Neuf ans après sa première apparition, le Tesla Roadster a fait un retour très remarqué avec des propulseurs hérités de SpaceX et une version capable de décoller. Trois déclinaisons, une quatrième plus abordable qui pourrait débarquer, 50 000 euros pour réserver et une production prévue en 2028 : voici ce que l’on sait vraiment de la voiture.
Qu’a montré Tesla lors de la présentation ?
Tesla a dévoilé son Roadster dans la nuit du 15 au 16 octobre 2026, sur le site d’essais de moteurs de SpaceX à McGregor, au Texas. Devant les caméras, la voiture d’Elon Musk a fait le show et a animé les réseaux sociaux en sautant en vrille au-dessus d’une partie de la gamme Tesla, de la Model 3 au camion Semi en passant par le Cybertruck et le Cybercab.

L’autre temps fort a été l’accélération et, propulseurs allumés, le Roadster a affiché un 0 à 96 km/h en 0,81 seconde. Notons quand même que ce chrono a été mesuré par Tesla, sur son terrain et avec sa propre voiture, sans contrôle indépendant. « Le futur a bien des voitures volantes », a ensuite résumé Elon Musk sur X, tout en reconnaissant sur scène que ce n’était « pas forcément une voiture optimisée pour la sécurité ».
Quelles sont les différentes versions du Roadster ?
Tesla propose pour l’instant trois versions. La Performance, présentée comme « prête pour la route », compte deux places et se contente d’une aérodynamique active et d’un système d’aspiration, avec un 0 à 96 km/h annoncé en moins de 1,6 seconde. La Thrust, produite en série limitée, ajoute des propulseurs à l’arrière et descend sous les 0,9 seconde. La Rocket, enfin, sacrifie le siège passager, reçoit des propulseurs tout autour de la caisse et vise moins de 0,59 seconde, avec une vitesse de pointe de plus de 370 km/h. C’est elle qui peut réellement décoller du sol et Tesla précise qu’elle n’est « pas approuvée pour une utilisation sur la voie publique ». Elle est par ailleurs réservée à des clients invités.
Une quatrième version, plus abordable, devrait rejoindre la gamme. Selon Top Gear, ce Roadster « Standard » développerait environ 800 kW, contre plus de 1 MW pour la Performance, et se passerait du système d’aspiration de sa grande sœur. Encore en développement selon Lars Moravy, il n’a pour l’instant ni prix ni date de sortie.
Certaines caractéristiques sont communes à toute la gamme, à commencer par l’autonomie de plus de 480 km annonhcée par Tesla, qui ne précise pas le cycle d’homologation. Le reste vient des interviews données par Lars Moravy, vice-président de l’ingénierie véhicule, à Top Gear et Hagerty. Le Roadster serait une propulsion à deux moteurs arrière, développant plus de 1 MW (environ 1 360 ch) et plus de 1 400 Nm, chaque roue arrière étant pilotée indépendamment. Sa batterie utiliserait des cellules cylindriques à la chimie lithium-ion au nickel conçue sur mesure, sans que Tesla en communique la capacité, et pourrait se recharger de 15 à 85 % en une dizaine de minutes sur les Superchargeurs V4. La voiture pèserait moins de 1 700 kg. La direction, sans lien mécanique avec les roues, est commandée par un volant de type « yoke ».
Comment fonctionnent ses propulseurs et son système d’aspiration ?
Pour tenir à l’envers sur sa rampe, la Performance mise sur un système d’aspiration. Selon Lars Moravy, quatre ventilateurs placés à l’arrière travaillent avec des jupes déployables sous la batterie pour plaquer la voiture au sol, même à l’arrêt. De quoi offrir plus de 2 g d’adhérence en virage, avant même que l’aérodynamique n’entre en jeu. Passé 80 à 100 km/h environ, les jupes se relèveraient pour laisser place à un effet Venturi sous le plancher, puis l’aileron actif, dont un brevet détaillait déjà le fonctionnement, prendrait le relais. Au-delà de 320 km/h, l’appui atteindrait ainsi deux fois le poids de la voiture.
Real life, baby https://t.co/3QEqn18wig
— Tesla (@Tesla) October 16, 2026
Les versions Thrust et Rocket vont plus loin avec des propulseurs à gaz froid empruntés à SpaceX. Ici, aucun carburant n’est brûlé : le système expulse simplement un gaz stocké à très haute pression, jusqu’à 10 000 psi (environ 690 bar), dans des réservoirs en fibre de carbone. Tesla a parlé d’air pendant sa présentation, alors que Lars Moravy évoque plutôt de l’azote. La Thrust disposerait d’un réservoir de 200 litres logé dans le coffre et de quatre buses à l’arrière, dont deux orientables pour garder la voiture en ligne droite, pour une poussée de plus de 80 kN, soit à peu près celle d’un avion de chasse. La Rocket, elle, remplacerait le siège passager par un second réservoir de 400 litres, soit 600 litres au total, et ajouterait six buses : une au niveau de chaque roue pour soulever la voiture et deux à l’avant pour contrôler sa rotation. Sa poussée dépasserait elle aussi 80 kN, et pourrait atteindre 90 kN selon Lars Moravy.
