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Un « sociopathe » à la tête de ChatGPT ? Une vaste enquête dresse un portrait peu flatteur du patron d’OpenAI

Cent interviews, des mémos secrets et un mot qui revient sans cesse : « sociopathe ». Le patron de l’IA la plus populaire du monde prépare son entrée en Bourse.

Le New Yorker vient de publier l’enquête la plus détaillée jamais consacrée à Sam Altman. Signée Ronan Farrow et Andrew Marantz, elle repose sur plus de cent entretiens. Les journalistes ont eu accès aux « Ilya Memos » confidentiels et à 200 pages de notes privées de Dario Amodei, patron d’Anthropic qui a fait partie de l’équipe fondatrice du laboratoire. Le portrait qui en ressort est dévastateur. Il tombe au pire moment : OpenAI prépare une entrée en Bourse que sa propre directrice financière juge prématurée.

De Y Combinator à l’éviction de 2023 : un schéma récurrent

Les accusations ne datent pas d’hier. Aaron Swartz, cofondateur de Reddit et camarade de promotion d’Altman chez Y Combinator (l’incubateur de start-up le plus en vogue de la Silicon Valley) en 2005, aurait prévenu son entourage. Ses mots, cités par le New Yorker : Altman « ne peut jamais être digne de confiance » et serait un « sociopathe ». Swartz est décédé en 2013.

Altman a dirigé Y Combinator pendant cinq ans avant d’en être écarté. L’accélérateur affirme qu’il a simplement dû choisir entre ses fonctions et OpenAI. Plusieurs sources du New Yorker contestent cette version.

Chez OpenAI, le schéma se précise. Ilya Sutskever, alors directeur scientifique, a compilé des mémos internes totalisant environ 70 pages. Le conseil d’administration en a tiré un document détaillant ce qu’il qualifie de « schéma constant » de mensonges de la part d’Altman. Le 17 novembre 2023, le conseil d’administration l’a limogé. Le communiqué était sec : Altman n’avait pas été « constamment sincère dans ses communications ».

Cinq jours plus tard, Altman était de retour. Il avait mobilisé ses soutiens internes et externes. La quasi-totalité des membres du board qui l’avaient évincé ont été remplacés par des alliés : l’économiste Larry Summers, l’ancien directeur technique de Facebook Bret Taylor. Les employés d’OpenAI ont rebaptisé l’épisode « the Blip ».

IPO, pub, armée : les choix qui alimentent la défiance

Depuis sa réinstallation, Altman a accéléré la transformation d’OpenAI. La structure à but non lucratif d’origine a cédé la place à un modèle à but lucratif. Les équipes de sécurité internes ont été démantelées ou réduites. La charte fondatrice, selon des sources internes citées par le New Yorker, ne guide plus les décisions.

La liste des virages controversés s’allonge. Sora, le générateur vidéo d’OpenAI, a été abandonné. La publicité a fait son entrée dans les produits. Des contrats avec le secteur militaire américain ont été signés. La valorisation de l’entreprise a atteint 852 milliards de dollars lors de sa dernière levée de fonds de 122 milliards.

L’enquête du New Yorker documente aussi des tensions avec Microsoft, partenaire historique. Des cadres de l’éditeur décrivent Altman comme quelqu’un qui « déforme, renégocie et revient sur les accords ». Un dirigeant senior va plus loin. Il estime qu’Altman pourrait être comparé un jour à « un escroc de type Madoff ou Bankman-Fried ».

En parallèle, l’entrée en Bourse se profile et Altman pousse pour le quatrième trimestre 2026. La directrice financière Sarah Friar a confié à des collègues qu’elle ne pensait pas l’entreprise prête cette année. Elle doute de la capacité d’OpenAI à justifier ses dépenses massives en serveurs IA. La croissance du chiffre d’affaires ralentit, et les engagements financiers explosent. Altman l’aurait progressivement écartée de certaines discussions financières. Friar ne lui rapporte d’ailleurs plus directement depuis qu’elle a été rattachée à Fidji Simo, responsable de la branche applicative.

OpenAI a contesté les deux enquêtes. Sur le New Yorker : « L’article revient sur des événements déjà connus à travers des témoignages anonymes et des anecdotes sélectionnées, provenant de personnes ayant des agendas clairs. » Sur les tensions avec Friar, un communiqué cosigné avec Altman affirme que tous deux « ont été directement impliqués dans chaque décision significative ».

La question que pose l’enquête n’est pas celle qu’on croit

Le débat ne porte pas sur le caractère de Sam Altman. Il porte sur la gouvernance d’une entreprise qui développe une technologie susceptible de remodeler des pans entiers de l’économie et de la société. OpenAI emploie des milliers de personnes, gère des milliards de requêtes quotidiennes et brûle des centaines de milliards de dollars de capitaux.

L’investigation indépendante sur les motifs de l’éviction d’Altman en 2023 n’a jamais produit de rapport écrit. Le board qui l’avait jugé indigne de confiance a été intégralement remplacé. Les garde-fous prévus à la création d’OpenAI ont été démantelés un par un. C’est d’ailleurs le point d’origine du procès qui oppose OpenAI à Elon Musk.

L’homme qui veut introduire OpenAI en Bourse est le même que ses propres administrateurs ont tenté d’écarter il y a moins de trois ans. Les investisseurs décideront s’ils lui font davantage confiance que ses anciens collaborateurs.

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Source : The New Yorker