Le jeudi 21 mai, le département du Commerce américain annonçait 2 milliards de dollars de prises de participation dans neuf entreprises de calcul quantique, dont un milliard pour IBM. Le lendemain, vendredi 22 mai, Emmanuel Macron se rendait au Très Grand Centre de Calcul du CEA à Bruyères-le-Châtel (Essonne) pour annoncer un milliard d’euros supplémentaire issu du programme France 2030. Deux annonces à 24 heures d’écart, chacune calibrée pour ne pas laisser l’autre sans réponse.
Côté américain, IBM rafle la mise
Sur les 2 milliards de dollars engagés par l’administration Trump, la moitié revient à IBM pour créer « Anderon », une fonderie de wafers dédiée aux puces quantiques. D-Wave Quantum et Rigetti Computing recevront chacun jusqu’à 100 millions de dollars. GlobalFoundries figure également parmi les bénéficiaires. L’approche américaine est une prise de participation directe : Washington devient actionnaire des entreprises qu’il finance, un modèle plus agressif que la subvention classique. L’objectif affiché est de sécuriser la chaîne d’approvisionnement domestique face à la Chine, dans un secteur où les applications vont du décryptage à la modélisation financière en passant par la découverte de médicaments.
Côté français, le plan quantique passe à 3 milliards d’euros
L’enveloppe annoncée par Emmanuel Macron porte le total des investissements publics français dans le quantique à environ 3,3 milliards d’euros depuis 2021 (1,8 milliard pour le plan initial, 500 millions pour le programme d’achats publics PROQCIMA en 2024, et ce nouveau milliard). L’argent doit accélérer PROQCIMA sur la période 2026-2032, financer des supercalculateurs et investir dans les capteurs et les communications quantiques. Le Président a visité Lucy, l’ordinateur quantique photonique de Quandela installé au TGCC. Il a ensuite appelé à un « Quantum Act » européen et à une coalition avec l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et la Pologne pour des achats publics massifs de supercalculateurs européens.
La France dispose aujourd’hui de cinq startups considérées comme ses champions industriels du secteur : Pasqal (atomes neutres, entrée en bourse au Nasdaq prévue au second semestre 2026 pour 2 milliards de dollars), Quandela (photonique), Alice & Bob (qubits de chat), Quobly (silicium) et C12 (nanotubes de carbone). Cinq ans après le lancement du plan quantique, ces entreprises sont passées du laboratoire à l’industrialisation. Pasqal a levé 340 millions d’euros en mars et prévoit de doubler sa capacité de production dans les 24 mois.
La différence entre les deux approches en dit long. Washington prend des parts dans ses entreprises quantiques. Paris finance des achats publics et mise sur la préférence européenne. Les montants ne jouent pas dans la même cour (2 milliards de dollars contre 1 milliard d’euros). Mais la France a un avantage que Washington n’a pas : un cadre réglementaire en construction à Bruxelles, qui pourrait réserver le marché aux technologies souveraines.
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Source : AFP/Le Monde

