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L’utopie des 4 licences UMTS nationales

Les politiques, c’est bien connu, aiment bien se rendre utiles en lançant des projets volontaristes. Mais, dans les télécoms, leur volontarisme aboutit bien souvent à des échecs, comme le montre le fiasco de l’UMTS. La leçon a-t-elle servi ? Que nenni ! La France restera volontariste sur la mobilité de 3e génération.

Piégés par l’excès d’anticipation de certains lobbies industriels, nos politiques avaient ainsi décrété que l’UMTS devait être opérationnel partout en Europe le 1er janvier 2001. Ils se sont trompés bien lourdement : aux dernières nouvelles, le marché de l’UMTS, disponibilité des terminaux oblige, ne décollerait au mieux qu’à la fin de 2003 ou début 2004, soit avec un retard de deux ans.
Nos politiques avaient également décrété qu’il fallait dans chaque pays au moins un opérateur UMTS de plus qu’il n’y avait d’opérateurs GSM/DCS. En France, il en fallait donc quatre. Mais, il n’y eut que deux candidats, les autres s’étant désistés en raison de l’ampleur démesurée du risque industriel et de la lourdeur exorbitante de la taxe de 32,5 milliards de francs exigée par Bercy pour chaque licence.
Et pourtant, l’objectif reste en France de mettre en selle 4 opérateurs UMTS nationaux. Bouygues Telecom sera-t-il le troisième ? Rien n’est moins sûr. Il ne se déterminera qu’au vu des premiers résultats de ses concurrents. Et, si lui-même n’est pas candidat, on ne voit pas qui pourrait être intéressé. Pour un candidat qui n’exploite pas déjà un réseau GSM national, le risque industriel de l’UMTS est en effet beaucoup plus dissuasif.
Il serait cependant possible de rendre ces deux licences plus attractives : en renonçant au dogme de la licence nationale, en autorisant le partage des infrastructures et en diminuant drastiquement la taxe Fabius sur les licences. Mais tout indique, pour le moment, qu’aucune de ces solutions n’est envisagée, le volontarisme politique restant un principe intangible.
L’idée d’attribuer des licences régionales “libres”, sans obligation de couverture nationale, n’a ainsi toujours effleuré personne, alors que dans la boucle locale radio une des deux licences nationales semblerait déjà de trop.
Pour Jean-Michel Hubert, président de l’ART, pas question non plus d’autoriser la mutualisation des infrastructures en dehors des zones à faible densité de population et des sites naturels et historiques devant être protégés.

“La mutualisation, explique-t-il, risque d’aboutir à la fusion des réseaux et des opérateurs. Elle nuirait également à la diversification des offres.”

On aurait pu s’attendre également à ce que l’Autorité recommande poliment à Bercy de réduire ses prétentions fiscales. Vain espoir : s’il est dans les attributions de l’ART de rogner les prérogatives monopolistiques de France Télécom, elle n’a pas pour rôle de commenter les décisions du ministère des Finances. Nous resterons donc a priori sur l’hypothèse d’une redevance de 32,5 milliards de francs par licence. Tout juste l’ART s’autorise-t-elle à préconiser un échelonnement plus équilibré des annuités de cette taxe.
Le volontarisme français aura donc l’UMTS qu’il mérite.

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Jean-Claude Streicher