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Les 10 répercussions sur l’économie américaine

1- La visioconférence, un marché en plein boom.L’ingénieur Craig Renneker, responsable des nouveaux programmes chez le constructeur d’automobiles Ford, avait programmé, en septembre, un meeting planétaire…

1- La visioconférence, un marché en plein boom.

L’ingénieur Craig Renneker, responsable des nouveaux programmes chez le constructeur d’automobiles Ford, avait programmé, en septembre, un meeting planétaire au siège de la compagnie, dans le Michigan. Étaient conviés les équipes de trois divisions de Ford et plusieurs partenaires, dont un Allemand, pour parler des transmissions du futur. Les invités allemands devaient prendre l’avion pour rejoindre Detroit. Mais après l’attaque du 11 septembre, les valises sont vite retournées au placard. L’ingénieur a dû se replier sur une visioconférence reliant les troupes du Michigan à celles de Cologne en Allemagne. Ces derniers temps, la solution Ford a gagné en popularité aux États-Unis. Les cadres supérieurs apeurés rechignent à prendre l’avion. Leurs directions qui doivent faire face à la récession réduisent les frais de transport. De plus en plus d’entreprises se tournent donc vers la visioconférence. Selon la société de conseil Wainhouse Research, le marché, qui pèse aujourd’hui environ 600 millions de dollars (671,7 millions d’euros), devrait dépasser 1,5 milliard de dollars en 2005. Et cet engouement pour la téléconférence en images risque de durer, car la technologie s’est nettement améliorée et, en parallèle, les prix ont littéralement chuté. Un système qui était facturé 50 000 dollars il y a quelques années se paie aujourd’hui 8 000 dollars.

2- Les adeptes toujours plus nombreux du télétravail.

Après la destruction des tours du World Trade Center, la direction du groupe d’assurances santé Empire Health Choice s’est mise en quête de locaux temporaires pour accueillir ses 1 900 salariés. Elle a trouvé, tant bien que mal, six bureaux satellites dispersés entre Manhattan, l’État de New York et Long Island. Pour ceux qui ne pouvaient s’y rendre, l’assureur a recommandé le travail à la maison. Patrons et employés en sont ravis. La productivité est en hausse et les employés savourent la vie au plus près de leurs proches. La peur de la maladie du charbon, véhiculée par le courrier postal, n’a fait que renforcer le mouvement : qu’on est loin de l’entreprise et de ses tombereaux de lettres ! Chez les anciens locataires du World Trade Center, on sent partout cette montée en puissance du télétravail. Près de 15 000 des 9 000 banquiers de Merrill Lynch déplacés ont demandé à travailler depuis leur domicile. Et les 340 employés de Sun Microsystems ont tout de suite rejoint le programme maison de télétravail. Même engouement dans le groupe de télécoms Verizon, qui a mis en place, fin septembre, un centre virtuel qui renvoie téléphone, e-mails et fax vers n’importe quel lieu. De quoi accélérer la vogue du télétravail ! En l’an 2000, selon l’International Telework Association and Council, 28,8 millions d’Americains en connaissaient déjà les joies.

3- Un coup sévère porté au secteur du tourisme.

Le 11 septembre, puis le crash d’un Airbus dans le Queen’s et l’“ordinaire” des accidents d’avion ont réactivé la peur de voyager par les airs. Les principales centrales électroniques de réservation de voyages, véritables balises météo d’un secteur estimé à près de 20 milliards de dollars (22,47 milliards d’euros), traversent indubitablement une période de fortes turbulences. Les opérations enregistrées par Sabre ont accusé une baisse brutale de 57 % entre le 11 septembre et le 30 septembre 2001. Autre spécialiste, Amadeus estime que ses bénéfices sur l’exercice en cours seront en baisse de 32 %. Et l’entreprise vient d’annoncer qu’elle augmenterait de seulement 2 % ses prix pour les voyages aériens l’année prochaine, soit un repli de 60 % par rapport à la hausse prévue. Le troisième concurrent, Worldspan, a annoncé qu’il allait tailler dans près de 5 % de ses effectifs.Pour atténuer le bilan définitif “catastrophique” que l’on attend à la fin de cette année, le patriotisme américain joue à plein. Le président George W. Bush n’a pas hésité à participer à un spot publicitaire pour inciter ses concitoyens à prendre l’avion. À New York, les célébrités ont été appelées à la rescousse. Woody Allen patine sur la piste du Rockefeller Center. La journaliste de télé Barbara Walters passe une audition à Broadway. Et le stratège de politique étrangère, Henry Kissinger, occupe le Yankee Stadium, le plus célèbre stade de base-ball new-yorkais… Ces spots télé ont été tournés récemment, à la demande du maire sortant de New York, Rudy Guiliani, pour ranimer le tourisme local. Globalement, depuis le 11 septembre, les hôtels américains ont perdu 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, selon les données de l’Hospitality Sales and Marketing Association. Près de 190 000 personnes ont été licenciées, et la demande en produits de tourisme a chuté de 10 %. À elle seule, Las Vegas, capitale des casinos, continue de perdre 30 millions de dollars par jour.

