Le feed LinkedIn est devenu illisible, et si vous y passez ne serait-ce que cinq minutes par jour, vous n’avez pas besoin qu’on vous fasse un dessin. Des carrousels « leadership » interchangeables, des accroches qui commencent toutes par « ce n’est pas X, c’est Y », des commentaires qui reformulent le post en changeant un adjectif. La plateforme a décidé de s’attaquer au problème. Pas en supprimant les contenus, ce serait trop simple, mais en réduisant leur portée dans l’algorithme.
Comment LinkedIn compte faire le tri
Le système repère les publications génériques à partir de signaux stylistiques et comportementaux : vocabulaire uniformément lisse, absence de point de vue personnel, constructions répétitives typiques des modèles de langage, engagement artificiel. La plateforme revendique 94 % de précision dans ses premiers tests. Un chiffre qui sonne bien, sauf que personne ne connaît le taux de faux positifs. Combien de posts légitimes se retrouveront enterrés par erreur reste un mystère que LinkedIn n’a pas jugé utile d’éclaircir.
Les publications détectées ne disparaîtront pas, elles resteront visibles par les contacts directs de l’auteur. En revanche, ne remonteront plus dans le feed des autres. Autrement dit, votre post copié-collé depuis ChatGPT sera lu par vos collègues et vos anciens camarades de classe, personne d’autre. Le déploiement complet prendra « plusieurs mois », ce qui laisse un peu de temps aux habitués du copier-coller pour apprendre à reformuler.
Laura Lorenzetti, vice-présidente produit, précise qu’utiliser l’IA comme aide à la rédaction reste acceptable. C’est le contenu qui ne contient « ni point de vue, ni expertise, ni vécu » qui sera ciblé. La frontière entre les deux est évidemment limpide pour un algorithme.
Le paradoxe que LinkedIn préfère ne pas commenter
En novembre 2025, LinkedIn activait l’entraînement de ses modèles d’IA sur les données de ses 34 millions de membres français, sans consentement préalable. Le bouton « Réécrire avec l’IA » est toujours proposé à tous les abonnés Premium. Et son propre patron admettait mi-2025 que les outils IA de la plateforme n’étaient « pas très populaires ». Quelques mois plus tard, le résultat est là : plus de la moitié des posts longs en anglais seraient générés par une intelligence artificielle, et ces publications récoltent en moyenne 45 % d’engagement en moins que les contenus humains.
LinkedIn combat un problème qu’il a en partie fabriqué, avec un détecteur dont il ne partage pas les limites, sur un calendrier qu’il ne précise pas. Le tout sur une plateforme de 17,4 millions de visiteurs mensuels en France (cinquième marché mondial), où chaque baisse de portée se traduit en opportunités professionnelles ratées.
La bonne nouvelle, c’est que votre feed devrait finir par s’améliorer. La mauvaise, c’est que si vos propres posts sont concernés, vous serez le dernier à le savoir.
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Source : Laura Lorenzetti/LinkedIn

