour dominer l’IA, se retrouve à en être le propriétaire le mieux rémunéré, au bénéfice de ceux qui le concurrencent directement. Il aura fallu que Grok déçoive pour que SpaceX découvre sa vocation cachée : bailleur de fonds involontaire de ses adversaires les plus directs.

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Source : SEC


Naïm Bada