Blacksheep est en train de bouleverser le monde des lunettes. Assumant pleinement le « made in China », le groupe d’origine chinoise ambitionne de devenir le « Shein de la lunette » en proposant des montures et des verres fabriqués en Chine à des prix ultra-agressifs. La marque mise surtout sur les achats en ligne, bien qu’elle dispose de magasins physiques, mais éphémères, à Paris, Lille et Bruxelles.
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Des lunettes connectées à moins de 50 euros
Après avoir cassé le marché des lunettes, Blacksheep s’attaque au marché encore balbutiant des lunettes connectées. Le constructeur vient de lever le voile sur une paire de lunettes affichées au prix… de 49 euros. C’est considérablement moins cher que les autres lunettes connectées actuellement sur le marché, dont les Ray-Ban de Meta, dont le prix dépasse les 300 euros.
Avec cet accessoire low cost, la marque se distingue fortement de la concurrence, plutôt orientée premium. Intrigués par la proposition audacieuse de BlackSheep, on a passé quelques jours à tester les lunettes.
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Pas d’étui pour les Blacksheep
Les lunettes Black Sheep arrivent dans une boîte en carton légère. La mousse de protection ne tient pas dans la boîte. On a un peu l’impression de se retrouver en face d’une boîte de chocolats de supermarché plutôt que devant le packaging d’une paire de lunettes. La boîte reflète le positionnement low cost de BlackSheep. Cerise sur le gâteau, on ne trouve pas le nom de la marque sur la boîte, réduction des coûts oblige.

On a ensuite été réellement étonnés par l’absence d’étui. Face aux Ray-Ban et à leur étui chargeur soigné tout en cuir, les BlackSheep détonnent fortement. Au premier coup d’œil, l’approche ultra low-cost de la marque chinoise est susceptible de rebuter. On se demande un peu si le reste de l’expérience, et surtout la partie connectée, sera à l’image de l’étui-boîte en carton…
Un design soigné
Passons maintenant aux lunettes. Plutôt épaisses, les lunettes sont composées de branches noires mates et de verres noirs teintés. En dépit de l’électronique embarquée, l’ensemble est relativement léger. Au vu du prix, on est positivement étonnés par la finition, qu’on trouve assez soignée. Petite bizarrerie : il n’y a aucune inscription sur les lunettes. On n’aperçoit pas le nom de la marque… ni la moindre mention légale. Tout est maculé de noir.

Les lunettes sont munies d’un ensemble de boutons physiques, sur les branches, et d’un pavé tactile. Sur la monture, à proximité des verres, on aperçoit un duo de capteurs photo. On aperçoit aussi un pavé tactile, tandis que les haut-parleurs sont invisibles.
Une expérience connectée complète
En dépit du prix, les lunettes de BlackSheep proposent une expérience connectée complète. Il est possible d’écouter de la musique, de passer des appels, d’enregistrer de l’audio ou encore de prendre des photos. Toutes ces fonctionnalités doivent être configurées dans le biais d’une application compagnon, intitulée HeyCyan.

Là encore, aucune mention de la marque BlackSheep. L’application se distingue par une interface sobre, soignée, et facile à appréhender. L’app comporte une série de tutoriels, bien conçus et détaillés, qui permettent de comprendre rapidement comment fonctionne l’accessoire.

C’est le moment d’enfiler les lunettes connectées. Une fois vissées sur notre nez, nous avons connecté les lunettes à l’application par le biais du Bluetooth. L’apairage à l’iPhone s’est déroulé sans le moindre accroc, ce qui est toujours appréciable.
Des haut-parleurs rudimentaires
On a commencé par tester la partie audio, qui repose sur des haut-parleurs intégrés dans les branches. La marque chinoise mise sur des haut-parleurs placés en bout de branches, près de l’oreille. Le hardware est très simple. Chaque branche cache un tout petit haut‑parleur rectangulaire qui envoie le son vers l’oreille, vraisemblablement par le biais d’un système de conduction osseuse (bien que BlackSheep ne s’étende pas sur la question). N’importe quelle personne qui se trouve à quelques mètres de vous pourra entendre clairement tout ce que vous écoutez, même si vous réduisez le volume. Notez que le volume se contrôle par le biais d’un pavé tactile sur les branches.

Réduction des coûts obliges, la qualité du son n’est pas au rendez-vous. On est loin du rendu des Ray-Ban de Meta, et c’est tout à fait logique au vu de l’écart tarifaire entre les deux marques. En écoutant de la musique dans une pièce calme, on a eu l’impression d’avoir une vieille radio juste à côté de notre tête. Le son a fortement tendance à se distordre et des grésillements peuvent apparaître, surtout si vous poussez le volume à fond.

