6 % des maisons individuelles françaises produisent aujourd’hui leur propre électricité solaire. Il y a trois ans, ce chiffre plafonnait à 3,26 %, presque deux fois moins. Le rattrapage est réel, mais l’écart avec le reste de l’Europe, lui, ne se referme pas. C’est ce qui ressort d’une étude Hello Watt, réalisée à partir des données de plus de 110 000 foyers équipés utilisant son application.
Le Sud reste en tête, mais pas seul
Les départements les plus ensoleillés trustent le haut du classement. Les Landes affichent le taux le plus élevé de France, suivies par la Drôme et le Gard.
| Département | Taux d’équipement |
| Landes (40) | 12,75 % |
| Drôme (26) | 12,14 % |
| Gard (30) | 11,87 % |
| Haute-Garonne (31) | 11,61 % |
| Isère (38) | 11,44 % |
| Source : Hello Watt |
La présence de l’Isère, de la Loire ou du Rhône dans ce classement montre toutefois que l’ensoleillement n’explique pas tout. Ces départements ont un point commun : beaucoup de maisons individuelles, des revenus confortables dans les zones périurbaines de Lyon ou Grenoble, et des étés chauds qui poussent à l’autoconsommation pour alimenter la climatisation.
À l’inverse, la Vienne (1,45 %) et le Bas-Rhin (1,38 %) traînent en bas de classement. Les Deux-Sèvres font pire encore, avec seulement 0,72 % de maisons équipées.
La dynamique se déplace vers le nord-est
Entre juillet 2025 et juillet 2026, ce ne sont pourtant pas les départements du Sud qui progressent le plus vite. La Creuse, l’Ain et les Vosges enregistrent les plus fortes hausses sur un an, un signe que l’équipement solaire gagne désormais des territoires qui n’étaient pas historiquement en pointe sur le sujet.
| Département | Progression sur un an |
| Creuse (23) | +0,82 point |
| Ain (01) | +0,71 point |
| Vosges (88) | +0,68 point |
| Vaucluse (84) | +0,59 point |
| Meuse (55) | +0,58 point |
| Source : Hello Watt |
Les départements du sud déjà bien équipés, eux, progressent un peu moins vite. Une partie de cette dynamique dans le nord-est s’expliquerait par la proximité géographique avec la Belgique et les Pays-Bas, deux marchés matures où le solaire résidentiel est installé depuis plus longtemps.
Une progression réelle, mais qui reste modeste face à l’Europe
Sur trois ans, le nombre d’installations solaires résidentielles en France est passé de 674 365 à plus de 1,24 million, portant le taux d’équipement national à 6 %. Un chiffre qui reste modeste : l’Espagne (6,3 %) et le Royaume-Uni (8,7 %) font à peine mieux, et l’écart devient franchement large avec l’Italie (24,8 %) ou l’Allemagne (33 %). Quant à la Belgique (39 %) et aux Pays-Bas (58 %), la comparaison n’a même plus vraiment de sens.

Ce classement ne suit pas la carte de l’ensoleillement européen. Le facteur déterminant serait plutôt le prix de l’électricité au moment où chaque marché a démarré : plus il est élevé, plus produire et consommer sa propre énergie devient rentable rapidement. C’est ce mécanisme qui aurait porté le décollage néerlandais, belge et allemand, alors qu’en France, l’électricité nucléaire est longtemps restée bon marché, ce qui a retardé l’intérêt des ménages pour l’autoconsommation jusqu’à la crise énergétique de 2022.
Les dispositifs de soutien jouent aussi un rôle. Les Pays-Bas ont bénéficié d’une facturation nette très avantageuse, combinée à des prix de l’électricité élevés. La Belgique cumule un coût de l’électricité élevé, un fort taux de propriétaires et des certificats verts qui permettent de revendre l’électricité solaire à un prix attractif. L’Allemagne a surtout misé sur des tarifs de rachat garantis pendant vingt ans. À l’inverse, le Royaume-Uni affiche des prix élevés mais une forte proportion de locataires et de maisons mitoyennes, ce qui limite le nombre de logements équipables, tandis qu’en Espagne, le prix de l’électricité est longtemps resté bas et 65 % de la population vit en immeuble collectif.
Les aides publiques se réduisent au moment où la question se pose
Le contexte français a d’ailleurs changé récemment. Depuis le 5 juin 2026, la prime à l’autoconsommation a été supprimée pour les nouvelles demandes de raccordement, et le tarif de rachat du surplus d’électricité est passé de 4 à 1,1 centime d’euro par kilowattheure. Cette bascule ne rendrait pas le solaire non rentable pour autant : le kilowattheure autoconsommé continue d’éviter l’achat d’un kilowattheure sur le réseau, facturé environ 0,194 euro au tarif bleu EDF. Mais elle déplace le centre de gravité de la rentabilité, qui reposerait désormais presque entièrement sur ce que le foyer consomme lui-même plutôt que sur une prime au démarrage.
Deux pistes pour relancer le marché français
Le rapport Lévy-Tuot sur le soutien public aux énergies renouvelables, remis au Premier ministre en avril 2026, propose deux mesures qui concernent directement les particuliers.
La première consisterait à ouvrir l’éco-prêt à taux zéro au photovoltaïque résidentiel, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisque ce prêt finance uniquement les travaux qui réduisent la consommation de chauffage. Selon Hello Watt, cela permettrait de réduire les mensualités d’un foyer équipé de panneaux solaires de moitié environ, et jusqu’à 60 % lorsqu’une batterie est ajoutée.
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La seconde viserait à étendre la TVA réduite à 5,5 % aux batteries de stockage, aujourd’hui taxées à 20 % même lorsqu’elles accompagnent une installation de panneaux éligible au taux réduit. Le rapport pointe une forme d’incohérence : une batterie améliore justement l’autoconsommation, donc la rentabilité du projet, ce qui va dans le sens visé par la baisse de TVA sur les panneaux eux-mêmes.
Aucune des deux mesures n’est appliquée à ce stade. Elles restent, pour l’instant, à l’état de recommandations.
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