Passer au contenu

Web-apps, liens externes, hotline : comment Huawei s’adapte à l’absence de Google

Comme le Mate 30 Pro, les nouveaux Huawei P40 sont privés des services Google. Progressivement, la marque chinoise veut construire un écosystème capable de rivaliser avec celui du créateur d’Android.

En mai 2019, la décision de Donald Trump de placer Huawei sur liste noire commerciale créait un séisme dans le monde des nouvelles technologies. Huawei, numéro 2 mondial du smartphone, se voyait privé des services et des applications Google, ce qui n’est pas franchement pratique lorsque l’on équipe ses appareils d’Android. La marque a sorti en fin d’année un Mate 30 Pro victime de cette drôle de situation, qui nous avait permis de réaliser l’importance de Google dans un smartphone. 

À lire aussi : On a essayé le Huawei P40 Pro : peut-on créer le meilleur smartphone du monde sans Google ?

Avec sa gamme P40, annoncée plus tôt aujourd’hui, la marque chinoise répond aux critiques. Sans offrir une expérience aussi complète qu’avant, elle tente d’améliorer l’expérience utilisateur. On vous explique ce qui change.

Un AppGallery bien plus souple

L’AppGallery, le magasin d’applications de Huawei, s’améliore avec les P40. En plus d’un nouveau logo plus simple, le rival du Play Store se dote d’un système de redirection vers des liens externes. Par exemple, au lieu d’indiquer à un utilisateur que Facebook n’existe pas sur sa plate-forme, il le renvoie vers le site du réseau social où il peut télécharger l’application sous la forme d’un fichier APK. L’objectif de Huawei est de diminuer les canaux de téléchargements en centralisant tout sur son AppGallery. Malin, mais difficile à mettre en place.

01net.com – Quand on recherche Facebook sur l’AppGallery, on peut télécharger son APK ailleurs.

En effet, cette combine a encore un défaut de taille : une application installée par APK ne bénéficie pas de mises à jour automatiques. Le Facebook que vous téléchargez peut donc rapidement devenir obsolète sans que vous vous en rendiez compte. La marque chinoise nous confie cependant préparer un système de notifications qui avertira l’utilisateur quand une mise à jour sera disponible pour une application téléchargée ailleurs. Si ce système voit le jour, il comblerait un important défaut de son AppGallery… et le replacerait dans la course.

Sur l’AppGallery, de nombreuses applications sont arrivées depuis le lancement du Mate 30 Pro. Parmi elles, citons Coyote, LeBonCoin ou Marmiton, parfaitement adaptés aux services Huawei. De nombreux médias, comme BFMTV ou 01net, y ont également fait leur apparition. Malheureusement, un très grand nombre de développeurs (comme Canal, Netflix ou Molotov) restent absents. Pour combler ce manque, Huawei redirigera ses utilisateurs vers des agrégateurs d’APK, comme Telecharger.com, lorsqu’une application n’est pas disponible et que son éditeur ne propose pas lui-même de lien direct. Encore une fois, l’idée est de tout centraliser autour de l’AppGallery. À l’heure de l’écriture de ces lignes, cette promesse n’est pas encore mise en place. Seul Facebook et WhatsApp proposent un lien externe.

Enfin, notons que certaines applications incompatibles avec le Mate 30 Pro fonctionnent un peu mieux avec le P40. Snapchat, qui a fait son arrivée sur l’AppGallery, utilise les APIs Huawei plutôt que Google. Tout fonctionne normalement. Dans le cas de certaines applications avec des DRM vidéo comme myCANAL, que nous avons téléchargé hors de l’App Gallery, ça fonctionne, mais en qualité SD. En revanche, impossible de faire tourner Netflix sur le smartphone. Nous avons un message d’erreur à chaque fois. D’autres services populaires,  comme Citymapper ou Yuka, restent pour l’instant inutilisables.

Des web-apps pour remplacer les apps

Sur un smartphone Huawei, impossible de faire tourner des applications créées par Google (YouTube, Google Drive etc.) ou qui utilisent des APIs Google, comme Uber. Du coup, Huawei a une autre ruse… rediriger vers des web-applications depuis l’AppGallery, dans certains cas. Comme par exemple pour Uber (ne le faites pas pendant le confinement, on compte sur vous), où vous serez redirigé vers le site mobile (voir la capture ci-dessous). 

Pour d’autres applications, il n’y a pas de lien depuis l’AppGallery : vous voulez regarder des vidéos sur YouTube ? Rendez-vous sur la version mobile de youtube.com. On perd le confort d’une application, mais on fait comme on peut. Pour la plupart des applis, il existe en effet un équivalent web. Huawei doit juste aider ses utilisateurs à s’y retrouver.

Une hotline VIP pour aider les gens

Justement, comment aider les propriétaires de P40 à s’y retrouver ? Huawei nous annonce avoir mis en place un service de « Hotline VIP ». Dans une application préinstallée sur le smartphone (Assistance), on peut contacter un conseiller situé en France pour par exemple lui demander « comment utiliser Citymapper sur mon P40 Pro ? ». Au téléphone, ce dernier vous expliquera comment télécharger une application quand cela est possible (en passant par un APK par exemple) ou, dans le cas de Citymapper, qui nécessite les services Google, comment faire autrement. Utilisation d’un service concurrent, passage par le site web… Huawei souhaite dépanner chaque utilisateur un à un. Ce pari nous semble très ambitieux, mais pourrait rassurer les personnes qui hésitent à acheter un P40. Un forum dédié aidera aussi les clients de la marque à s’y retrouver.

Huawei lance de nouveaux services

Enfin, mentionnons l’arrivée de nouveaux services comme MeeTime (un concurrent de Google Duo, bientôt disponible) ou Huawei Music (un concurrent de Spotify), directement développés par la firme chinoise. Celia, un assistant vocal qui a vocation à remplacer Google Assistant, arrivera lui aussi prochainement. En ce qui concerne la cartographie, grande absente de ces P40, Huawei travaille actuellement sur son propre logiciel, en collaboration avec TomTom. En attendant, il faut passer par une application tierces. 

Vous l’avez compris, Huawei ne compte pas se laisser abattre par les décisions du gouvernement américain. Sur le long terme, son pari pourrait même devenir payant et lui permettre de devenir le troisième écosystème mobile majeur, aux côtés d’Apple et Google. Cependant, un tel chantier risque de mettre du temps avant de prendre forme, d’autant plus que certains développeurs interrogés par 01net.com se disent encore contre l’idée de créer une troisième version de leur application mobile. Le grand public ne sera-t-il pas effrayé par autant de contraintes ? Nos tests des Huawei P40 tenteront d’en savoir plus sur cette vie sans Google.

🔴 Pour ne manquer aucune actualité de 01net, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Opera One - Navigateur web boosté à l’IA
Opera One - Navigateur web boosté à l’IA
Par : Opera

Nicolas Lellouche