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Internet nous permettra d’être aussi réactifs que les patrons

Sur le bureau du patron de FO, nulle trace d’un micro-ordinateur. Pour autant, Marc Blondel ne minimise pas la force de frappe du net dans l’action syndicale.

Le secrétaire général de Force Ouvrière (FO) laisse son secrétariat gérer ses e-mails. Mais se défend de rester à l’écart de la révolution internet. Pour Le Nouvel Hebdo, il détaille les relations de son syndicat avec ce nouveau média et le monde de la nouvelle économie.

Le site de FO ne brille pas par sa modernité : négligeriez-vous ce média ?

Pas du tout. Nous allons prochainement restructurer notre site ?” je vous l’accorde, un peu ringard ?” et, le 12 septembre, au Comité confédéral de Besançon, je réclamerai que tous les membres du bureau des sections syndicales locales disposent d’une adresse e-mail. FO est par ailleurs le premier syndicat à avoir plaidé pour une présence des organisations de défense des salariés sur les intranets des entreprises. Michel Sapin nous a entendus, puisque les syndicats sont admis sur les intranets ministériels depuis fin juin. Quant au secteur privé, lors des négociations sur la refondation sociale, nous avons signé avec le Medef [Mouvement des entreprises de France, ndlr], le 5 juillet, un accord permettant l’accès, sous réserve d’un code de bonne conduite, des organisations syndicales aux outils technologiques des entreprises.

En tant que syndicaliste, quel avantage voyez-vous à communiquer sur le net ?

La rapidité. J’ai souvent été frappé par la capacité des patrons à répercuter les accords plus vite que nous, car ils disposaient de moyens de communication plus perfectionnés. Cela m’a toujours agacé. Internet va nous permettre d’être tout aussi réactifs ! Il nous faudra également être plus rigoureux dans notre communication sur ce média, nos propos pouvant être plus largement diffusés et repris. Mais nous n’en sommes pas à tout miser sur internet. Nombre de salariés sont encore exclus du développement des nouvelles technologies, il ne faut pas l’oublier. Par ailleurs, l’action syndicale ne prend tout son sens que sur le terrain, dans les relations interpersonnelles. Et, vous-mêmes, journalistes, vous avez préféré une rencontre à un interview par e-mail !

Allez-vous créer une section nouvelle économie, comme Bétor Pub à la CFDT ?

Je ne sais pas. J’ai l’impression que ce serait contraire aux principes de notre organisation, qui n’est pas structurée par corporation ou qualification professionnelle, mais par secteur industriel. Néanmoins, chez nous, au bureau confédéral, quelqu’un suit précisément les questions liées à la nouvelle économie. Nous réfléchissons à l’opportunité d’une convention collective propre aux métiers du net. Je crois que nous y viendrons, pour mettre fin à certains excès dans les start-up, comme l’octroi de faibles salaires en échange d’hypothétiques stock-options.

Vous avez entamé des discussions avec Croissance Plus, un lobby d’entrepreneurs de la net économie : l’alliance de l’agneau et du loup ?

Figurez-vous que je les trouve assez sympathiques ! La soi-disant nouvelle organisation mise en place par les start-up, et le côté argent facile, ne m’ont jamais particulièrement emballé. Mais, je ne veux pas émousser la motivation d’une jeunesse qui, après des années de galère, a pu trouver dans les start-up une raison de s’enthousiasmer. Surtout lorsqu’il y a des emplois à la clé ! Les membres de Croissance Plus m’ont fait part de leurs difficultés de recrutement, et nous avons décidé d’aller voir l’ANPE pour monter un plan de formation sur les métiers spécifiques à leurs entreprises. Mais ce plan est soumis à conditions. La première est que tous les chômeurs retenus, quels que soit leur origine ou leur lieu d’habitation aient, au final, les mêmes chances d’être embauchés. Si on peut promouvoir l’égalité des chances par la net économie, je ne pourrais qu’applaudir !

Considérez-vous la décision d’Alcatel, de centrer son activité sur la matière grise, avec licenciements à la clé, comme emblématique des évolutions engendrées par la net économie ?

C’est plutôt le résultat de la mondialisation et de la diffusion en France d’une gestion à l’anglo-saxonne. Auparavant, les entreprises hexagonales fonctionnaient sur le principe de la comptabilité globale, des synergies : si une filière ne marchait pas, on ne s’en alarmait pas plus que cela si d’autres étaient florissantes. Dans le modèle anglo-saxon, la comptabilité analytique prime : on élimine les branches déficitaires, on se concentre sur les plus rentables. Tout ce qui ne rapporte pas est externalisé. C’est du court terme. Les ingénieurs ont besoin de voir la concrétisation de leurs recherches, de travailler avec ceux qui appliquent leur savoir. Ils ne supporteront pas d’être coupés de la base.

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La rédaction