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83,5 milliards de dollars perdus : Meta enterre le métavers et parie tout sur l’IA

Vingt et un trimestres de pertes consécutives, et Zuckerberg promet maintenant « l’intelligence artificielle personnelle pour des milliards de gens ». Le plus gros pivot de l’histoire de la tech se paie comptant.

En octobre 2021, Mark Zuckerberg avait renommé Facebook en Meta pour signaler au monde que l’avenir de son entreprise passait par le métavers. Quatre ans et demi plus tard, les résultats du premier trimestre 2026 racontent une tout autre histoire. Reality Labs, la division chargée de construire cet avenir virtuel, a perdu 4,03 milliards de dollars sur le trimestre pour 402 millions de revenus. Selon le document déposé auprès de la SEC, les pertes cumulées de la division atteignent désormais 83,5 milliards de dollars depuis 2021. Vingt et un trimestres, quatre milliards par trimestre en moyenne, sans qu’un seul ne soit rentable.

Comment Meta dépense-t-il autant sans rien gagner ?

Pour mettre ce chiffre en perspective, 83,5 milliards de dollars, c’est davantage que le PIB annuel du Luxembourg, du Kenya ou de la Bulgarie. C’est aussi plus de trois fois le budget annuel du CNRS, de l’INSERM et du CEA réunis. Reality Labs a englouti cet argent dans les casques Quest, la plateforme Horizon Worlds et la recherche en réalité augmentée. S’y ajoutent les lunettes connectées Ray-Ban développées avec EssilorLuxottica.

Le problème n’est pas que Meta perde de l’argent sur un pari risqué. Des dizaines d’entreprises tech le font. Le problème, c’est la séquence des trois derniers mois. En janvier 2026, Meta a licencié 10 à 15 % des effectifs de Reality Labs. En mars, la plateforme Horizon Worlds en réalité virtuelle a fermé ses portes sur les casques Quest pour se replier sur mobile. Et le 29 avril, lors de la publication des résultats, Zuckerberg n’a consacré qu’une phrase au métavers. Sa priorité affichée : l’intelligence artificielle, et plus préciséménent la « superintelligence personnelle », sans préciser de quoi il s’agit exactement.

Le groupe, lui, se porte très bien. 56,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires au premier trimestre (+33 % sur un an), 22,9 milliards de résultat opérationnel. Le bénéfice net bondit de 61 % à 26,8 milliards, mais ce chiffre mérite un astérisque. Il inclut un avantage fiscal exceptionnel de 8,03 milliards de dollars lié au One Big Beautiful Bill Act. Sans cet effet, le bénéfice par action aurait été inférieur de 3,13 dollars. La machine publicitaire de Facebook, Instagram et WhatsApp finance donc à la fois les pertes de Reality Labs et la nouvelle obsession de Zuckerberg.

Pourquoi la dépense explose au moment où la mémoire flambe

Cette obsession a un prix. Meta a relevé ses prévisions de dépenses d’investissement pour 2026 à 125-145 milliards de dollars, contre 115-135 milliards annoncés trois mois plus tôt. En 2025, le groupe avait dépensé 72,2 milliards. Le doublement en un an tient à deux facteurs. D’abord la hausse des prix des composants mémoire. Ensuite, la construction de datacenters destinés à entraîner les modèles d’IA (Spark Muse étant le dernier en date) et le silicium maison développé avec Broadcom.

Susan Li, directrice financière du groupe, a précisé lors de la conférence aux analystes que les coûts provenaient de trois postes. L’amortissement des infrastructures, le cloud tiers et les recrutements d’ingénieurs IA. Meta a embauché massivement en 2025, portant ses effectifs à 77 986 personnes, tout en supprimant des postes dans la VR. Le message est limpide : chaque dollar retiré du métavers est réinjecté dans l’intelligence artificielle.

Pour nous, le pivot se traduit concrètement par une absence. Les Ray-Ban Display, les nouvelles lunettes connectées à écran intégré développées avec EssilorLuxottica, devaient arriver en France début 2026. Le groupe franco-italien pèse 25,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le lancement a été reporté sine die, officiellement pour cause de stocks insuffisants aux États-Unis. L’article 50 de l’AI Act, applicable en août 2026, impose la transparence sur les interactions avec l’IA et l’étiquetage du contenu synthétique. De quoi compliquer encore le calendrier européen. Paradoxe du moment : c’est un partenaire français qui fabrique le produit que la France ne peut pas acheter.

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Naïm Bada