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Pourquoi les États-Unis s’attaquent à Thierry Breton ?

La tension entre l’Europe et les États-Unis concernant la régulation de la tech a franchi un nouveau palier. Désormais, le gouvernement américain s’en prend directement aux régulateurs européens. L’Europe condamne la mesure… tout en demandant des explications.

Thierry Breton et quatre autres personnalités européennes, connues pour leur engagement dans la régulation de la tech, ont été frappés de sanctions par le département d’État américain, ce mercredi 24 décembre. Ce dernier a qualifié de « censure » les actions qu’ils ont entreprises au cours de leur mandat. Cinq personnalités, dont l’ancien commissaire de l’Union européenne (UE), Thierry Breton, seront interdites de séjour sur le territoire américain.

« Depuis trop longtemps les idéologues européens mènent des actions concertées pour contraindre les plateformes américaines à sanctionner les opinions américaines auxquelles ils s’opposent », a écrit le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, sur X. « L’administration Trump ne tolérera plus ces actes flagrants de censure extraterritoriale », a-t-il ajouté, dénonçant « un complexe industriel mondial de la censure ».

La décision inédite a suscité une vague d’indignations chez les politiques français et européens. La Commission européenne a « condamné fermement » cette décision, dans un communiqué publié aux alentours de midi ce mercredi.  L’exécutif européen indique avoir « demandé des éclaircissements aux autorités américaines ». « Si nécessaire », ajoute-t-il, « nous réagirons rapidement et de manière décisive pour défendre notre autonomie réglementaire contre des mesures injustifiées ».

Prenant à nouveau son bâton de pélerin, Henna Virkkunen, la Commissaire européenne responsable du Numérique dans l’Union européenne (UE), a rappelé que les lois relatives au Numérique avaient été adoptées par le Parlement européen et les Etats-membres. « Il est essentiel de protéger nos citoyens contre les risques liés à Internet, tels que les contenus terroristes et les contenus pédopornographiques. Les lois de l’UE ne constituent en aucun cas une forme de censure », ajoute-t-elle sur son compte X.

Plus incisif, Emmanuel Macron a décrit ces mesures, sur son compte X, comme relevant « de l’intimidation et de la coercition à l’encontre de la souveraineté numérique européenne ». « Les règles qui s’appliquent à l’espace numérique de l’Union européenne n’ont pas vocation à être déterminées hors d’Europe. Avec la Commission européenne et nos partenaires Européens, nous continuerons à défendre notre souveraineté numérique et notre autonomie réglementaire », ajoute-t-il.

Qui sont les 5 personnes visées par la sanction américaine ?

L’annonce des sanctions, d’abord via un communiqué du département d’État, ne mentionnait pas directement les personnes concernées. C’est la sous-secrétaire d’État pour la diplomatie publique, Sarah Rogers qui a dévoilé sur X le nom des personnalités ciblées par les Etats-Unis, en commençant par Thierry Breton, coupable d’être à l’origine du règlement européen sur les services numériques, le DSA.

Quid des quatre autres ? Ils ont évidemment pour particularité d’œuvrer à une plus stricte régulation des plateformes ou de lutter contre la désinformation et la haine en ligne.

  • Imrân Ahmed est à la tête du CCDH (Center for Countering Digital Hate)
  • Clare Melford dirige l’index de la désinformation (GDI)
  • Anna-Lena von Hodenberg est la fondatrice de l’ONG allemande HateAid
  • Josephine Ballon est est l’une des membres de HateAid

Tous sont accusés d’avoir pesé dans la volonté européenne de mieux réguler la tech, au travers notamment du DSA, le « Digital Services Act ».

« La censure n’est pas là où vous le pensez »

L’ex commissaire européen Thierry Breton, directement concerné par la mesure, avait, le premier, réagi, sur son compte X. Il s’était d’abord fendu d’un tweet interrogatif : « Un vent de maccarthysme souffle-t-il à nouveau ? ».

Puis il s’était montré plus direct : « Pour rappel : 90 % du Parlement européen – démocratiquement élu – et les 27 États membres à l’unanimité ont voté le DSA », la législation européenne sur le numérique, a-t-il souligné. Avant de conclure : « À nos amis américains : “La censure n’est pas là où vous le pensez” ».

Le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait ensuite dénoncé « avec la plus grande fermeté la restriction de visa prise par les États-Unis à l’encontre de Thierry Breton, ancien ministre et commissaire européen, et quatre autres personnalités européennes », dans un post sur X.

« Les peuples de l’Europe sont libres et souverains et ne sauraient se faire imposer par d’autres les règles s’appliquant à leur espace numérique », ajoutait-il. Dans la foulée, Thierry Breton a également reçu le soutien du ministre français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad.

Les États-Unis s’en prennent directement à l’Europe

Donald Trump avait promis une riposte contre une Europe cherchant à réguler les acteurs américains. Cette interdiction de territoire contre ces cinq personnalités est sans doute la première étape dans l’offensive américaine contre l’UE.

En effet, même si les griefs du président américain remontent au règlement sur les services numériques, la tension était montée d’un cran début décembre, au moment où l’Europe avait sanctionné X d’une amende de 120 millions de dollars. Marco Rubio avait alors parlé d’une « attaque contre toutes les plateformes technologiques américaines et le peuple américain par des gouvernements étrangers ». Elon Musk avait de son côté demandé l’abolition de l’UE, avant que Donald Trump n’évoque directement « la censure de la liberté d’expression » en Europe.

Les personnalités publiques et politiques engagées dans la lutte pour une meilleure régulation des contenus en ligne ne sont pas les seules cibles de l’administration Trump. Un récent mémo du département d’État, repris par la presse américaine, évoque de nouvelles consignes visant à restreindre les visas pour les personnes travaillant dans la tech, notamment celles spécialisées dans la modération du contenu.

Note de la rédaction : cet article a été modifié ce mercredi 24 décembre pour ajouter la réaction de l’Union européenne. 

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Source : Le Monde