Ces gigantesques hangars à serveurs ne se contentent pas de consommer de l’énergie. Ils réchauffent leur environnement immédiat de manière mesurable, parfois brutale. Une équipe de l’université de Cambridge vient de quantifier le phénomène pour la première fois à grande échelle. Ses conclusions tombent au moment où la France multiplie les projets d’infrastructure, portée par l’appétit des fonds du Golfe et la promesse du nucléaire.
Ce que révèle l’étude de Cambridge : un effet mesurable jusqu’à 10 km
Les chercheurs, menés par Andrea Marinoni, ont analysé vingt ans de données thermiques satellitaires fournies par la NASA. Ils les ont croisées avec la localisation de plus de 6 000 data centers à travers le monde. Le périmètre a été restreint aux installations situées hors des zones urbaines denses. L’objectif : isoler l’effet thermique propre aux centres de données.
Le résultat moyen est net. Après la mise en service d’un data center, la température de surface au sol augmente en moyenne de 2 °C dans les environs. Dans les cas extrêmes, la hausse atteint 9,1 °C. Cet écart est comparable à celui observé entre un centre-ville dense et sa périphérie rurale.
L’effet ne s’arrête pas aux clôtures du site. Les chercheurs ont mesuré une élévation de 1 °C encore perceptible à 4,5 km. À 10 km, le signal reste détectable, réduit d’environ 30 %. Selon leurs estimations, 343 millions de personnes vivraient déjà dans des zones affectées par ces « îlots de chaleur numériques ».
Une réserve importante s’impose. L’étude n’a pas encore été soumise à l’examen par les pairs. Vlad Galabov, analyste senior chez Omdia, estime que l’effet observé pourrait relever davantage du changement d’usage des sols que de la chaleur résiduelle des serveurs. La construction d’un campus de plusieurs hectares implique du béton, de l’asphalte et la suppression de la végétation. Ces facteurs contribuent mécaniquement à l’élévation de température locale et sont d’ailleurs les principaux coupables des vagues de chaleur extrêmes dans les centres-villes. Les auteurs reconnaissent eux-mêmes que des avancées technologiques pourraient atténuer le phénomène.
La France, hub européen des data centers dopé au nucléaire et aux milliards du Golfe
L’Hexagone compte entre 322 et 350 data centers opérationnels début 2026. Sa capacité installée atteignait 714 MW fin 2024, en progression de 40 % sur un an. La France occupe le troisième rang européen, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne. Mais c’est la dynamique qui frappe.
En 2025, la France a capté 69 milliards de dollars d’investissements étrangers dédiés aux centres de données, selon la CNUCED. C’est plus du double des États-Unis sur le même segment. Deux projets concentrent une part massive de ces montants. Le fonds émirati MGX a annoncé un campus de 1 GW dédié à l’IA, associé à Mistral AI, NVIDIA et Bpifrance. L’enveloppe globale atteindrait 30 à 50 milliards d’euros. Le canadien Brookfield a engagé 20 milliards d’euros sur cinq ans, dont 15 milliards pour Data4. Un site de 1 GW est prévu à Cambrai, sur l’ancienne base aérienne d’Épinoy.
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L’attractivité française repose sur une spécificité de notre pays : son parc nucléaire. Le mix électrique français est décarboné à 95 %. Un data center de 100 MW consomme autant qu’une ville de 80 000 habitants. La stabilité du réseau et le prix de l’énergie pèsent autant que la localisation géographique. EDF propose déjà des terrains colocalisés avec ses centrales. Microsoft prévoit un site à Mulhouse. AWS, Google Cloud et d’autres hyperscalers ont annoncé des extensions sur le sol français. La trajectoire officielle vise 500 data centers et 2,3 GW de capacité installée d’ici 2030.
Le cadre réglementaire est en construction, tiraillé entre attractivité et sobriété
Le législateur tente de suivre le rythme. La loi REEN de 2021 impose aux data centers de valoriser leur chaleur fatale et de publier des indicateurs de performance énergétique. La directive européenne 2023/1791 renforce ces obligations pour les installations de plus de 1 MW. Un décret d’application, attendu pour 2027, conditionnera le tarif réduit d’accise sur l’électricité à des objectifs de sobriété incluant l’eau et la chaleur résiduelle.
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Si on zoome sur le cadre légal français, des chantiers sont aussi en cours. Le sénateur David Ros a déposé une proposition de loi visant à encadrer l’implantation des centres de données. Le texte a été adopté par le Sénat le 25 mars 2026 et transmis à l’Assemblée nationale. Il prévoit d’intégrer les data centers dans les schémas de cohérence territoriale et d’instaurer une redevance sur la consommation d’eau. Le rapporteur Patrick Chaize a estimé que l’enjeu n’est plus de légiférer davantage, mais de stabiliser un cadre déjà fourni pour rassurer les investisseurs.
La tension est palpable et rappelle les conflits similaires liés aux plateformes logistiques. D’un côté, 48 projets avancés représentant plus de 109 milliards d’euros d’investissements. De l’autre, des riverains, des élus locaux et des associations qui s’inquiètent de l’impact sur les ressources en eau, le foncier et désormais la température ambiante.
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Source : Université de Cambridge

