Vendredi dernier, Anthropic a été obligé de désactiver Claude Fable 5 et Mythos 5 dans le monde entier. La start-up n’a pas trouvé d’autres moyens pour se conformer à une directive du gouvernement américain. L’administration Trump a en effet exigé qu’Anthropic coupe l’accès à ces deux modèles pour « tout ressortissant étranger, à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis ». Pour justifier sa demande, Washington a évoqué des risques en matière de sécurité nationale.
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Pourquoi les États-Unis ont voulu couper l’accès aux nouveaux Claude ?
Aux origines de la décision du gouvernement Trump, il y aurait une alerte émise par Amazon. Peu après la sortie des deux modèles de pointe d’Anthropic, des chercheurs d’Amazon seraient parvenus à contourner plusieurs des mécanismes de censure de Claude. Ces mécanismes étaient censés empêcher toute utilisation malveillante de l’IA. Les chercheurs d’Amazon ont pu démontrer, en interne, que les nouvelles versions de Claude pouvaient facilement être utilisées pour orchestrer des cyberattaques.
Selon le Wall Street Journal, ces découvertes sont remontées jusqu’à Andy Jassy, l’actuel PDG d’Amazon. Le dirigeant s’est empressé d’en parler à des responsables de l’administration Trump, dont le secrétaire au Trésor Scott Bessent. C’est à ce moment-là que la Maison-Blanche s’est saisie du dossier et a demandé à Anthropic de prendre des mesures. Amazon, l’un des actionnaires d’Anthropic, reste évasif et se contente d’admettre qu’il n’est « pas rare que les gouvernements sollicitent nos conseils sur d’éventuels risques pour la sécurité ».
En parallèle, un rapport du média Semafor révèle qu’un groupe de pirates chinois aurait trouvé le moyen de contourner les protections d’Anthropic pour utiliser Claude Mythos, une version surpuissante réservée à une poignée de partenaires triés sur le volet. Considérée comme trop dangereuse, cette version de Claude est en effet cantonnée aux entreprises membres du « Project Glasswing », une coalition réunissant les plus grands noms de la tech mondiale, dont Amazon, Apple, Broadcom, Cisco, CrowdStrike, Google, Linux Foundation, Microsoft, et NVIDIA. Selon le média, les pirates chinois, mandatés par Pékin, ont mis la main sur Mythos. C’est l’un des éléments qui aurait poussé Washington à agir. Le gouvernement Trump redoute que des hackers financés par des puissances étrangères se servent des innovations d’Anthropic pour débusquer et exploiter des vulnérabilités. Pour rappel, une enquête a démontré qu’un groupe Discord composé de curieux a déjà réussi à accéder à Mythos en cassant les sécurités d’Anthropic.
I’ve had a number of conversations with folks inside and outside government about the current situation with Anthropic, and here is what I believe to be true:
— As we know, Anthropic publicly released its Mythos class models earlier this week under the commercial name Fable.…
— David Sacks (@DavidSacks) June 13, 2026
De son côté, David Sacks, le conseiller de Donald Trump en matière d’IA, indique qu’un partenaire « très crédible » et de confiance s’est mis à tester Fable 5 et s’est rendu compte qu’il existait un moyen de contourner les garde‑fous. L’administration aurait alors demandé à Dario Amodei, PDG d’Anthropic, de corriger la faille ou de couper l’accès au modèle. Celui-ci aurait refusé d’obtempérer, conduisant à l’injonction formulée par le gouvernement. David Sacks insiste sur le fait que la Maison Blanche aurait agi « à contre‑cœur », uniquement parce qu’Anthropic s’est entêté.
Il assure que la mesure n’a rien à voir avec les précédents désaccords entre Anthropic et le pouvoir américain. Il y a quelques mois, Anthropic s’est ouvertement opposé au Pentagone. La firme a décidé d’interdire à l’armée US de se servir de son IA générative à des fins militaires. La fronde d’Anthropic avait provoqué la colère de Donald Trump, qui avait estimé, avec son emphase habituelle, qu’Anthropic est une « ENTREPRISE D’EXTRÊME GAUCHE WOKE » qui est « dirigée par des gens qui n’ont aucune idée de ce qu’est le monde réel ».
