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Portraits d’été (1/7) : L’homme qui a dégommé eBay en France

Simplicité, proximité et bon sens. La devise d’Olivier Aizac a fait de cet inconnu le champion national des annonces en ligne. Son site, Leboncoin, connaît un tel succès que le géant mondial des enchères s’est retiré en mars de ce marché.

C’est le village gaulois qui résiste au géant américain. Un site français de petites annonces, Leboncoin, créé il y a sept ans par un inconnu, Olivier Aizac, tient la dragée haute à eBay. Fin mars, la multinationale a fermé sa rubrique petites annonces en France pour se recentrer sur ses seules enchères en ligne. Bien que les dirigeants d’eBay refusent de l’admettre, la raison est évidente : ils ont perdu espoir de rattraper Leboncoin, leader absolu du marché et premier vide-greniers de l’Hexagone avec plus de 20 millions d’annonces disponibles début 2013 . Selon Médiamétrie, ses 17 millions de visiteurs mensuels le classent au neuvième rang en audience des sites Web français, toutes catégories confondues.

Une croissance insolente !

Parti d’une feuille blanche. Leboncoin a pour actionnaire un conglomérat norvégien, Schibsted (également propriétaire du quotidien gratuit “20 minutes”), mais c’est à un jeune cadre bien de chez nous qu’il doit son triomphe. Olivier Aizac, 38 ans, a été embauché en 2006 par le groupe scandinave pour lancer la version française de son site suédois Blocket.se. Ce diplômé de l’Essec l’a fait, tout seul au début, avec juste l’aide d’un informaticien. Et à sa manière : il a inventé un site gratuit d’un genre nouveau, différent du modèle suédois (qui, lui, est payant). Et inattendu, avec son graphisme désuet et son système de navigation simplissime.

Aujourd’hui leader, entre autres, des annonces immobilières et auto, loin devant les spécialistes Seloger ou Caradisiac, et numéro 2 des offres d’emploi derrière Pôle Emploi, Olivier Aizac affiche une croissance de 20% par an. Insolent !

Apparemment, il en faudrait plus pour qu’il attrape la grosse tête. Son petit bureau de la rue du Louvre à Paris, n’a rien de flamboyant, au contraire. C’est celui d’un “type normal”, qui reçoit sans chichi en bras de chemise, entouré d’une nuée de jeunes gens affairés devant leur ordinateur. Modeste et fier de l’être. “Le succès ne l’a pas changé d’un iota’’, observe Didier Brouat, son ancien directeur chez Paruvendu, un des sites où Olivier Aizac a fait ses premières armes. “Je suis un salarié, pas un patron actionnaire, se justifie l’intéressé. LeBonCoin est un projet collectif, l’œuvre d’une équipe”. Une poule aux œufs d’or, en vérité. En 2011, la rentabilité avant impôts du site a atteint 70 % du chiffre d’affaires,(64 millions d’euros) ! Ses revenus viennent de la pub et des mises en avant vendues aux professionnels comme aux particuliers. Un modèle d’une efficacité étonnante, quoiqu’en disent les puristes, horrifiés par le look rustique des pages d’accueil et des annonces.

500 000 annonces par jour

Désuet à souhait. “Schibsted a déniché la bonne personne au bon moment”, se félicite Didier Brouat, qui fut à l’origine de son recrutement. Du bon sens et une fibre authentiquement populaire, Olivier Aizac n’a pas d’autre secret. Le nom de code du projet, “chez Georgette” était déjà tout un programme. “Olivier a inventé la norme ‘madame Michu’, résume un de ses amis. Le principe, c’est que nos grands-mères doivent comprendre comment marche le site en 30 secondes. Tout est pensé pour l’internaute le plus nul ”; à commencer par son nom, Leboncoin, qui rappelle le bistrot où on sirote un petit blanc avec les copains. Et les couleurs des pages. Vieillottes, c’est voulu et assumé. C’est la “patte Aizac”, sa marque de fabrique.

Olivier Aizac a fait “à peu près tous les métiers” dans la société. Proche de ses équipes (160 personnes et bientôt 200), il sait que son défi est maintenant de durer, de se maintenir au sommet. “On est dans une logique de long terme, un marathon”. Vu que son actionnaire lui a demandé de l’aider à lancer des versions du site à l’étranger, la course risque d’être encore longue.

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Guillaume Deleurence