4- Face aux lettres contaminées, l’e-mail s’impose.

Les lettres assaisonnées à l’anthrax, qui ont fait leur apparition juste après le 11 septembre, n’ont cessé d’empoisonner les affaires de l’US Postal. Déjà, avant l’attaque terroriste, la poste américaine était en position délicate : elle prévoyait un déficit de 1,65 milliard de dollars (1,8 milliard d’euros) pour 2001. Les nouveaux équipements prévus pour décontaminer le courrier plomberont l’addition de 175 millions de dollars d’investissement supplémentaires. Et cet effort ne suffira peut-être pas à redorer l’image ternie de la missive en papier. De la mi-septembre à la mi-octobre, le volume de courrier traité par la poste américaine a fondu de 6,5 %. C’est la plus forte chute enregistrée depuis la grande dépression de 1929. La peur du charbon sévit à grande échelle. Les usagers sont de plus en plus nombreux à afficher ouvertement leurs suspicions vis-à-vis de l’US Postal. Le quotidien Arizona Daily Star a ainsi décidé de refuser toutes les courriers papier de ses lecteurs, et leur a demandé de ne communiquer que par e-mail ou par fax. Un sondage mené par le cabinet de conseil Insight Express auprès des cadres d’entreprise montre les mêmes réserves vis-à-vis de la lettre classique. 56 % se disent inquiets quand ils déchirent une enveloppe, 22 % préfèrent le téléphone et moins d’un tiers prônent l’e-mail… avec lequel il est difficile d’empoisonner qui que ce soit. Du coup, IDC a révisé à la hausse, de 10 à 15 %, le volume de courriers électroniques échangés chaque jour dans le monde entier : de 10 milliards, on passera à 11 milliards cette année !

5- Les cybermarchands renouent avec l’optimisme.

Lundi 26 novembre, de retour de Thanksgiving, l’une des grandes fêtes américaines ?” c’est à ce moment que les pèlerins et leurs descendants remercient Dieu d’être toujours en vie ?” les consommateurs se sont précipités sur leur PC. Ce jour-là, selon le cabinet de conseil Comscore Networks (qui scrute 1,5 million d’internautes), ils ont acheté 220 millions de dollars (246,7 millions d’euros) de produits en ligne ! Leurs plus belles courses depuis le début de l’année. Comme si le shopping en ligne échappait à la morosité ambiante. “Quand l’économie ralentit, on trouve plus facilement des soldes en se promenant d’un site à l’autre qu’en allant d’un centre commercial à l’autre”, expliquait Chuck Davis, le PDG de Bizrate.com, qui suit les ventes de produits sur internet. En prime, la toile permet d’éviter les foules des grands magasins. En octobre, juste après les attaques du 11 septembre, les consommateurs ont boudé les sites, mais ils y sont revenus, en novembre. Selon Bizrate, les ventes en ligne ont crû de 32 % la première semaine de novembre par rapport à la fin octobre. Et au cours de la deuxième semaine, la hausse a été de 41 %.

6- Jamais sans mon portable.

Le jour de l’effondrement des deux tours, le téléphone portable est devenu l’instrument indispensable de l’Américain moyen. Verizon, le géant des télécoms dans le nord-est des États-Unis, a constaté une hausse du trafic mobile de 400 %. Et Cingular Wireless, un autre grand des télécoms, a noté que l’usage du cellulaire a crû de 400 % sur Washington et 250 % dans les autres régions qu’il couvre. Cet engouement pour le portable ne s’est pas démenti les jours suivants. Au début du mois d’octobre, de nombreux marchands de téléphones, installés à New York et Washington, ont vendu en une semaine les volumes qu’ils cèdent d’ordinaire en un mois. Plus que jamais, les Américains désirent joindre facilement famille et amis… en cas d’urgence. Selon les consultants de Mercer Management, 35 % des adultes américains possèdent aujourd’hui un portable. Parmi ces abonnés, 10 à 20 % ont acheté leur téléphone pour des raisons de sécurité. Et ils passent en moyenne 274 minutes par mois au téléphone. Soit 36 % de plus qu’un an plus tôt.

7- Un marché plein d’avenir : la protection anti-catastrophe.

