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Vie privée : en Italie, ces logiciels espions low cost sont massivement utilisés par la police

En Italie, les enquêteurs utilisent très fréquemment des logiciels espions peu onéreux, développés par plusieurs entreprises locales. Ces outils seraient régulièrement utilisés par les forces de l’ordre au mépris des droits fondamentaux pourtant protégés par le droit européen, selon European Digital Rights (EDRi), qui demande à la Commission européenne de réagir.

En Italie, les logiciels espions à bas coût se développent comme des champignons : ils seraient utilisés très fréquemment par la police, révèle l’association de défense des droits European Digital Rights (EDRi), le 28 mai dernier. Dans le pays, il suffirait de quelques dizaines d’euros par jour pour espionner une cible. L’Italie, deuxième fournisseur mondial de logiciels espions, juste derrière Israël, mais devant l’Inde, abrite une dizaine de structures plus petites que les mastodontes israéliens. Leurs solutions présentées comme de la cybersécurité sont peu chères et feraient partie des outils d’enquête courante utilisés par les forces de l’ordre.

Pour arriver à leurs fins, les fournisseurs passent en effet par « des astuces » peu coûteuses, voire « un peu d’ingénierie sociale pour infecter le téléphone de la cible », écrit l’organisation. Une victime verra ainsi son réseau mobile brusquement coupé avant de recevoir un SMS semblant provenir de son opérateur. Celui-ci l’inviterait à installer une fausse « mise à jour », avec un lien l’incitant à télécharger une appli malveillante qui ressemble fortement à celle de l’opérateur. Une fois celle-ci installée, le smartphone devient un outil de surveillance permettant d’accéder à la vie privée des personnes ciblées. Tous les faits et gestes de la victime sont collectés : des captures d’écran sont réalisées, les appels vocaux enregistrés, et les messages WhatsApp exportés. Caméras, contacts, données de localisation et historiques de navigation sont scrutés de près.

Les enquêteurs veulent pouvoir « infecter des milliers de smartphones, au prix le plus bas possible »

Une situation similaire a été dénoncée par WhatsApp, en avril dernier. Meta, sa maison mère, avait prévenu qu’une société de surveillance italienne (ASIGINT, une filiale de la société SIO) avait proposé à quelque 200 utilisateurs de télécharger une fausse version de son application de messagerie. Cette dernière était spécifiquement conçue pour espionner ses utilisateurs, rapportait Reuters.

Selon les chiffres du ministère italien de la Justice cités par Osservatorio Nessuno, membre de l’EDRi, les procureurs italiens auraient autorisé en 2024 près de 5 200 « interceptions par cheval de Troie », soit bien plus que les autres pays européens. Et si, dans le pays, les scandales liés à des affaires d’espionnage sont fréquents, leurs victimes ne parviennent généralement jamais à remonter à la source. Pour EDRi, « ce marché parallèle de “chevaux de Troie” bon marché » répond à une demande de la justice et de la police qui souhaitent « pouvoir infecter des milliers de smartphones, au prix le plus bas possible ».

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Des logiciels incompatibles avec la liberté d’expression, de la presse et les droits politiques, selon l’EDRi.

L’association dénonce la logique judiciaire et policière du pays, « où l’accès illimité aux appareils et aux données des personnes est présenté comme crucial pour le travail (d’enquête), et est donc normalisé, voire encouragé ». Ce type de logiciels permet une telle surveillance d’un individu, sans immobiliser des enquêteurs souvent soumis à des logiques de réduction des coûts et d’effectifs, qu’il est tentant, pour un État, d’y avoir recours. D’un côté, vous avez la possibilité d’opter pour des outils de surveillance classiques comme la mise sur écoute ou le fait de filer un suspect, des mesures qui respectent la vie privée et d’autres droits fondamentaux, mais qui vont demander des effectifs de police, et du temps. De l’autre, vous avez ces outils, dont la licence s’avère peu coûteuse, qui mobilisent moins d’agents, et qui sont bien plus intrusifs.

Pourtant, ces logiciels espions sont « fondamentalement incompatibles avec les principes de nécessité, de proportionnalité et de contrôle effectif exigés par la législation de l’Union européenne en matière de droits fondamentaux », écrit l’organisation, qui plaide pour une réaction de la Commission européenne, accusée d’inaction. « Une société démocratique ne peut pas protéger efficacement la liberté d’expression, la liberté de la presse et les droits politiques, ni renforcer son espace civique » avec des fournisseurs de logiciels espions qui opèrent sans la moindre restriction, ajoute l’organisation. Pour EDRI, ces logiciels espions, qu’ils soient importés ou développés en Europe, devraient être interdits.

La demande avait déjà été formulée en septembre 2024 par une trentaine d’ONG européennes, trois ans après l’affaire Pegasus, du nom de ce logiciel israélien utilisé par des États pour espionner des politiques et des défenseurs de droits à leur insu. Les organisations déploraient déjà l’inaction de l’Union européenne, qui n’avait toujours pas réglementé le secteur. Le constat est toujours valable, en mai 2026.

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150 euros par jour pour espionner un individu

Des enquêtes de février 2023 du média italien Irpimedia, et de janvier 2026 du média français Incyber, avaient déjà révélé le marché de ces logiciels espions italiens, né dans le contexte bien particulier de lutte antimafia du pays. Ce marché, décrit comme florissant, s’explique aussi par les prix de ces spyware, plafonnés, lorsqu’ils sont loués par des forces de l’ordre transalpins. Ainsi, un logiciel espion made in Italy coûte 150 € par jour – contre des millions pour un logiciel israélien qui peut viser plusieurs cibles, détaillent nos confrères français.

Mais maintenant que ces outils sont, à peu de frais, entre les mains des enquêteurs, sera-t-il réellement possible de faire marche arrière ? La réponse est positive pour EDRi, pour qui Bruxelles devrait sans tarder se saisir du sujet au titre de la protection des droits fondamentaux et des données personnelles. Mais le dossier touche aussi à l’épineuse « sécurité nationale », une prérogative qui reste exclusivement dans les mains des 27 États membres. 

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