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ChatGPT n’écrit plus à la manière de vos auteurs préférés

Demandez du Stephen King à ChatGPT : il décline poliment et propose « une ambiance similaire ». Une pudeur toute neuve pour une entreprise qui a englouti des bibliothèques entières sans demander l’avis des intéressés.

Pendant trois ans, imiter la plume d’un romancier célèbre a été l’un des tours favoris de ChatGPT, et l’un des plus pratiqués (les forums d’écriture regorgent de consignes toutes prêtes pour singer tel ou tel best-seller). L’exercice vient de prendre fin, sans annonce et sans explication, comme si l’éditeur du chatbot espérait que personne ne remarquerait rien.

Le chatbot décline, mais garde un plan B sous le coude

Les tests menés ces derniers jours convergent tous. Réclamez une scène d’ouverture à la manière de Stephen King, et la machine répond qu’elle ne peut imiter ni son « style exact » ni sa « voix distinctive ». Elle propose à la place un texte original construit sur l’angoisse de petite ville et la tension psychologique. Le refus vaut pour les vivants (J.K. Rowling, Amy Tan) comme pour les morts, Agatha Christie, Charles Dickens ou Ernest Hemingway. Pour la romancière britannique, la machine invoque même des œuvres « encore protégées par le droit d’auteur ».

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Un audit indépendant publié quelques semaines plus tôt montrait pourtant le chatbot encore docile face aux demandes visant les auteurs décédés : le verrou a donc été posé ces dernières semaines, en silence. OpenAI, sollicité par Ars Technica (à l’origine de la découverte), n’a pas commenté. Les abonnés payants qui nourrissaient leurs propres romans avec la fonction ont déjà commencé à râler sur les forums (et on avoue un sourire en repensant à cette autrice de romance qui avait laissé traîner, dans un livre publié l’an dernier, sa consigne demandant de réécrire un passage à la manière d’une consœur du genre).

Le blocage a par ailleurs les épaules moins larges qu’il n’y paraît. Décrivez la recette sans prononcer le nom (narration orale, tension psychologique, bourgade qui cache un secret) et la machine s’exécute sans broncher. Il faut croire qu’il n’y a que la cybersécurité qui mérite de vrais gardes-fou

Quatre intelligences artificielles, quatre règles différentes

Le droit américain n’offre pourtant pas de réponse limpide : il protège l’expression d’une œuvre, pas le style d’un auteur en tant que tel. Une imitation ne devient contrefaçon que si le résultat s’avère substantiellement similaire à l’original. Ce flou n’a pas empêché les plaintes de s’empiler contre OpenAI, du New York Times à des romanciers de premier plan, les premiers ayant dégainé dès 2023.

Pourquoi de telles précautions de la part d’OpenAI ? La raison se trouve du côté de ses plus grands concurrents. Anthropic a accepté de verser 1,5 milliard de dollars aux auteurs américains, un accord définitivement validé par la justice le 20 juillet. La nuance que beaucoup de résumés écrasent mérite pourtant le détour. Le juge avait estimé l’entraînement sur des livres couvert par le fair use américain : c’est le téléchargement pirate de millions de copies qui a coûté le pactole. Autrement dit, le danger juridique ne porte pas sur ce que les modèles apprennent, mais sur ce qu’on leur a fait lire et sur ce qu’ils recrachent. D’où l’attention toute neuve portée aux sorties.

La concurrence, elle, n’a visiblement pas reçu le même mémo. Le même audit a comparé les politiques maison : Gemini s’exécute sans sourciller, Claude et Copilot obtempèrent en ajoutant un avertissement, et Perplexity refuse tout le monde, vivants comme morts. Quatre politiques différentes pour une même question juridique, ce qui dit surtout une chose : personne ne sait où passe la ligne, et chacun place le curseur selon son exposition aux tribunaux. Côté français, le style n’est pas davantage protégé en tant que tel, mais le droit moral et le parasitisme offrent aux auteurs des angles d’attaque que le fair use ignore.

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Source : Ars Technica


Naïm Bada