Les mineurs se rendent-ils moins sur les sites X depuis la loi SREN visant à sécuriser et réguler l’espace numérique d’avril 2024 ? L’une des dispositions phares de ce texte a contraint, sur le papier, les plateformes pornographiques à mettre en place des systèmes de vérification de l’âge « robustes » de leurs visiteurs. Mais en pratique, seize mois après son entrée en vigueur, quel bilan dresser de cette législation qui a été âprement combattue devant les tribunaux par certaines plateformes du X, et qui a conduit au départ du marché français du groupe Aylo, la maison mère de Pornhub, YouPorn et RedTube ? Nous avons posé la question à Sarah El Haïry, la Haute-commissaire à l’Enfance.
« Moi, j’ai, pendant des années, entendu dire que ce n’était pas possible, qu’on n’avait pas les outils, que ça marchera pas. La réalité, c’est qu’il y a eu un électrochoc avec le rapport du Sénat sur la primo-exposition », a rappelé en amont l’ancienne ministre déléguée à l’Enfance. Ce rapport indiquait que les enfants accédaient à des contenus pornographiques pour la première fois entre 9 et 11 ans.
« La loi qui a imposé la vérification de l’âge aux sites porno a, à mes yeux, bien fonctionné »
« Il y a une sorte de prise de conscience globale que ce n’était pas anecdotique », se remémore-t-elle. Et si la haute-commissaire se garde de « faire la morale aux adultes qui vont regarder du porno », chez les enfants, « on a montré à quel point (ce type de contenu NDLR) avait des conséquences négatives ». « Chez 47 % des garçons », le porno « a eu des conséquences dans leur vie affective et amoureuse. Ils ont reproduit des gestes, ils ont été plus en doute. Leur construction et leur santé mentale, pour certains, en ont été profondément impactées ». Résultat, « cette loi (SREN), qui a imposé la vérification de l’âge, elle a, à mes yeux, bien fonctionné. Elle a prouvé que oui, on avait des technos permettant la vérification d’âge ».
Plusieurs sites ont fini par montrer patte blanche pour éviter leur blocage, pendant que d’autres ont quitté le marché français. La législation a aussi permis de « briser certains tabous sur l’addiction au porno, ce qui était encore, il y a quelques années, impossible à évoquer », souligne l’ex ministre.
Mais tout n’est pas parfait, reconnait la femme politique (Modem), qui cite « les VPN et les différentes malices » de contournement. En juin 2025, la société suisse Proton VPN expliquait que ses inscriptions avaient explosé de 1 000 % après l’arrêt de certaines plateformes X, le VPN étant utilisé pour contourner les systèmes de vérification de l’âge. Faudrait-il alors interdire les VPN aux mineurs, comme cela est envisagé outre-Manche ?
Les systèmes de vérification de l’âge ont permis de « réduire un nombre monstrueux d’utilisateurs » mineurs
Sans répondre directement à la question, la Haute-commissaire à l’Enfance indique que les systèmes de vérification de l’âge ont permis de « réduire un nombre monstrueux d’utilisateurs » mineurs, « parce que le petit de 11 ans, il va avoir beaucoup plus de mal à trouver le VPN » et à « dérouter la vérification d’âge que le jeune de 13/14 ans ».
L’une des avancées de la loi SREN est d’abord que les « 9, 10, 11 ans » sont désormais « plus éloignés de ces sites X, parce qu’on leur demande leur âge. Mais quand tu as 15-16 ans et que tu as vraiment envie d’aller voir des vidéos porno, en fait, tu vas aller trouver un chemin, un mécanisme pour déroger à la règle », reconnait-elle. Les internautes mineurs parviennent en quelques clics à contourner les systèmes de vérification d’âge (selon Next) ou via de simples moustaches dessinées sur leur visage, selon l’organisation britannique à but non lucratif Internet Matters.
« Mon obsession n’est pas d’aller pointer le site chez qui je vais trouver deux ou trois failles parce qu’on peut passer avec un VPN. Non, mon enjeu, il est pas là. Mon enjeu, il est de protéger la majorité, pour le coup, des plus jeunes », estime-t-elle.
La loi a aussi « permis de libérer la parole d’un certain nombre d’adolescents sur le trauma que ça a pu créer pour eux », ajoute-t-elle. « On a gagné deux choses : il y a moins de risque d’exposition (au porno) non souhaitée, non volontaire, et on a brisé un peu un tabou dans notre société de l’exposition à ces images ». Le récit du « tu ne fais pas ton éducation sexuelle sur le site porno » a pris de l’ampleur. « Ce n’est pas la vraie vie », insiste celle qui a été nommée Haute commissaire à l’Enfance en mars 2025.
La baisse de la fréquentation des mineurs est-elle basée sur des études ?
A-t-on réellement mesuré une baisse de la fréquentation des mineurs par des études suivies ? La réponse est négative : en pratique, « c’est super dur à mesurer. On a juste, pour le coup, c’est plutôt des associations avec qui on travaille, qui interviennent sur ce sujet-là, qui nous rapportent ces choses-là. Mais j’ai peu de chiffres fixes », répond-elle.
En mars dernier, Martin Ajdari, à la tête de l’Arcom, révélait que la fréquentation des mineurs entre août 2025 et novembre 2025 avait baissé de 40 % sur les principales plateformes visées. Mais il reconnaissait un « mécanisme de report » vers les sites moins connus, comme xGroovy. Un report contre lequel l’Arcom a déjà commencé à sévir. La semaine dernière, le patron du régulateur français du numérique, a précisé, lors de la présentation des priorités 2026-2028, avoir « commencé à cibler des services pornographiques disposant d’une audience plus limitée et susceptible de bénéficier d’un report de fréquentation (…) dont le site xGroovy ».
👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.

