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Ces ingénieurs ont divisé par deux le coût du lithium et veulent casser le monopole chinois

Une équipe du MIT a mis au point un procédé pour extraire le lithium à température ambiante, deux fois moins cher que les méthodes actuelles. De quoi fragiliser la domination chinoise sur le raffinage de ce métal critique.

L’histoire commence de façon inattendue : il y a vingt-cinq ans, le professeur Yet-Ming Chiang, du MIT, achète une crème à graver le verre dans un magasin de bricolage pour rénover sa salle de bain. Il remarque que le produit « mange » la surface du verre. Des années plus tard, ce souvenir anodin lui donne l’idée d’un procédé qui pourrait rebattre les cartes de l’industrie des batteries. Les travaux, publiés le 28 mai 2026 dans la revue Science, décrivent une méthode radicalement plus simple pour extraire le lithium de la roche.

La cuisine traditionnelle du lithium

Aujourd’hui, pour extraire le lithium du spodumène (la roche la plus utilisée), il faut le « rôtir » dans d’immenses fours à plus de 1 000 °C pour provoquer une transformation de phase, puis l’attaquer à l’acide sulfurique. Le procédé est énergivore, polluant, et cher. Le reste de la roche est jeté. Les États-Unis, l’Europe et l’Australie possèdent d’énormes gisements de spodumène, mais c’est la Chine qui en raffine la quasi-totalité (73 % du raffinage mondial en 2024, selon l’Agence internationale de l’énergie).

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L’idée du MIT inverse le problème. Le spodumène est, comme le verre, principalement composé de silice. Les chercheurs utilisent un mélange d’eau et de fluorure d’ammonium (un acide faible que l’on trouve dans les crèmes à graver le verre) pour dissoudre d’abord la silice, à température ambiante (jusqu’à environ 95 °C), libérant ensuite le lithium. Le procédé tient dans de simples cuves en plastique agitées. Il extrait la quasi-totalité du lithium en moins de douze heures et fonctionne en boucle fermée : l’acide est réutilisé, et le processus produit aussi de l’alumine (pour l’aluminium) et de la silice cimentaire (pour le béton).

Chiang parle de mine « du museau à la queue », où l’on valorise toute la roche. À l’échelle industrielle, l’équipe estime pouvoir produire du lithium pour moins de 6 000 dollars la tonne, soit la moitié du coût actuel et un niveau compétitif avec les saumures (l’autre grande source de lithium, extraite par évaporation dans des bassins). « À grande échelle, nous pensons que ce sera la façon la moins chère de produire du lithium au monde », affirme le chercheur.

Un procédé bon marché, déployable hors de Chine, pourrait redistribuer les cartes de la souveraineté sur ce métal critique des batteries. La startup Rock Zero, issue du MIT, veut commercialiser la technologie : un pilote doit être construit fin 2026 pour être opérationnel en 2027. Des discussions sont en cours avec des miniers.

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Source : Science


Naïm Bada