L’électronique classique rend l’âme autour de 200 °C. Au-delà, les couches internes des puces fusionnent et provoquent des courts-circuits. Une équipe de l’université de Californie du Sud, dirigée par Joshua Yang, vient de pulvériser cette barrière. Leur memristor, décrit dans une étude publiée le 26 mars 2026 dans la revue Science, fonctionne à 700 °C sans montrer de signe de faiblesse. La limite n’est pas celle du composant. C’est celle de l’équipement de test.
De Vénus aux centrales à fusion : où ira cette puce
Le composant est un sandwich nanométrique. Tungstène en haut, oxyde de hafnium au milieu, graphène en bas. Le tungstène possède le point de fusion le plus élevé de tous les métaux : 3 422 °C. Le graphène, feuille de carbone d’un seul atome d’épaisseur, refuse de se lier au tungstène. Leur chimie de surface agit « comme l’huile et l’eau ». Le court-circuit, fléau des puces en environnement extrême, est mécaniquement bloqué.
En test, la puce a conservé ses données pendant plus de 50 heures à 700 °C. Elle a encaissé plus d’un milliard de cycles de commutation. Le tout sous 1,5 volt, avec un temps de réponse de 30 nanosecondes. Yang résume la portée du résultat : « C’est la meilleure mémoire haute température jamais démontrée. »

Les débouchés sont concrets. La surface de Vénus dépasse 460 °C. Aucune sonde n’y a survécu plus de deux heures. Le forage géothermique profond expose les capteurs à des roches en fusion. Les réacteurs nucléaires et les systèmes de fusion génèrent une chaleur intense à proximité de leurs instruments. Même l’automobile y gagnerait : une puce calibrée pour 700 °C est quasi indestructible face aux 125 °C que subissent les calculateurs embarqués.
Pourquoi la memristor revient après 18 ans dans l’ombre
En 2008, HP avait démontré l’existence physique de la memristor. Le composant, théorisé dans les années 1970, promettait de fusionner mémoire et calcul dans un seul circuit. La promesse est restée au stade du laboratoire. L’IA a changé l’équation. Selon l’auteur principal de l’étude, 92 % du calcul dans les systèmes d’IA comme ChatGPT repose sur la multiplication matricielle. Une memristor effectue cette opération directement, via la loi d’Ohm. Le courant traverse le composant et le résultat émerge instantanément. C’est plus rapide et moins énergivore que le traitement séquentiel des puces classiques.
Quatre co-auteurs de l’étude ont cofondé la startup TetraMem. Elle commercialise déjà des puces memristors pour l’IA à température ambiante. Leurs étudiants les utilisent quotidiennement pour des tâches d’apprentissage automatique. La version haute température étendrait ces capacités aux sondes, capteurs industriels et équipements de forage.
Le prototype reste artisanal. L’équipe a fabriqué un réseau de 32 × 32 composants avec un rendement de 81 %. Il manque encore les circuits logiques pour construire un ordinateur complet. Le tungstène et l’oxyde de hafnium sont courants dans l’industrie des semi-conducteurs. Le graphène progresse vers la production industrielle après avoir été présenté comme « la matière du futur pen ». De quoi espérer une montée en échelle, à terme.
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Source : Science