Comment la Rocket peut-elle voler ?
« Donc oui, il peut voler », assure Tesla sur la page française du Roadster. Le terme mérite pourtant d’être nuancé, puisque la Rocket ne dispose ni d’ailes ni de rotor et ne vole donc pas comme un avion ou un hélicoptère. Elle se soulève uniquement grâce à la poussée de ses propulseurs, à la manière d’une fusée. Les quatre buses placées au niveau des roues dirigeraient le gaz vers le bas pour la décoller du sol, tandis que les deux buses avant serviraient à contrôler sa rotation. Lors de la démonstration, ces propulseurs ont permis de remettre la voiture à l’endroit en bout de rampe, d’amortir sa réception puis de la faire sauter en vrille au-dessus des autres Tesla. Ses capacités se limiteraient toutefois à des sauts et à de brèves lévitations, bien loin d’un vol au-dessus des embouteillages.

Ce spectacle a d’ailleurs ses limites, puisqu’un plein ne permettrait qu’environ cinq secondes de poussée, de quoi accompagner un départ arrêté sur environ 400 mètres. Il faut ensuite s’armer de patience, car le remplissage prendrait aujourd’hui de 2 à 6 heures, et même 6 à 7 heures pour les 600 litres de la Rocket. Tesla travaillerait sur un nouveau système pour ramener ce délai à une demi-heure environ.
Combien coûte le Tesla Roadster ?
Pour l’instant, Tesla n’a annoncé aucun prix de vente et se contente de prendre des réservations. En France, la Performance demande de verser 5 000 euros par carte bancaire, présentés comme entièrement remboursables, puis 45 000 euros sous 10 jours, sans quoi la réservation peut être annulée. Pour la Thrust, sa disponibilité est « limitée » et si la réservation reste figée à 5 000 euros, le montant dû dans les 10 jours grimpe à 250 000 euros. Enfin, la Rocket est accessible uniquement sur invitation et n’affiche aucun montant.
Notez que ces sommes ne garantissent pas la livraison d’une voiture dont on ne connaît toujours pas le tarif final. Pour se faire une idée, Tesla annonçait en 2017 la version de base à 200 000 dollars, et la série « Founders », limitée à 1 000 exemplaires, à 250 000 dollars payés d’avance.
Quand sortira-t-il ?
Elon Musk annonce une production en 2028, et Tesla disposerait aujourd’hui, selon Lars Moravy, de quatre ou cinq prototypes, avant d’assembler une série plus importante début 2027. Après neuf ans de reports, mieux vaut toutefois rester prudent avec les prévisions de l’homme le plus riche du monde.
En attendant, rappelons que le premier Roadster de Tesla a été produit à 2 680 exemplaires entre 2008 et 2012. Son successeur avait été présenté en novembre 2017 avec des promesses alléchantes et une sortie prévue en 2020. Si le constructeur a pris son temps, il n’a pas manqué de faire parler de lui en envoyant un Roadster de première génération dans l’espace, à bord d’une fusée Falcon Heavy. Quelques mois plus tard, Elon Musk promettait une option « SpaceX » à propulseurs. La production a ensuite été repoussée d’année en année, puis la présentation elle-même a été décalée à plusieurs reprises en 2026, la dernière fois à cause de la météo.
Le projet semble aussi peser assez peu dans la stratégie de Tesla. Lors de la présentation des résultats du troisième trimestre, le 21 octobre, Elon Musk a bien qualifié la démonstration de « sans doute la plus cool de tous les temps », sans que le sujet suscite l’intérêt des investisseurs, bien plus tournés vers la conduite autonome, le Cybercab et le robot Optimus.
Pourra-t-il rouler en France ?
Aucune version n’a pour l’instant le droit d’y circuler, puisque Tesla n’a annoncé aucune démarche d’homologation en Europe. Cette étape est indispensable pour obtenir une carte grise et le modèle Performance, le plus classique des trois, est celui qui a le plus de chances d’arriver un jour sur nos routes. Pour cela, il pourrait éventuellement bénéficier d’une homologation allégée prévue pour les petites séries. La Thrust, que Tesla présente comme « prête pour la course », semble plutôt destinée aux circuits, faute de règles adaptées à ses propulseurs. Quant à la Rocket, elle soulève une question inédite, que nous avons détaillée dans un article consacré à l’homologation du Roadster : relève-t-elle du droit routier ou du droit aérien ?
Aux États-Unis, l’aviation civile a déjà tranché en indiquant à CBS News que « le véhicule de Tesla ne répond pas à la définition d’un aéronef de la FAA ». De son côté, l’autorité de sécurité routière, la NHTSA, a rappelé que le constructeur devait respecter les normes fédérales. En Europe, aucune autorité ne s’est encore prononcée.
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