Pour Anthropic, une « faille potentielle mineure » ne devrait pas suffire à interdire un modèle d’IA déployé à des centaines de millions de personnes dans le monde. Le roi de l’IA estime que ce type de mesures risque de bloquer presque tous les nouveaux modèles avancés. La start-up présente la décision de Washington comme une menace pour l’innovation et l’avancée de la recherche en matière d’intelligence artificielle. L’argumentaire d’Anthropic tombe un peu mal. Il y a quelques jours, la start-up a en effet plaidé pour un ralentissement du développement de l’IA.
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Une décision qui suscite la controverse en Europe
La décision du gouvernement américain a eu des retentissements importants dans le monde entier, y compris en Europe et en France. Plusieurs responsables français et européens ont réagi à l’annonce d’Anthropic dans le courant du week-end. Aux yeux de nombreux élus, l’interdiction formulée par Washington rappelle à quel point les Etats-Unis sont en position de force dans l’industrie de l’IA.
La décision de Washington de couper l’accès aux modèles les plus puissants d’Anthropic doit nous réveiller. Dans la course à l’intelligence artificielle, une nation qui dépend des autres pour sa technologie est une nation qu’on peut débrancher du jour au lendemain.
Il faut faire…
— Bruno Retailleau (@BrunoRetailleau) June 13, 2026
Pour Bruno Retailleau, l’ancien ministre de l’Intérieur, l’affaire doit « servir d’avertissement » et pousser la France à traiter l’IA « comme nous avons traité le nucléaire », c’est-à-dire « comme une composante de notre souveraineté ». Il plaide pour la réorientation « marchés publics vers des solutions souveraines » et la construction d’une infrastructure indépendante des États-Unis. Par la suite, le candidat à l’élection présidentielle de 2027 a même invité Anthropic à s’implanter à Paris.
Dans un contexte de désengagement américain, les Nations européennes doivent prendre leur destin en main, travailler à des coopérations industrielles et retrouver les moyens de leur liberté, de leur défense, de leur autonomie stratégique. @POLITICOEurope pic.twitter.com/frU8syX7K5
— Jordan Bardella (@J_Bardella) June 15, 2026
L’affaire a mis d’accord l’intégralité des partis politiques de France, de la France Insoumise au RN en passant par Horizons. En miroir de Bruno Retailleau, ils estiment qu’il est urgent que l’Europe s’approprie les technologies d’IA et ne restent pas dépendante du bon vouloir des États-Unis. Jordan Bardella, chef de file du RN, estime que « dans un contexte de désengagement américain, les Nations européennes doivent prendre leur destin en main ».
IA : depuis 2016, LFI classe le numérique comme nouvelle frontière de l’humanité et refuse que la France soit une colonie numérique des USA. La décision de Trump concernant Anthropic prouve l’urgence du sujet. Elle est certes aussi un règlement de comptes politique avec son…
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) June 13, 2026
Jean-Luc Mélenchon estime que la décision de Trump ressemble surtout à « un règlement de comptes politique » avec Anthropic, mais qu’il est urgent d’agir pour éviter que la France devienne « une colonie numérique des USA ». Un constat partagé par Edouard Philippe, qui estime que « le gouvernement US décide de soumettre le développement de l’IA à sa logique de puissance ».
En suspendant l’accès des modèles les plus puissants d’Anthropic aux non-américains, le gouvernement US décide de soumettre le développement de l’IA à sa logique de puissance.
L’IA est désormais une infrastructure critique, aussi essentielle que l’électricité ou Internet. Une…
— Edouard Philippe (@EPhilippe_LH) June 13, 2026
Du côté des dirigeants européens, Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne, admet que les IA de pointe soulèvent « de sérieuses préoccupations en matière de cybersécurité qui doivent être prises en compte », mais que « les mesures d’urgence prises dans ce contexte ne doivent pas être discriminatoires envers les partenaires ». Il encourage également l’Europe à « renforcer sa souveraineté technologique ».
Notez qu’Anthropic espère pouvoir faire changer d’avis le gouvernement américain. Dans un billet de blog, la société de Dario Armodei parle d’un « malentendu » et s’engage à tout mettre en œuvre pour « rétablir l’accès au plus vite ».
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