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Samsung : la grève monstre de 48 000 salariés suspendue in extremis, mais l’histoire n’est pas finie

La grève de 48 000 salariés Samsung est suspendue après un accord in extremis sur les bonus IA. Mais le vote des membres et une contestation d’actionnaires pourraient tout relancer.

Samsung a frôlé la catastrophe industrielle. Mercredi 20 mai au soir, le principal syndicat du géant sud-coréen des semi-conducteurs a annoncé la suspension de la grève qui devait réunir près de 48 000 salariés dès le lendemain, pour 18 jours. Un accord de principe a été arraché in extremis sous la médiation du ministre sud-coréen du Travail. Mais le mot « résolu » serait prématuré : les membres du syndicat votent sur l’accord jusqu’au 27 mai, et un puissant groupe d’actionnaires a déjà contesté sa légalité.

Pourquoi 48 000 salariés menaçaient de faire grève

Le conflit porte sur le partage des profits générés par l’explosion de la demande en puces mémoire pour l’intelligence artificielle. Samsung publie des résultats records : au premier trimestre 2026, le bénéfice d’exploitation du groupe a bondi de 750 % sur un an, propulsé par ses puces HBM massivement utilisées dans les data centers d’IA. La capitalisation boursière du groupe a franchi les 1 000 milliards de dollars en mai.

Face à cette manne, le syndicat réclamait la suppression du plafond des primes, plafonné à 50 % du salaire annuel, la redistribution de 15 % des bénéfices annuels sous forme de prime et une hausse de salaire de 7 %. Samsung refusait, estimant que ces demandes étaient « inacceptables » et risquaient de compromettre ses investissements futurs. La comparaison avec le rival SK Hynix alimentait la tension : ce dernier a supprimé son plafond de primes l’an dernier, offrant à ses salariés des bonus trois fois supérieurs à ceux de Samsung, au point que certains employés avaient quitté le navire.

Un accord arraché à la dernière minute

Après l’échec d’une première série de négociations mercredi matin, de nouvelles discussions ont repris en fin d’après-midi sous la conduite du ministre du Travail Kim Young-hoon. L’accord provisoire obtenu prévoit une hausse des salaires de 6,2 % en moyenne, ainsi qu’une prime spéciale équivalente à 10,5 % du résultat de la division semi-conducteurs, sans plafond de versement mais conditionnée à des objectifs ambitieux de bénéfice d’exploitation. La division puces toucherait 40 % de l’enveloppe totale, les autres divisions se partageant le reste. Une décision sur les divisions déficitaires a été reportée d’un an.

Le ministre a néanmoins tempéré l’optimisme ambiant : il reste selon lui un long chemin avant un accord définitif. Les membres votent sur l’accord provisoire jusqu’au 27 mai.

Les enjeux étaient colossaux

Les conséquences d’une grève de 18 jours auraient été considérables. Le Premier ministre sud-coréen avait estimé les pertes directes à 1 000 milliards de wons [environ 571 millions d’euros, ndlr]. Si des perturbations de production avaient contraint Samsung à mettre au rebut des galettes de semi-conducteurs déjà en cours de fabrication, la facture aurait pu grimper jusqu’à 100 000 milliards de wons [environ 57,1 milliards d’euros, ndlr] selon les estimations. Samsung représente 22,8 % des exportations sud-coréennes et 12,5 % du PIB du pays.

La Bourse a réagi immédiatement : l’action Samsung a progressé de plus de 6 % jeudi après l’annonce de la suspension, dans un contexte également soutenu par les résultats trimestriels records de Nvidia, dont le chiffre d’affaires a bondi de 85 % sur un an à 81,62 milliards de dollars.

Un rebondissement inattendu côté actionnaires

L’histoire pourrait toutefois connaître un nouveau rebondissement. Un groupe d’actionnaires influent, le Korea Shareholder Action Headquarters, a contesté la légalité de certaines dispositions de l’accord provisoire, estimant que les négociations portant sur des primes liées au bénéfice d’exploitation n’avaient pas fait l’objet d’un vote en assemblée générale des actionnaires et seraient dépourvues de validité juridique au regard du droit sud-coréen. Une complication supplémentaire qui pourrait peser sur le vote des salariés et sur la suite des négociations.

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Source : CNBC