L’éclipse solaire du 12 août nous a offert un spectacle mémorable dans le ciel européen, partielle en France et totale dans le nord de l’Espagne et en Islande. Cet événement rare dans nos contrées a logiquement poussé de nombreux curieux à dégainer leur matériel pour immortaliser le phénomène. Un appareil s’est particulièrement fait remarquer à cette occasion, mais pas pour la justesse de ses clichés. Le Xiaomi 17 Ultra, pourtant salué pour son système photo avancé et polyvalent, a généré des clichés absurdes où le Soleil se retrouve recouvert de cratères. Le téléphone a confondu le Soleil avec la Lune, et ce raté n’est pas un simple accident isolé, mais le résultat d’une astuce logicielle largement répandue chez les fabricants de smartphones.
Quand l’algorithme réécrit la réalité (spatiale)
En analysant les clichés capturés avec le téléobjectif du fleuron de Xiaomi, une anomalie saute immédiatement aux yeux. Le Soleil, qui apparaît d’une teinte rouge orangé typique d’une fin de journée, est texturé de reliefs, de lignes de cratères. Tout porte à croire que le processeur d’images du smartphone aurait confondu, sur cette prise précise, l’étoile incandescente avec notre satellite naturel. Même la teinte ne ressemble d’ailleurs pas réellement à ce que nous pouvions apercevoir dans le ciel avec des lunettes adaptées.
lmfao @Xiaomi AI turned my solar eclipse into a moon pic.twitter.com/hweym1X508
— Víctor Pérez (@vpx_tech) August 12, 2026
Ce raté algorithmique n’est pas un cas isolé. Sur X, plusieurs utilisateurs ont rapporté le même phénomène pendant l’éclipse. L’un des témoignages les plus parlants vient d’un utilisateur espagnol, Carlos Villasante, qui explique précisément le mécanisme mis en cause : son Xiaomi 17 Ultra a détecté une sphère lumineuse dans le ciel, s’est mis de lui-même en mode « super lune », et a reconstitué une surface criblée de reliefs qui n’existe pas dans la scène réelle.
Foto al eclipse hecha hoy con mi Xiaomi 17 Ultra y un filtro protector de la lente. ¿Notáis algo raro?
Pues sí, la luna era la otra. Ha detectado una esfera brillante en el cielo, se ha puesto en modo “superluna”, y directamente se ha inventado toda la superficie pic.twitter.com/bwU0GTYTOO
— Carlos Villasante (@cvillasante) August 12, 2026
Il précise cependant que le reste de ses photos et vidéos de l’éclipse, prises avec des réglages manuels, s’est révélé excellent. On peut en effet voir un rendu beaucoup plus réaliste sur les images dessous :
Por aclarar: más allá de esta anécdota, que me pareció divertida, el móvil me hizo fotos y vídeos fantásticos del eclipse. Aquí dejo algunos ejemplos, ajustando manualmente distintos parámetros pic.twitter.com/3YxBXWxLao
— Carlos Villasante (@cvillasante) August 13, 2026
La supercherie du zoom lunaire encore mise à nu
Depuis l’avènement des zooms numériques capables d’atteindre des grossissements extrêmes, les constructeurs cherchent à offrir aux utilisateurs la possibilité de photographier la Lune avec une netteté impressionnante. En réalité, les capteurs de nos téléphones, aussi performants soient-ils, restent physiquement limités face à un tel niveau de détail. Pour contourner cette limite, les logiciels s’appuient sur une intelligence artificielle entraînée sur des milliers de photographies lunaires haute définition, capable de reconstituer et d’embellir l’astre après la prise de vue.
Xiaomi n’est pas le seul à employer ce type de traitement. Nos confrères de Frandroid, qui ont été les premiers à repérer et documenter ce raté sur le 17 Ultra, rappellent que Samsung avait déjà fait les frais d’un vaste scandale médiatique avec son mode Space Zoom, dont le traitement similaire s’est averé tout aussi inutilisable pour immortaliser une éclipse.
Un piège que Xiaomi explique pourtant comment éviter
L’épisode a quelque chose d’ironique. Quelques semaines avant l’éclipse, Xiaomi avait communiqué, avec le concours d’un photographe certifié Leica, un guide détaillé pour photographier la Lune avec le 17 Ultra. La recommandation centrale : basculer en mode Pro, avec un ISO très faible (50 à 100) et une vitesse d’obturation rapide (entre 1/1000 s et 1/2000 s), justement pour éviter que le traitement automatique ne « brûle » ou ne réinvente les détails. Autrement dit, le constructeur reconnaît implicitement que son mode automatique n’est pas fiable pour ce type de scène, et recommande lui-même de le contourner.
Cette erreur cocasse rappelle avec force que les photographies issues de nos smartphones sont de plus en plus des interprétations algorithmiques, parfois bien éloginées de la vérité optique.
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