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Transmettre l’idée, pas les données : Orange travaille sur une révolution qui pourrait changer Internet

Et si vos données n’avaient plus besoin d’arriver intactes, mais seulement d’être comprises ? Orange et le CEA ouvrent un laboratoire commun pour cinq ans, autour d’une idée qui renverse plus de soixante-dix ans de télécommunications.

Quand vous envoyez une photo à un proche, le réseau ne s’intéresse pas une seconde à ce qu’elle représente. Il la découpe en une longue suite de zéros et de uns, puis s’acharne à reproduire cette suite à l’identique de l’autre côté, à la virgule binaire près. Une seule erreur dans la copie, et c’est l’image entière qui peut se corrompre. Cette règle gouverne nos communications depuis les années 1940, et personne n’avait jusqu’ici de raison sérieuse de la remettre en cause.

Un laboratoire commun pour réinventer le réseau

Annoncé sur le stand d’Orange à VivaTech, ce partenariat de cinq ans réunit les chercheurs de l’opérateur et les équipes grenobloises du CEA autour d’un même terrain de jeu : les communications sémantiques. Derrière l’expression un peu aride se cache un renversement de logique assez vertigineux. Plutôt que de transmettre fidèlement chaque bit d’un message, il s’agit Et si vos données n’avaient plus besoin d’arriver intactes, mais seulement d’être comprises ? Orange et le CEA ouvrent un laboratoire commun pour cinq ans, autour d’une idée qui renverse plus de soixante-dix ans de télécommunications.de ne transporter que son sens, quitte à ce que les données reçues ne soient pas rigoureusement identiques à celles envoyées. Du moment que le destinataire comprend, la transmission est réussie.

Pour saisir la bascule, l’analogie la plus simple est la suivante : pensez à la différence entre recopier un texte mot à mot et le résumer à quelqu’un. Le réseau d’aujourd’hui est un copiste maniaque qui reproduit chaque virgule ; celui que dessinent Orange et le CEA ressemblerait davantage à un interlocuteur qui a saisi l’essentiel et le restitue avec ses propres mots. Le lancement a réuni Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, et Anne-Isabelle Etienvre, administratrice générale du CEA, aux côtés de la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff.

Pourquoi changer une règle vieille de soixante-dix ans

La théorie qui régit les télécoms remonte à 1948 et aux travaux de Claude Shannon, lequel avait posé d’emblée que le sens d’un message ne regardait pas l’ingénieur : seule comptait sa transmission fidèle. Le principe a parfaitement tenu pendant des décennies. Sauf que le trafic explose, que les centres de données engloutissent une part croissante de l’électricité disponible, et que les réseaux peinent à suivre sans empiler les investissements. Ne transmettre que l’utile devient alors une piste très sérieuse pour bâtir des réseaux plus sobres.

Dans sa démarche, Orange regarde aussi du côté de ce qui occupe une part croissante du réseau : les intelligences artificielles. Quand deux IA dialoguent aujourd’hui, elles s’échangent du texte qu’elles doivent ensuite re-décoder chacune de leur côté. Les communications sémantiques permettraient un échange direct de représentations mathématiques, sans repasser par la case langage. Le gain serait double : des transferts plus légers, et un format taillé pour un futur où des agents autonomes se parleront en continu. Le laboratoire planche d’ailleurs sur ces représentations partagées d’un modèle d’IA à l’autre.

En ancrant ces travaux en France, Orange et le CEA ne visent pas qu’une prouesse de laboratoire : ils cherchent à peser sur les futurs standards des réseaux, ceux qui dessineront la 6G à l’horizon 2030. L’opérateur revendique 700 chercheurs et un portefeuille de 11 000 brevets. En parallèle, un record mondial de 2 térabits par seconde vient d’être atteint sur une fibre commerciale à Madrid. La France, de son côté, a doté son programme de réseaux du futur de plusieurs dizaines de millions d’euros, dans une course où Nokia et Ericsson avancent déjà leurs propres pions. L’Europe préfère manifestement écrire les règles plutôt que de les subir.

Rien de tout cela n’atterrira dans votre forfait l’an prochain : on parle de recherche, avec une cible située autour de la 6G, soit la fin de la décennie. D’ici là, vos données continueront d’être recopiées scrupuleusement, virgule binaire comprise. Mais si le pari d’Orange et du CEA aboutit, le réseau aura fini par apprendre ce que deux humains qui se connaissent pratiquent sans y penser : se comprendre à demi-mot.

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Source : Orange


Naïm Bada