Alors que le marché du smartphone semble s’être figé dans une guerre de tranchées entre les iPhone d’Apple et les Galaxy de Samsung, un combattant vétéran refuse obstinément de déposer les armes. Le Huawei Pura 80 Pro est officiellement disponible en France depuis quelques mois avec une arrogance technologique fascinante, brandissant son capteur photo d’un pouce comme un étendard. Mais à 899 euros, peut-on encore pardonner à un flagship de faire l’impasse sur la 5G native et d’exiger de son utilisateur des contorsions logicielles ?
Nous avons passé quelques mois en compagnie du petit frère du Pura 80 Ultra, et le verdict est aussi tranché que le design de l’appareil : c’est l’un des smartphones que l’on a le plus envie d’aimer, mais il fait tout pour nous compliquer la tâche.
Un objet de désir blindé pour le quotidien
Le Huawei Pura 80 Pro impose sa différence dès la sortie de boîte. Huawei a résisté au retour généralisé de l’aluminium – qu’Apple sur l’iPhone 17 Pro et Samsung sur le S26 Ultra ont tous deux adopté cette année pour gagner en finesse – en proposant une approche plus chaleureuse et organique. La finition émaillée du dos en verre trempé est une réussite, offrant une préhension douce, presque soyeuse, qui ne garde aucune trace de doigt. Le module photo triangulaire, signature de la gamme Pura, a été affiné pour s’extraire de la coque avec des courbes plus douces, évoquant moins un ajout technique qu’une excroissance naturelle du châssis. C’est un objet de mode assumé, clivant peut-être, mais qui a le mérite rare d’être immédiatement identifiable.
Cette élégance s’accompagne d’une robustesse rassurante. Protégé par la seconde génération du verre Kunlun Glass, l’appareil affiche une certification IP69 là où certains concurrents se contentent de l’IP68. Une fois l’écran allumé, la dalle OLED LTPO de 6,8 pouces confirme le savoir-faire de la marque. Huawei annonce un pic HDR théorique à 3 000 nits, et l’affichage se révèle vibrant, contrasté et parfaitement lisible en plein soleil.

La marque soigne également nos rétines avec un scintillement (PWM) à haute fréquence de 1 440 Hz, rendant la consultation nocturne moins fatigante. Seul bémol ergonomique : le poids du bloc optique déséquilibre légèrement l’appareil vers l’avant, obligeant à une certaine gymnastique du petit doigt pour le maintenir stable à une main.
L’expérience logicielle : entre fluidité et bricolage
C’est ici que la frustration annoncée dans le titre prend tout son sens. Le Pura 80 Pro est animé par le processeur Kirin 9020, une puce gravée en 7 nm. En 2026, face aux finesses de gravure en 2 nm ou 3 nm des concurrents américains et coréens, ce retard technologique est un gouffre sur le papier. Les benchmarks sont sans appel, affichant des scores bruts inférieurs de 30 à 40 % aux ténors du marché.
| Huawei Pura 80 Pro | iPhone 17 Pro | Samsung Galaxy S26 Ultra | |
| Geekbench 6 Single-Core Score | 1 287 pts | 3 799 pts | 3 730 pts |
| Geekbench 6 Multi-Core Score | 4 626 pts | 9 773 pts | 11 538 pts |
La réalité du terrain est plus nuancée. L’interface est fluide, le multitâche encaissé sans broncher, et aucun ralentissement ne vient gâcher l’expérience au quotidien : le Kirin assure. Mais passé ce constat rassurant, difficile d’ignorer ce qu’EMUI 15 représente vraiment : une interface qui vieillit, peu ou pas réinventée d’une génération à l’autre, et qui accuse un retard de plus en plus visible face à ce que Huawei est capable de faire quand il s’en donne les moyens.