Le jour fatidique, 8 000 employés de la banque Merrill Lynch, installés sur quatre sites proches du World Trade Center, ont dû être évacués en quelques minutes. Quantité de données ont été englouties dans les décombres, et trois salles de marché étaient rendues inutilisables. Pourtant, le 17 septembre, quand la Bourse new-yorkaise a rouvert ses portes, le guichet de Merrill Lynch était de nouveau opérationnel. Ce jour-là, la banque a même réalisé 2,4 millions d’échanges boursiers. Il faut dire qu’entretemps, le service “Disaster Recovery” s’était mis en marche. Dans les heures qui ont suivi la catastrophe, 175 téléphones avec liaison internet ont été branchés dans les bureaux satellites. PC et serveurs ont suivi. Et une connection à haut débit a permis de transférer une partie des activités de la firme à Londres. Merrill Lynch était plutôt bien préparé. Mais ça n’a pas été le cas pour le reste des entreprises locales. Selon l’institut d’études Gartner Group, 85 % d’entre elles disposaient d’un plan de récupération après la catastrophe. Mais seulement 25 à 35 % des PME étaient au point. Ensuite, toutes ces entreprises se sont tournées vers IBM, Comdisco, Sun Gard, les acteurs majeurs de l’industrie du disaster recovery.

8- Le pays prend conscience de la vulnérabilité du web.

Le cyberterrorisme peut faire très mal. C’est ce qui s’est dit et répété à Los Angeles, à la mi-novembre, lors de la réunion des membres de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann), l’organisme responsable des noms de domaine dans le monde. L’Icann, entre autres, gère 13 serveurs de base, installés dans des endroits secrets, sollicités sans cesse par les internautes lorsqu’ils veulent se rendre vers une nouvelle adresse en “.com”, “.org” ou “.net “. En cas d’attaque contre ces machines, “beaucoup de services internet ne fonctionneraient plus”, avertit Lars Johan Liman, responsable d’un des serveurs. Et plusieurs sites vitaux seraient paralysés. Dans le même ordre d’idée, l’Institute For Security Technology Studies, un département de l’université de Dartmouth, a publié un rapport de 29 pages soulignant les risques “d’une attaque virtuelle pendant la guerre contre le terrorisme “. Le numéro d’appel des urgences aux États Unis, ou le contrôle aérien pourraient tomber en panne. De même, les grandes centrales électriques, les réseaux, ferrés et interbancaires, toute l’infrastructure américaine peut être la cible d’un informaticien terroriste.

9- Le bioterrorisme, une réalité omniprésente.

Les lettres contaminées à l’anthrax ont rendu la menace bioterroriste plus palpable. Et le gouvernement de George W. Bush a, dans la foulée, décidé d’allouer 1,5 milliard de dollars (1,6 milliard d’euros) à la cause. Pour commencer, les pouvoirs publics vont stocker les vaccins. Le ministère de la santé américain vient de signer un contrat de 428 millions de dollars avec deux laboratoires, Baxter et Acambis, pour produire en grande série des vaccins contre la variole. On en avait abandonné la production dans les années 1980, le risque d’apparition de la maladie ayant énormément diminué.La FDA (Food and Drug Administration), le gendarme gouvernemental en matière d’alimentation et de médicaments, va peaufiner son système de défense contre l’empoisonnement de l’eau ou des produits alimentaires. L’agence réclame 45 millions de dollars pour embaucher plus d’inspecteurs et mettre en ?”uvre une énorme base de données pour moderniser ses liaisons avec les autres administrations concernées. Tom Ridge, le patron de la sécurité intérieure, tout juste nommé par George W. Bush, veut aussi renforcer le système d’alerte des représentants de la santé publique. Lorsqu’une infection suspecte apparaîtra, il faut pouvoir prévenir sans délai les autorités locales, étatiques et fédérales. D’où l’idée d’une nouvelle banque de données. Mais tout reste encore à faire.

10- Des technologies plus pointues pour sécuriser les transports.

Tout juste quelques semaines après les attentats américains, George W. Bush a réussi à passer devant le Congrès un ambitieux plan pour renforcer la sécurité dans les aéroports. Président, élus du Sénat et de la Chambre des représentants se sont mis d’accord pour confier cette tâche à l’État, plutôt qu’au privé. Et c’est le ministère des Transports qui supervisera l’embauche de 28 000 agents chargés de surveiller voyageurs et bagages. Dans la foulée, le ministère lancera d’ici à deux ans un programme pilote dans une vingtaine d’aéroports pour tester de nouvelles technologies. D’ailleurs, 50 millions de dollars (56 millions d’euros) ont été budgétés de 2002 à 2006 pour rechercher des outils de contrôle plus efficaces. D’ores et déjà, les propositions high-tech affluent. Telle celle de la société Maximus, qui a mis au point une solution à composante biométrique. Lorsque le passager met son doigt sur un lecteur (encore à l’état de prototype), on compare son empreinte à celles des individus recherchés par le FBI. Il y a également des détecteurs électroniques capables de reconnaître la présence de substances chimiques. Et, une nouvelle carte proposée par Ultra Information Systems enregistre voix, rétine de l’?”il et empreintes. La sécurité peut décidément passer un cran au-dessus.

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Caroline Talbot, à New York