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En France, des familles portent plainte contre TikTok, accusé « d’abus de faiblesse »

« Abus de faiblesse » : 16 familles du collectif Algos Victima ont déposé une plainte collective visant la plateforme appartenant au géant chinois ByteDance. Cette plainte s’ajoute aux autres procédures ciblant la plateforme, accusée de propulser des contenus susceptibles de pousser les plus jeunes et les plus vulnérables vers le suicide ou la dépression.

TikTok exploite-t-il la vulnérabilité des enfants et adolescents français ? La réponse est positive pour seize familles du collectif Algos Victima. Ces dernières, constituées par 39 plaignants, ont déposé une plainte collective contre TikTok, ce lundi 11 mai, pour « abus de faiblesse », rapporte ce jour Franceinfo. Le réseau social aux 27 millions d’utilisateurs déclarés avait déjà été attaqué par le même collectif en novembre 2024, pour incitation au suicide. Pour leur avocate Laure Boutron-Marmion, il y a une véritable urgence sanitaire à modérer les contenus disponibles sur le réseau social. 

En octobre 2025, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire visant TikTok. L’algorithme de la plateforme appartenant au géant chinois ByteDance est accusé de mettre en avant des contenus susceptibles de pousser les plus jeunes et les plus vulnérables vers le suicide.

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Et selon ces seize familles du collectif, TikTok aurait littéralement dégradé l’état de santé mentale de plusieurs de leurs adolescentes. Cinq d’entre elles ont mis fin à leurs jours, tandis que les autres ont tenté de se suicider, ou souffrent de troubles alimentaires ou de dépression. Cette fois, le réseau social est attaqué sur le champ de « l’abus de faiblesse », un délit qui, pour être caractérisé, doit être constitué par trois éléments : la vulnérabilité de la victime (le fait d’être un enfant), le préjudice subi par la victime (la dégradation de sa santé mentale), et l’abus commis par l’auteur des faits.  

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Plusieurs procédures en cours contre TikTok

Cette nouvelle plainte s’ajoute aux nombreux autres griefs visant le réseau social. En septembre 2023, l’une des familles, dont la jeune fille s’était suicidée, avait déjà porté plainte au pénal contre le réseau social. La plateforme était accusée de « provocation au suicide », de « non-assistance à personne en péril » et de « propagande ou publicité des moyens de se donner la mort ». Pour ses parents, le contenu proposé par le réseau social avait accéléré le passage à l’acte de la jeune femme.

En septembre dernier, c’était la commission d’enquête sur TikTok qui dressait le constat alarmant de l’impact du réseau social sur les plus jeunes. Ses membres préconisaient déjà d’agir en décrétant un « couvre-feu numérique » pour sortir les ados du « piège TikTok ».

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La plateforme préférée des Jeunes est accusée de nuire à la santé mentale des adolescents. Son algorithme serait conçu pour que les enfants regardent le site le plus longtemps et le plus souvent possible. Or, si un compte manifeste un intérêt pour des contenus relatifs à la tristesse ou à un mal-être psychologique, il serait orienté vers des contenus dépressifs en moins d’une heure de navigation sur ce fil « Pour toi », expliquait la branche française d’Amnesty International, dans une enquête publiée en fin d’année dernière.

Pour Amnesty France, « l’algorithme de TikTok continue de propulser des contenus dangereux, pouvant impacter la santé mentale des jeunes ». « TikTok inonde encore les écrans des ados vulnérables de contenus dangereux pouvant aller jusqu’à encourager l’automutilation ou le suicide ».

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TikTok met en avant « plus de 50 fonctionnalités et paramètres spécialement conçus pour assurer la sécurité et le bien-être des adolescents »

De son côté, l’Anses, l’autorité en charge de protéger la santé des Français, a recommandé, dans un rapport de janvier dernier, de revoir en profondeur le fonctionnement de ces plateformes, en les contraignant à proposer aux mineurs uniquement des réseaux sociaux respectueux de la santé mentale. Pour cette dernière, il faut des réseaux sociaux « uniquement conçus et paramétrés pour protéger » les mineurs.

Côté européen, TikTok est aussi dans le viseur de la Commission européenne dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA). Bruxelles a estimé, dans ses conclusions préliminaires publiées en février dernier, que les fonctions comme le défilement infini des vidéos, leur lecture automatique, les notifications et le système de recommandation présentent bien un caractère addictif.

En mars dernier enfin, Edouard Geffray, le ministre de l’Éducation nationale, a transmis un signalement au parquet de Paris visant à ajouter trois nouveaux griefs à l’enquête pénale en cours visant le réseau social chinois. Pour ce dernier, « l’algorithme de TikTok enferme les mineurs dans une spirale mortifère de contenus liés aux troubles alimentaires, à l’automutilation, à la dépression et au suicide ». Il est « susceptible de caractériser plusieurs infractions pénales », a-t-il poursuivi.

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Interrogé par Franceinfo, TikTok assure avoir « investi massivement dans des expériences sûres et adaptées à l’âge des adolescents », en mettant notamment en place « plus de 50 fonctionnalités et paramètres spécialement conçus pour assurer la sécurité et le bien-être des adolescents ». Dans l’Hexagone, une proposition de loi, qui veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, est actuellement en cours d’adoption à l’Assemblée nationale.

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