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2300 euros pour des lunettes connectées : le pari fou de Snapchat face à Meta

Snap a annoncé en avril des coupes touchant 15 à 20 % de ses effectifs, après avoir isolé dès janvier son activité lunettes dans une filiale dédiée, Specs Inc., et n’est toujours pas durablement rentable. Cet automne, ses lunettes de réalité augmentée arrivent en France à 2 295 euros. Il y a une cohérence là-dedans, quelque part.

Les lunettes de réalité augmentée grand public ont une histoire assez malheureuse. Google Glass, lancées en grande pompe en 2013, sont restées dans les mémoires comme un avertissement autant qu’un produit (l’image de leur utilisateur type dans un restaurant a longtemps servi de raccourci pour parler d’une certaine idée de l’innovation déconnectée du monde réel). Snap arrive dans cet espace avec ses SPECS, propulsées par deux puces Qualcomm Snapdragon dont la marque n’a pas divulgué les modèles, un champ de vision de 51 degrés et environ quatre heures d’autonomie (une contrainte réelle, présentée aussi diplomatiquement que possible dans les communiqués). Les précommandes sont ouvertes aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, avec un dépôt remboursable de 200 dollars outre-Atlantique et de 170 euros dans l’Hexagone. Le tarif américain est de 2 195 dollars, et le prix français vient d’être confirmé à 2 295 euros, pour une livraison prévue à l’automne 2026.

Films, traduction, second écran : ce que les SPECS savent faire

Concrètement, à quoi sert une paire de lunettes à ce prix ? Snap met en avant trois familles d’usage. La première tient à l’écran : les SPECS projettent un affichage transparent équivalent à un écran de 115 pouces vu à trois mètres. De quoi regarder un film ou une série sans téléviseur, ou servir de second écran à un ordinateur, un téléphone ou une console branchés en USB-C. La deuxième vise le quotidien augmenté : navigation pas à pas, traduction en temps réel d’une conversation ou d’un panneau, navigation web, tableau blanc virtuel griffonné du doigt.

Snap Specs Maps
© Snap Inc.

Une des premières applications, baptisée Super Travel, combine d’ailleurs traduction instantanée et conversion de devises, clin d’oeil assumé au voyageur perdu à l’étranger. La troisième repose sur les Lens, ces filtres et mini-applications que des centaines de milliers de créateurs développent déjà pour Snapchat. On y trouve des objets en trois dimensions posés dans la pièce, des jeux, ou encore une Lens qui apprend à jouer de la batterie. Le tout se pilote sans manette, à la voix, au regard et au geste de la main, l’assistant maison étant par ailleurs capable de voir ce que l’utilisateur regarde pour répondre à ses questions.

Trois fois le prix des Ray-Ban Display : qu’est-ce que Snap vend vraiment ?

La comparaison la plus juste n’est pas avec les Ray-Ban classiques de Meta, qui se vendent autour de 400 € mais se limitent à de l’audio et une caméra, sans le moindre écran. Le vrai point de repère, c’est la Ray-Ban Display, lancée par Meta à 799 dollars (environ 750 euros) et toujours absentes en France : elle ajoute un écran, mais un seul, logé dans le verre droit, avec un champ de vision d’une vingtaine de degrés et un pilotage au bracelet. Les SPECS jouent un cran au-dessus, avec un affichage transparent sur les deux verres et un champ de vision de 51 degrés, soit une vraie réalité augmentée binoculaire plutôt qu’un simple affichage tête haute. L’écart de prix, près du triple, colle assez fidèlement à cet écart de capacité.

Kaia Gerber Specs
Kaia Gerber portant les Specs © Snap Inc. – Steven Meisel

Cela n’empêche pas Meta de dominer très largement le marché, avec plus de sept millions de Ray-Ban écoulées et environ 82 % des lunettes connectées vendues dans le monde. Snap ne joue donc pas dans la même catégorie de volume, et ne prétend pas le faire. Les SPECS misent sur leur silicium Qualcomm embarqué et sur la base de plusieurs centaines de millions d’utilisateurs Snapchat comme principal levier de distribution. Qualcomm pousse en parallèle son programme START, un kit clé en main pour que les lunettiers lancent leurs propres montures connectées sans bâtir toute la pile technique : le premier partenaire annoncé n’est pas Snap mais le fabricant britannique Inspecs. C’est un pari sur le haut de gamme d’un segment qui n’a pas encore décollé, par une entreprise qui a choisi de regrouper cette activité dans Specs Inc. précisément pour l’isoler financièrement du reste du groupe. Le genre de structure que l’on crée quand on croit vraiment à quelque chose, ou quand on veut lui donner une chance de survivre si ça tourne mal.

Snap Specs - boîtier de charge
© Snap Inc.

Et ils ne seront pas seuls sur votre nez cet automne

Ce qui change en 2026, c’est que Snap n’est pas seul dans la course. Google et Samsung travaillent sur leurs propres lunettes connectées sous la plateforme Android XR : une première version grand public sans écran est attendue dans les prochains mois, et une version à micro-écran OLEDoS pour plus tard. Samsung Display a présenté le composant technique au coeur de ces futurs appareils lors de la conférence AWE de Long Beach en juin. Apple n’a officiellement rien commenté sur les rumeurs persistantes de lunettes légères, mais personne dans l’industrie n’est dupe : la firme de Cupertino et son nouveau patron voient le futur de VisionOS sur le nez des possesseurs d’iPhone.

Cette convergence simultanée de plusieurs acteurs majeurs vers le même type de produit, au même moment, dit quelque chose d’important sur l’état du marché : la fenêtre pour définir ce que sont les lunettes connectées est ouverte, et probablement pas pour très longtemps. Meta a pris de l’avance en volume, mais sur un usage étroit (photos, musique, appels). Snap, Google et Samsung parient chacun que l’AR réelle justifie un tarif sensiblement plus élevé, et que les consommateurs prêts à payer deux mille euros pour ce type d’appareil savent ce qu’ils font. L’automne répondra à la question.

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Source : Snap Inc.