Passer au contenu

Chrome « cache » peut-être une IA sur votre ordinateur, et Google l’assume

Un chercheur accuse Google Chrome d’installer en arrière-plan un modèle d’IA de 4 Go sur certains PC. Ce modèle, à savoir Gemini Nano, est glissé sans le consentement de l’utilisateur, soulevant des questions de conformité au RGPD, de bande passante et d’empreinte carbone. Google a fini par réagir.

Il y a quelques jours, Alexander Hanff, informaticien et juriste spécialisé dans la protection de la vie privée, a découvert que Google Chrome télécharge en arrière‑plan un fichier d’IA d’environ 4 Go sur certains ordinateurs, sans demander de consentement explicite de la part de ses utilisateurs. En fouillant les dossiers système de Chrome, il identifie un fichier baptisé « weights.bin » dans un répertoire nommé OptGuideOnDeviceModel. Ce fichier contient les paramètres de Gemini Nano, le modèle d’IA local de Google. Selon lui, aucun message ne prévient l’utilisateur qu’un tel fichier va être téléchargé, ni ne lui demande d’autoriser l’installation sur la machine.

À lire aussi : Google corrige 4 failles critiques dans Chrome, installez la mise à jour

Une installation forcée sur certains ordinateurs

Le fichier est apparu peu après la mise à jour du navigateur vers la version 148.0.7778.97. Néanmoins, il n’est pas présent sur tous les appareils ayant installé Chrome. Le modèle Gemini Nano de Chrome n’est déployé que sur des machines suffisamment puissantes pour le faire tourner. Google limite l’installation du modèle aux ordinateurs Windows 10/11 ou macOS Ventura minimum, avec 22 Go d’espace disque libre, un processeur avec au moins 4 cœurs, un GPU avec 4 Go de RAM vidéo dédiée, et 16 Go de RAM système. C’est pourquoi on ne trouve pas Gemini Nano sur tous les ordinateurs.

Par ailleurs, Google réserve le modèle à certains pays. Même si votre machine coche toutes les cases d’un point de vue hardware, Gemini ne sera pas installé dans les pays francophones. Nous n’avons d’ailleurs pas trouvé la trace du modèle sur notre Mac. Dans « les régions où le forfait mobile constitue le seul accès à internet, 4 Go de téléchargement non sollicité représente environ un mois entier de données, gaspillé par Chrome à l’insu de l’utilisateur », pointe du doigt l’informaticien à l’origine de la découverte.

Le chercheur soulève également un argument environnemental. Selon ses estimations, un déploiement sur 500 millions de machines générerait environ 30 000 tonnes de CO₂, soit l’équivalent des émissions annuelles de quelque 6 500 voitures. On prendra cette comparaison avec des pincettes, étant donné que le chercheur ne peut pas déterminer le nombre réel d’ordinateurs compatibles avec Gemini Nano. Les projections du chercheur sont par ailleurs difficiles à vérifier et dépendent de nombreux facteurs.

Le chercheur soutient par ailleurs que la pratique de Google pourrait se heurter au droit européen, notamment au RGPD et aux règles de l’ePrivacy. Ces lois obligent les entreprises à recueillir le consentement libre, éclairé et explicite de ses usagers pour stocker des données sur les terminaux.

À lire aussi : Désinstallez vite ces 108 extensions Chrome, ce sont de dangereux malwares russes

Une IA récalcitrante, mais pas secrète

Chrome ne propose pas de case à cocher explicite, ni d’alerte visible sur l’espace disque consommé. Pire, lorsque l’utilisateur supprime manuellement le fichier, le navigateur finit par le retélécharger automatiquement si les fonctions d’IA restent actives. Néanmoins, l’installation n’a pas été dissimulée par Google. Le téléchargement du modèle est publiquement évoqué sur le site web de Google. Ce n’est pas du tout un secret.

De ce point de vue, l’affaire ressemble un peu à une tempête dans un verre d’eau. Cependant, la moindre des choses serait d’afficher une fenêtre indiquant qu’un modèle d’IA de plusieurs gigaoctets va être téléchargé, en détaillant les usages concrets de ce modéle et en proposant un choix clair à l’internaute.

Google s’explique

Face au tollé provoqué par les révélations d’Alexander Hanff, Google est monté au créneau pour s’expliquer sur la présence de Gemini Nano sur certains ordinateurs. Dans un communiqué de presse, le géant américain admet avoir déployé « Gemini Nano pour Chrome , un modèle léger installé sur votre appareil » deux ans plus tot, en 2024. Ce modéle « offre des fonctionnalités de sécurité essentielles, comme la détection des arnaques et l’accès aux API pour développeurs, sans envoyer vos données vers le cloud », ce qui reste une bonne chose en matière de vie privée et de confidentialité.

« Bien que son fonctionnement nécessite un peu d’espace disque sur votre ordinateur, le modèle se désinstalle automatiquement si les ressources de votre appareil sont insuffisantes », explique Google, se défendant de sucharger la mémoire d’une machine.

Enfin, Google indique avoir « commencé à déployer une fonctionnalité permettant aux utilisateurs de désactiver et de supprimer facilement le modèle directement dans les paramètres de Chrome ». En d’autres termes, Google laisse depuis peu la possibilité de se débarrasser manuellement de Gemini Nano. Une fois désactivé, « le modèle ne sera plus téléchargé ni mis à jour », ajoute Google. Pour éjecter les 4 Go de Gemini Nano, rendez-vous dans les paramètres de Chrome, puis dans la section « Système ». Vous y trouverez un interrupteur qui permet de désactiver les fonctionnalités d’IA sur l’appareil, ce qui empêche ensuite le téléchargement ou le retour du fichier. 

👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.


Florian Bayard