En Chine, HarmonyOS NEXT transforme l’usage en profondeur avec une IA omniprésente, des animations repensées ou une intégration cross-device fluide. En Europe, on hérite d’une surcouche Android AOSP à laquelle Huawei applique des améliorations cosmétiques, sans jamais s’attaquer aux fondations. C’est fonctionnel. C’est même confortable. Mais à 899 euros, on est en droit d’attendre mieux qu’un OS de transition figé dans le temps.
Le véritable éléphant dans la pièce reste, sans surprise, l’absence des services Google natifs. En 2026, la situation s’est considérablement améliorée grâce à l’intégration semi-native de microG. L’utilisateur n’a plus besoin de passer par des machines virtuelles lourdes et envahies de publicités. Néanmoins, et contrairement à ce que le discours officieux de Huawei laisse entendre, la situation est loin d’être réglée.
Si l’AppGallery regorge d’applications, de nombreux incontournables y sont disponibles, on se retrouve au milieu d’un catalogue encore trop fourni en contenus promotionnels.
L’AppGallery et Aurora Store pour faire oublier le Play Store
Pour télécharger YouTube, Google Chrome ou encore Maps, le plus simple est de passer par Aurora Store. Cette boutique alternative est plébiscitée par la communauté Huawei, même si elle nécessite une installation manuelle. Aurora Store permet de télécharger les applications du Play Store en se connectant aux serveurs de Google via un compte intermédiaire. Huawei ne le préinstalle pas, et pour cause : l’application navigue en permanence dans une zone grise juridique, mimant une connexion légitime au Play Store pour contourner l’absence de licence. Notez que j’ai dû utiliser un compte personnel pour me connecter, car le client alternatif a refusé ma connexion via mon compte Google Workspace.

La solution fonctionne en l’état et je n’ai pas rencontré de soucis depuis plusieurs mois avec des appareils Huawei, mais Google peut techniquement en bloquer l’accès du jour au lendemain, sans préavis. C’est une épée de Damoclès que l’on accepte tacitement à chaque mise à jour d’application.
Pour aller plus loin : Huawei en France en 2026 : faut-il vraiment franchir le pas ?
Préinstallé sur le Pura 80 Pro, microG adopte une logique similaire : il se fait passer pour un appareil Google autorisé auprès des serveurs de la firme afin de simuler les services manquants. Le résultat est fonctionnel pour les notifications push et la géolocalisation de base, mais la ruse a ses limites. Google Maps réclame en permanence une mise à jour des services Google, impossible à effectuer, créant une boucle d’erreur sans issue. Plus pénalisant encore : la gestion des clés d’accès (passkeys) est très compliquée et il nous a été impossible de nous connecter à certains services utilisant cette authentification. Le gestionnaire de mots de passe de Google, même via microG, reste inaccessible : préparez-vous à saisir vos identifiants à la main.

Les limites ne s’arrêtent pas là. La connectivité souffre de plusieurs absences notables : pas de 5G, conséquence directe des restrictions américaines sur les puces HiSilicon ; pas de bande Wi-Fi 6 GHz, le Pura 80 Pro se contentant d’un Wi-Fi 7 bi-bandes quand ses concurrents ouvrent déjà la voie aux 6 GHz. La gestion des eSIM est capricieuse et en l’absence d’outil de transfert intégré, il faut passer par le portail web de son opérateur.
Enfin, l’IA est aux abonnés absents en France. Aucune des fonctionnalités d’intelligence artificielle embarquée déployées en Chine n’est disponible sur nos marchés.
Photographie : la pureté du XMAGE
Si l’on achète un Pura 80 Pro en 2026, c’est avant tout pour son bloc optique. Huawei a déployé ici une architecture matérielle qui tente de combler le fossé entre le smartphone et le boîtier expert, en misant sur la physique plutôt que sur le seul traitement algorithmique.
Le cœur du réacteur est un capteur principal de 1 pouce à 50 mégapixels. Plutôt que de cropper dans l’image, Huawei exploite la totalité de la surface du capteur, permettant une absorption de lumière phénoménale et une dynamique native impressionnante.

