« Payer, c’est un acte citoyen » : mardi 31 mars se déroulait au Carrousel du Louvre le 3ᵉ « sommet CB », la grand-messe annuelle du réseau Cartes Bancaires français qui « représente 80 % des transactions dans notre pays (et 20 % en Europe) » selon Emmanuel Macron.
Pour la première fois, une allocution du président, en voyage au Japon et en Corée du Sud, a été diffusée au début de l’événement qui a réuni près de « 3 000 personnes ».
« Vos cartes CB portent en elles une part d’indépendance »
Pour le chef de l’État, « le paiement n’est pas un détail technique de la vie économique, c’est le dernier kilomètre de la souveraineté économique ». « Vos cartes CB portent en elles une part d’indépendance », a-t-il insisté, en référence aux rails de paiement CB, créés en 1984. Avec ce réseau, la France fait exception en Europe. Dans la majorité des pays européens, les géants américains du paiement MasterCard et Visa ont pris la place, parfois totalement, des systèmes locaux.
Et si cela ne semblait pas poser problème pendant longtemps, « l’affaire » du juge Nicolas Guillou a eu l’effet d’un électrochoc. L’année dernière, ce magistrat français de la Cour pénale internationale s’est vu couper des moyens de paiement et de services numériques américains, peu après l’émission de mandats d’arrêt de la CPI contre Benyamin Netanyahou – une décision qui a déplu à l’administration Trump. Les Européens ont compris qu’ils pourraient être coupés, du jour au lendemain, de leurs systèmes de paiement. Face à cette crainte, les Français peuvent se prévaloir de leurs rails de paiement nationaux : CB.
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« Payer, c’est un acte citoyen »
« On ne se rend pas compte que ça n’existe nulle part ailleurs. Il y a beaucoup de pays qui n’ont plus de schémas nationaux. Il y a beaucoup de pays qui, un petit peu. Nous, on a quelque chose de très complet. C’est extrêmement précieux », s’est enthousiasmée Aurore Lalucq, présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen et « invitée spéciale » de l’événement.

Pour Philippe Laulanie, directeur général de CB, « payer, c’est un acte citoyen ». « Il faut qu’on fasse savoir à Madame Michu et aux commerçants de province que CB c’est de la souveraineté », a-t-il lancé. Pour les détaillants, « CB c’est deux fois moins de fraude, et dix fois moins cher (que Visa ou MasterCard) », a-t-il martelé. Et aujourd’hui, la solution française (CB), présentée comme « de bout en bout souveraine », « va très bien », a ajouté l’administrateur de CB.
Il faut dire que le réseau français du paiement a traversé une mauvaise passe. D’abord, certaines banques ont choisi d’émettre des cartes uniquement Visa ou MasterCard, sans apposer le logo CB à côté des solutions américaines qui ont continué à grignoter des parts de marché. Mais des établissements bancaires sont heureusement revenus au « cobadging », le fait d’avoir les deux possibilités (américaine et française) sur la carte, une pratique d’ailleurs soutenue et mise en avant par le chef de l’État dans son allocution. Quant à la « tendance baissière », que l’on avait observée à la fin du Covid, elle a désormais pris fin.
Click to pay d’ici la fin de l’année ?
« On a doublé les paiements mobile, on a regagné des parts de marché, des records ont été battus », a déclaré Philippe Laulanie sur l’une des deux scènes de l’événement. Dans l’Hexagone circulent désormais 77 millions de cartes CB, les Français l’utilisant dans « 48 % de leurs transactions, avant le cash (43 %) ».
Côté nouveautés, « le “click to Pay” est prêt » et il devrait être lancé à la fin de l’année, a indiqué Olivier Mansart, responsable de la gestion des projets chez CB. Avec cette solution, le particulier n’aura plus à entrer ses données de carte à chaque achat. Une fois ses cartes enregistrées, le consommateur n’aura qu’à en choisir une, d’un clic, dans un espace sécurisé, pour valider une transaction.
L’écosystème commence aussi à travailler sur les paiements via l’IA – les rails de paiement devront forcément être adaptés avant que les agents IA ne commandent nos courses ou paient notre taxi, a indiqué Thibault Pelé, responsable de la monnaie numérique chez Worldline.
CB dans Apple Pay, Samsung Pay, Google Pay et bientôt dans Wero
Mais la force du système français tient surtout à ce que CB repose sur « un modèle ouvert qui permet la collaboration avec d’autres », a souligné Emmanuel Macron, pendant son intervention vidéo.
Dit autrement, différents rails cohabitent. Alors que les paiements via le smartphone ont explosé, CB est de la partie. Le réseau français a été intégré à Apple Pay. Il le sera à Samsung Pay, Google Pay et bientôt Wero Pay, du nom de cette initiative européenne qui veut créer un Airbus du paiement européen.
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Pour Martina Weimert, directrice générale de l’EPI qui a lancé Wero 18 mois plus tôt, il s’agit bien de « couvrir tous les cas d’usage d’un client, via une interface unique : paiement mobile, sans contact, via un QR code, et pourquoi pas par l’euro numérique qui serait intégré dans ce wallet ».
L’euro numérique, la pomme de la discorde
Sur ce point, les avis ont divergé. Alors que l’Eurodéputée Aurore Lalucq (Place publique) et Emmanuel Macron ont plaidé pour, le président de la fédération bancaire française, Daniel Baal, s’est montré particulièrement critique. Plutôt que d’utiliser les infrastructures existantes, l’euro numérique serait un « éléphant blanc » aux coûts abyssaux estimés à « 18 milliards d’euros », pour des gains minimes, a-t-il taclé.
En amont du sommet, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a prévenu : « Si nous avons une espèce de guerre euro-européenne du type (opposition CB/ euro numérique/solutions privées NDLR), je le dis très clairement, les seuls gagnants, ce seront les acteurs américains ».
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