Les lunettes connectées « présentent des risques majeurs pour la vie privée » « par leur capacité à capter, traiter et interpréter des données en temps réel, sans que les personnes autour en aient nécessairement conscience », alerte la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), dans un communiqué publié ce lundi 11 mai. Depuis 2022, le géant des plateformes Meta a lancé son modèle de lunettes dites intelligentes, les Ray-Ban Meta, rejoint depuis par d’autres entreprises comme Xiaomi (AI Glasses), Alibaba (Quark AI) mais aussi Alain Afflelou (Magic Connect) ou Krys (Smart Signature Krys).
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Si les fabricants présentent leurs lunettes connectées comme étant respectueuses de la vie privée, une enquête explosive des journaux suédois Svenska Dagbladet et Göteborgs-Posten a récemment levé le voile sur le traitement controversé des données personnelles issues des Ray-Ban Meta. Plusieurs ONG ont, depuis, appelé à mieux réguler ces « mouchards plus que discrets ».
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Ces appareils « constituent un nouveau défi pour la vie privée et soulèvent des enjeux éthiques et sociétaux forts », confirme le gardien de la vie privée français. Ces lunettes comportent en effet « des capteurs au sein de leur monture (micro et caméra) » « susceptibles de capter des sons, des images et des vidéos des personnes se trouvant à proximité de leur utilisateur, parfois sans que celles-ci en aient pleinement conscience ».
Dit autrement, « les lunettes filment tout ce que leur porteur regarde. Il existe donc un risque important qu’elles ne soient pas identifiées comme “connectées” par les personnes qui se trouvent dans leur champ de captation », indique la CNIL. Les voyants lumineux, censés prévenir d’un enregistrement en cours, « n’ont qu’une portée limitée, d’autant plus qu’ils sont absents pour certains usages », ajoute l’autorité française.
« De la vidéoprotection à une surveillance mobile omniprésente »
Pourtant, ces dispositifs pourraient entraîner « une transformation profonde de nos sociétés » qui passeraient « d’une surveillance fixe, signalée et encadrée (la vidéoprotection que nous connaissons tous et sommes capables d’identifier) à une surveillance mobile, quasi invisible et omniprésente », prévient la CNIL. De quoi constituer « un important risque de surveillance généralisée et une forme de banalisation de celle-ci », écrit la Commission nationale Informatique et Libertés. Toute personne pourrait se croire, et parfois à raison, constamment enregistrée, qu’elle soit dans des lieux privés ou publics, « créant un sentiment d’être constamment observée, voire surveillée, et engendrant peu à peu une forme d’autocensure », détaille cette autorité indépendante.
Si le gardien de nos données personnelles reconnait l’utilité de ces dispositifs, notamment pour les personnes en situation de handicap, il estime que ces lunettes doivent rester « des auxiliaires utiles – et non des outils intrusifs ». La CNIL rappelle ainsi que « tout utilisateur de lunettes connectées devra respecter le droit à la vie privée des personnes dont l’image ou la voix est susceptible d’être captée par les lunettes et, le cas échéant, recueillir leur consentement ».
Enregistrer ou transmettre sans consentement l’image d’une personne dans un lieu privé viole le droit à la vie privée
Ce droit à la vie privée est défini à l’article 9 du Code civil : le fait de porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui en fixant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de celle-ci, l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé, est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende.
Et pour « les lieux où un fort degré d’intimité est attendu (cabinets médicaux, vestiaires, toilettes) », l’utilisation de ces dispositifs est d’autant plus problématique. La CNIL annonce lancer plusieurs travaux « sur la conformité des lunettes connectées en matière de protection des données personnelles », dont certains seront initiés avec ses homologues européens. En attendant, une liste des bonnes pratiques à suivre pour tout porteur de lunettes connectées est donnée, comme le fait de prévenir les personnes qui les entourent, d’éviter d’utiliser ces appareils « dans les lieux où les personnes ne s’y attendent pas », ou encore d’obtenir le consentement des personnes filmées si ces utilisateurs souhaitent utiliser leurs images sur les réseaux sociaux.
L’autorité a réalisé une enquête en janvier 2026 sur 2 128 personnes représentatives de la population française âgée de plus de 18 ans : pour 67 % des sondés, les lunettes connectées « représentent (bien) un risque d’atteinte à la vie privée ». Elles « font également apparaitre de nombreuses appréhensions vis-à-vis de ces dispositifs : méfiance, malaise, inquiétude, voire agacement ».
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