Google a soumis à la Commission européenne des modifications de sa politique anti-spam dans Search. L’enjeu : éviter une nouvelle amende au titre du Digital Markets Act (DMA), le règlement qui encadre les géants du numérique dans l’UE depuis 2023. L’enquête avait été ouverte le 13 novembre 2025 par Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission en charge de la concurrence.
Quand le filtre anti-spam de Google se retourne contre la presse
Le problème est technique mais ses conséquences sont concrètes. Google applique depuis 2024 une politique dite de « site reputation abuse » qui cible le « SEO parasite ». En clair : quand un site d’actualité intègre des contenus sponsorisés ou des publi-rédactionnels de partenaires commerciaux, Google peut le déclasser. Les widgets type Taboola ou Outbrain sont directement visés.
La Commission européenne considère cette pratique comme discriminatoire. Pour Bruxelles, héberger des contenus commerciaux de partenaires est un mode de monétisation courant et légitime (et accessoirement vital pour des rédactions sous pression financière). Le DMA impose à Google un classement « juste, raisonnable et non discriminatoire » envers les éditeurs. C’est le principe de licence raisonnable et non discriminatoire applicable à tous les « contrôleurs d’accès » désignés par l’UE.
Google propose donc d’amender ses règles pour cesser de pénaliser ce type de contenu. Les parties prenantes (éditeurs, concurrents) ont jusqu’à la semaine du 11 mai pour donner leur avis. Si la Commission valide, Google éviterait une injonction formelle. La sanction en jeu : jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial d’Alphabet, voire 20 % en cas de récidive.
9,5 milliards d’amendes : le bilan européen de Google
Google négocie depuis une position peu confortable, avec quatre amendes antitrust en Europe depuis 2017, pour un total d’environ 9,5 milliards d’euros. Google Shopping en 2017 (2,42 Mds €), Android en 2018 (4,34 Mds €), AdSense en 2019 (1,49 Md €) et AdTech en 2025 (2,95 Mds €). Plusieurs appels sont encore en cours. D’autres enquêtes DMA tournent en parallèle, notamment sur le traitement préférentiel des services Google dans Search et les restrictions imposées aux développeurs Android.
Ce dossier anti-spam est distinct (et c’est un point que la presse confond régulièrement) du dossier des droits voisins. Les droits voisins concernent la rémunération des éditeurs pour l’affichage de leurs contenus dans Google Actualités. Le DMA, lui, porte sur la visibilité : les éditeurs veulent pouvoir monétiser leurs sites sans être punis par l’algorithme. En France, l’APIG (Alliance de la Presse d’Information Générale, 295 publications) a renouvelé son accord-cadre avec Google sur les droits voisins en janvier 2025. Le présent dossier est complémentaire, pas concurrent.
Neuf milliards et demi plus tard, Google préfère visiblement négocier. Les éditeurs européens apprécieront le geste (à défaut d’un remboursement).
👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.
Source : Bloomberg

