Passer au contenu

Qui a piraté le Liechtenstein ? La principauté dans la tourmente

Trois semaines après une cyberattaque visant le registre des ayants droit économiques du Liechtenstein, l’identité des pirates reste inconnue. Les données de 31 000 sociétés, fondations et fiduciaires ont été dérobées, un chiffre qui pourrait représenter jusqu’à 100 000 personnes physiques concernées. Mobile financier, déstabilisation ou service de renseignement étranger : plusieurs pistes restent ouvertes pour cette affaire qui menace la réputation de la place financière.

Une cyberattaque a visé début août le registre des ayants droit économiques du Liechtenstein. Bilan : les données de 31 000 sociétés, fondations et fiduciaires enregistrées dans la principauté ont été dérobées. Trois semaines après les faits, personne n’a encore identifié les coupables, mais l’affaire prend de l’ampleur à mesure que ses conséquences pour la réputation du havre fiscal se précisent.

Une intrusion de plusieurs heures, restée indétectée

Selon le gouvernement liechtensteinois, tout s’est joué dans la nuit du 29 au 30 juillet. Des pirates non identifiés se sont introduits dans le registre central des ayants droit économiques, un fichier créé en 2021 pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, et y sont restés plusieurs heures. De quoi télécharger noms, dates de naissance, nationalités et pays de résidence des personnes qui contrôlent réellement les 31 000 structures enregistrées dans la principauté. Adresses, numéros de téléphone, chiffres d’affaires ou dividendes : ces données-là, en revanche, n’ont pas été touchées.

L’Office de la justice a détecté les premières irrégularités le jeudi suivant l’intrusion. Le registre a aussitôt été mis hors ligne et une enquête ouverte. Dès le samedi, une cellule de crise se met en place, dirigée par la cheffe du gouvernement Brigitte Haas et le ministre de la Justice Emanuel Schädler. Les autorités parlent d’une attaque isolée et ciblée, menée à un niveau technique élevé contre une infrastructure de sécurité pourtant complexe. Reste un point troublant : les hackers ont réussi à rester plusieurs heures dans le système sans déclencher la moindre alerte.

Jusqu’à 100 000 personnes potentiellement concernées

Si le chiffre de 31 000 entités juridiques touchées reste la donnée officielle, L’Express précise que le nombre de personnes physiques concernées pourrait grimper à environ 100 000, chaque société ou fondation pouvant recenser plusieurs ayants droit économiques. Les autorités collaborent avec des organisations professionnelles pour identifier et alerter individuellement les personnes affectées, une centrale d’information ayant été mise en place pour leur apporter un accompagnement personnalisé.

Qui sont les auteurs ? Un mobile encore flou

Trois semaines après les faits, l’identité des attaquants reste un mystère total. « Nous ne connaissons pour l’instant ni les auteurs, ni leurs mobiles », a reconnu Brigitte Haas devant la presse. Aucune rançon n’aurait été exigée à ce jour, et aucune donnée n’aurait fuité sur le dark web, deux éléments qui compliquent l’identification d’un mobile financier classique.

Plusieurs pistes restent ouvertes : un chantage ciblé contre des personnes souhaitant rester anonymes, une opération de déstabilisation visant à ternir la réputation du Liechtenstein, un simple test de ses défenses, ou encore l’implication d’un service de renseignement étranger. Les autorités locales elles-mêmes n’excluent pas qu’un acteur étatique soit derrière le vol, une hypothèse d’autant plus crédible que l’identité des personnes disposant de fortunes importantes dans des fondations présente un intérêt évident pour les administrations fiscales de pays voisins.

Un précédent qui hante la principauté

Ce scénario rappelle un épisode déjà vécu par le Liechtenstein en 2008, lorsque le renseignement extérieur allemand (BND) avait acheté pour 4 millions d’euros à un ancien informaticien de la banque LGT Group une liste de clients, révélant un vaste réseau d’évasion fiscale et provoquant la démission du PDG de Deutsche Post. Cette affaire avait poussé la principauté à réformer en profondeur son système financier : restriction du statut de fondation privée, fin du secret bancaire total pour les non-résidents, et mise en place progressive de l’échange automatique d’informations avec l’Union européenne, dont le registre visé par l’attaque actuelle est justement l’un des instruments, en application de la 5e directive antiblanchiment européenne.

À lire aussi : La France est-elle devenue une « passoire » ? Le manque de spécialistes en cybersécurité inquiète

Une réputation financière en jeu

Pour l’avocat zurichois Thomas Sprecher, spécialiste de la fiscalité des fondations interrogé par la NZZ et cité par L’Express, le vol de données devrait causer un tort considérable à la réputation du Liechtenstein comme place financière, et pourrait profiter à des juridictions concurrentes comme les places offshore ou le Delaware américain. Le pays gère actuellement environ 572 milliards d’euros d’avoirs bancaires et 125 milliards d’euros dans des fonds, si l’on en croit Bloomberg.

L’incident tombe par ailleurs à un moment sensible pour la Suisse, qui doit mettre en place un registre similaire des ayants droit économiques cet automne. Un calendrier qui pourrait inciter Berne à renforcer ses propres dispositifs de sécurité en amont du lancement.

👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.

Source : Le Temps