Ce capteur est surmonté d’une optique à ouverture variable mécanique, capable d’osciller réellement entre f/1,6 et f/4,0. À f/1,6, l’objectif avale la lumière pour des clichés nocturnes sans bruit numérique et un bokeh naturel crémeux ; à f/4,0, il étend la profondeur de champ pour garantir une netteté parfaite sur l’ensemble d’un paysage, évitant le flou sur les bords inhérent aux grands capteurs à ouverture fixe.

Le téléobjectif périscopique de 48 mégapixels complète le dispositif avec une ouverture de f/2,1 pour un équivalent 93 mm (zoom optique x4), surclassant en luminosité la plupart de ses concurrents à cette focale. La conception à lentilles flottantes autorise une mise au point sur toute la plage focale, de l’infini jusqu’à quelques centimètres, offrant une polyvalence rare. L’ultra grand-angle de 40 mégapixels (f/2,2) assure quant à lui une cohérence colorimétrique et texturale agréable lors du passage d’une focale à l’autre, un écueil sur lequel trébuchent encore trop de concurrents.
Le moteur XD Fusion Pro et la colorimétrie XMAGE unifient le tout avec un rendu qui privilégie la texture et le piqué plutôt que la saturation outrancière. Les fichiers produits sont denses, riches en informations, et rappellent le rendu de certains compacts experts. En basse lumière, le Pura 80 Pro s’impose comme une référence dans cette catégorie de prix.
Autonomie : l’endurance comme argument supplémentaire
L’ironie du sort veut que le retard technologique du Pura 80 Pro serve ici l’endurance de l’appareil. Privé de modem 5G énergivore et animé par un processeur moins gourmand que ses rivaux, le Pura 80 Pro et sa batterie de 5 170 mAh offrent une autonomie royale. Tenir une journée et demie loin d’une prise est la norme, et non l’exception.
Et lorsque l’énergie vient à manquer, la charge filaire 100 W permet de récupérer 50 % de batterie en un quart d’heure et d’atteindre les 100 % en environ 30 minutes. Il convient quand même de noter que cette recharge ultra-rapide s’effectue via un protocole propriétaire. Il faudra donc passer par le bloc de Huawei pour atteindre les meilleurs résultats, car un chargeur tiers peut offrir des résultats beaucoup plus poussifs.
La recharge 100 W, argument commercial de poids, mérite elle aussi d’être nuancée : le protocole est propriétaire. Quant à la recharge sans fil annoncée à 80 W, elle impressionne techniquement, même si l’imposant module photo peut compliquer son utilisation.

Techniquement, on retient quand même que Huawei propose un niveau de recharge auquel Samsung et Apple ne s’approchent pas encore. Sur ce terrain précis, les seuls rivaux sérieux de Huawei sont d’autres marques chinoises.
Notre avis
Le Huawei Pura 80 Pro est un smartphone profondément paradoxal. Côté matériel, il joue dans la cour des très grands : un bloc photo parmi les meilleurs du marché à ce prix, une autonomie rassurante, un écran OLED de haute volée. Côté logiciel, il demande à son utilisateur un niveau d’engagement que rien ne justifie à 899 euros face à des concurrents qui fonctionnent dès la sortie de boîte et qui, eux, ne naviguent pas dans des zones grises légales pour accéder à leurs applications.
Car c’est bien là le fond du problème. La question n’est pas de savoir si l’on peut vivre avec un Huawei en France en 2026 : on peut, au prix d’une configuration initiale laborieuse et d’une vigilance permanente. La question est de savoir pourquoi on le ferait, quand des alternatives proposent une expérience photographique désormais très proche, sans aucun des compromis logiciels listés dans ce test. La réponse honnête : pour l’amour de la marque, ou pour la pureté optique d’un système XMAGE qui reste, sur certains clichés précis, difficile à égaler. C’est un argument. Mais à 899 euros, il doit être le vôtre avant d’appuyer sur « commander ».
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