On s’est servi des lunettes pour écouter un livre audio lors d’une séance de courses dans les bois, et il était parfois difficile de bien suivre le fil du récit, notamment quand le vent s’est mis à souffler. On avait pas du tout le même problème avec les Ray-Ban de Meta ou les Oakley Vanguard. Lors d’un appel, on a souvent été obligé de pousser le volume dans ses retranchements. Bref, les lunettes ne vont pas remplacer nos écouteurs de sitôt. Nos interlocuteurs n’ont rien remarqué de particulier du côté du double microphone.
Un assistant vocal basique
Les lunettes disposent d’un assistant vocal, intitulé HeyCyan, tout comme l’application compagnon. Au vu du prix, on s’attendait un peu à converser avec un assistant relativement rudimentaire, et on ne s’est pas trompé. L’assistant s’est cependant montré plus efficace qu’on le pensait. Plutôt réactif, l’assistant vocal est capable de répondre à la plupart des questions du quotidien, comme la météo ou l’heure. Par contre, l’IA ne peut pas envoyer de messages ou passer un coup de fil. L’intégration avec le reste de votre smartphone est très très limitée. Si vous rêvez de dicter des messages avec vos lunettes, passez votre chemin.
L’assistant s’est montré plus impressionnant lorsqu’il « regarde » ce qu’il se passe aux alentours par le biais des capteurs photo. Dans l’application, on trouve en effet une fonction de reconnaissance d’images à l’aide de l’IA. Une fois activée, cette option permet à l’assistant de décrire ce qu’il se trouve devant vous. Cette description apparaît à l’écran sous forme de texte. On a été étonné par la précision des descriptions, ainsi que par la vitesse à laquelle elles sont générées. C’est une fonctionnalité qui s’annonce pratique si vous visitez une ville, que vous bricolez quelque chose chez vous ou que vous faites vos courses dans un magasin. Sur ce point, les BlackSheep s’offrent le luxe de faire mieux que les Ray-Ban.

Des outils de traduction
Néanmoins, les lunettes de BlackSheep tirent leur épingle du jeu grâce à d’autres fonctions intelligentes réussies, en particulier les outils de traduction. L’accessoire dispose tout d’abord d’une « fonction d’interprétation simultanée », qui va traduire en temps réel tout ce qu’un interlocuteur vous dit. Pour peu que votre interlocuteur ne parle pas trop vite, et que d’autres personnes ne s’adressent pas à vous au même moment, vous pourrez aisément suivre une conversation dans une langue étrangère. Il y a évidemment une importante latence. Entre le moment où votre interlocuteur vous parle et où vous entendez la traduction, il se passe tout de même quelques secondes. On a quand même été impressionnés et on se voit bien porter les lunettes lors de notre prochain voyage à l’étranger. Au vu de nos expérimentations, l’outil de traduction est tout aussi efficace que celui de Meta. Les traductions sont justes, fluides, et visent généralement dans le mille.
Elles comprennent aussi une fonction de « procès verbal de la réunion
». Cet outil va enregistrer tout ce qu’il se dit autour de vous, et proposer une retranscription textuelle, dans la langue que vous voulez. La fonction est moins impressionnante que l’option de traduction évoquée ci-dessus. Il y a souvent des ratés dans la retranscription, surtout lorsqu’on se met à parler un peu plus vite ou à négliger l’articulation. C’est toutefois impressionnant pour des lunettes qui coûtent moins de 50 euros.

Citons aussi la traduction par écran, destinée à faciliter la communication avec une personne assise en face de vous. Les deux participants sont invités à enregistrer leur message, en appuyant sur l’icône micro, et la traduction apparait instantanément dans la partie de l’écran dédiée. C’est pratique et plutôt bien pensé. Après quelques tests, l’outil s’est montré à la hauteur.
Photo et vidéo
Sur les montures, on trouve un duo de capteurs photo de 8 mégapixels. Avec ces deux objectifs, les lunettes peuvent filmer et prendre des photos en 1080p. Évidemment, on est loin de la qualité offerte par un smartphone récent, mais c’est loin d’être honteux. Il est possible de prendre une photo en appuyant sur une touche sur la branche droite ou de demander à l’assistant.


On reste néanmoins plus sur une solution d’appoint, qui ne convaincra pas les photographes les plus exigeants ou les créateurs de contenus. On redirigera plutôt ces consommateurs vers les Ray-Ban. La photo n’est clairement pas le point fort de l’accessoire, surtout dans des conditions de faible luminosité.

Autonomie et recharge
Concernant l’autonomie, le groupe chinois ne communique pas sur l’endurance maximale de ses lunettes. Avec leur batterie de 410 mAh, les lunettes ne tiennent pas plus de 2 à 4 heures avec une seule recharge. Si vous multipliez les photos, les vidéos, que vous écoutez de la musique, et que vous sollicitez constamment l’IA, vous vous retrouvez à court de jus en moins d’une heure et demie. N’espérez pas porter vos lunettes toute la journée et les recharger le soir, en même temps que votre smartphone.

Contrairement à des lunettes plus haut de gamme, les BlackSheep ne sont pas accompagnées d’un étui de recharge. Il n’est donc pas possible de recharger l’accessoire à la volée pendant la journée. Pour réduire les coûts, la recharge est confiée à un câble magnétique propriétaire, muni de broches. Celles-ci viennent se connecter à l’une des branches. C’est le standard sur pratiquement toutes les lunettes chinoises de ce type. On regrettera évidemment l’absence de port USB-C. Il faut environ 1h à 1h30 pour une charge complète.

Un excellent rapport qualité-prix
Quand on nous a proposé de tester des lunettes connectées à 49 euros, on a d’abord été sceptiques. Habitués des lunettes intelligentes à plus de 300 euros, nous nous attendions à une expérience résolument low cost. Les lunettes se sont finalement montrées impressionnantes sur de nombreux points, notamment celui de la traduction par IA, en dépit de leurs inévitables limitations. Les restrictions budgétaires se sont surtout fait sentir du côté du hardware, comme l’appareil photo et les haut-parleurs.
Évidemment, BlackSheep a été obligé de faire des sacrifices pour contenir le prix sous le seuil des 50 euros. De notre côté, on a surtout regretté l’absence d’un étui de recharge ou d’un véritable boîtier de transport. C’est ce qui manque cruellement à la proposition pour venir faire de l’ombre aux Ray-Ban, les actuels numéros un du marché des lunettes connectées. Pour moins de 50 euros, le produit reste impressionnant, et il devrait ravir les utilisateurs les moins exigeants.
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