Le débat s’intensifie autour de la consommation énergétique liée au développement de l’intelligence artificielle. À l’occasion de la London Climate Action Week, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé ce mardi les dirigeants du secteur technologique à faire preuve d’une transparence totale concernant le coût environnemental de leurs infrastructures. Pour encadrer cette démarche, l’ONU lance officiellement une initiative pour la transparence environnementale dans le domaine de l’IA. L’objectif est d’inciter les entreprises à mesurer et publier des données précises sur l’empreinte carbone, la consommation d’eau et l’occupation foncière de leurs activités.
Les datacenters consomment presque autant que la France
Derrière le fonctionnement des grands modèles de langage comme ChatGPT, Gemini ou Claude se cache une infrastructure matérielle particulièrement énergivore. Selon une étude de l’ONU publiée début juin, les centres de données mondiaux ont consommé 448 térawattheures (TWh) d’électricité en 2025. À titre de comparaison, cette consommation globale se situe juste derrière celle de la France, qui s’élève à 468 TWh sur la même période.
Au-delà de l’électricité, la gestion des ressources naturelles représente un enjeu central. Antonio Guterres a rappelé que l’IA nécessite d’importantes ressources en eau et en foncier pour assurer le refroidissement et l’implantation des serveurs. Les projections de l’ONU indiquent que d’ici la fin de la décennie, les volumes d’eau mobilisés pour le refroidissement des datacenters de l’IA pourraient équivaloir aux besoins fondamentaux des 1,3 milliard d’habitants de l’Afrique subsaharienne pendant un an. Face à ces modélisations, le chef de l’ONU demande aux industriels de s’engager à alimenter l’intégralité de leurs installations en énergies renouvelables d’ici 2030.
Une expansion industrielle déconnectée de la réalité climatique
Cette prise de position politique intervient dans une période de forte croissance pour le secteur des infrastructures de calcul. La course à la puissance de traitement pousse les entreprises à déployer des complexes informatiques d’une ampleur inédite. C’est le cas du superordinateur Colossus de SpaceX et xAI, qui génère d’importants revenus en louant ses 110 000 à 220 000 GPU Nvidia à des acteurs comme Anthropic et Google.
Cette forte demande en infrastructures pèse également sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement des composants électroniques. La concentration de la production de puces de mémoire vive (DRAM) vers les serveurs dédiés à l’IA engendre des tensions sur le marché grand public.
L’obligation de transparence face au secret industriel
Pour l’ONU, le secteur technologique doit désormais standardiser ses indicateurs d’impact. Tout en reconnaissant que l’IA constitue un outil précieux pour optimiser les solutions climatiques, notamment à travers la gestion prédictive des réseaux énergétiques, Antonio Guterres estime que les populations locales doivent être mieux informées. « Les communautés sont souvent laissées dans l’ignorance quant à l’impact environnemental des infrastructures qui se développent autour d’elles », a-t-il souligné lors de son allocution à Londres.
En intégrant ce volet technologique à un plan d’action global, qui cible également les émissions de méthane et la fiscalité des énergies fossiles, l’ONU souhaite instaurer un cadre réglementaire plus strict. Reste à savoir si les acteurs dominants du marché de l’IA accepteront de lever le secret industriel entourant l’efficacité énergétique de leurs modèles pour se conformer à ces exigences de publication.
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Source : BFM Tech

