Un simple gadget électronique acheté une poignée d’euros sur Internet vient de faire trembler les états-majors européens. En exploitant une vulnérabilité insoupçonnée du courrier militaire, des journalistes néerlandais ont réussi à suivre à la trace une frégate surarmée chargée de protéger le fleuron de la Marine nationale française en pleine Méditerranée.
Le talon d’Achille de la poste navale
La frégate néerlandaise Evertsen, un bâtiment de 144 mètres de long équipé de lance-missiles redoutables, voguait vers le Proche-Orient pour une mission sous très haute tension. Son rôle consistait à sécuriser le groupe aéronaval du porte-avions Charles de Gaulle face à la menace de tirs balistiques dans un contexte de vives tensions au Moyen-Orient. L’enjeu stratégique exigeait une discrétion totale. Pourtant, le média néerlandais Omroep Gelderland a déjoué les systèmes de sécurité avec une facilité déconcertante, et pour cinq euros.
Le stratagème reposait sur une banale carte postale dotée de piles, dans laquelle était dissimulé un traceur Bluetooth. Les journalistes l’ont simplement envoyée via l’Organisation Postale Militaire, le service postal officiel de la Défense néerlandaise.
Un voyage clandestin jusqu’en Crète
Si les colis destinés aux marins passent systématiquement sous l’œil des scanners à rayons X, les simples enveloppes échappent totalement à cette vigilance. Le mouchard a ainsi voyagé en toute impunité depuis un centre de tri néerlandais, via la base navale de Den Helder puis l’aéroport d’Eindhoven, pour atterrir directement dans le port grec d’Héraklion. Dès lors, la position exacte du navire de guerre s’est affichée en temps réel sur les écrans des journalistes.
Le 27 mars, la trajectoire s’est dessinée en direct, longeant la Crète vers l’ouest avant de piquer vers le Levant. Ce pistage a duré près de vingt-quatre heures jusqu’au large de Chypre, exposant virtuellement ce bâtiment de guerre aux pires menaces avant que le signal ne s’éteigne définitivement. L’affaire n’est pas sans rappeler l’enquête du Monde qui avait utilisé l’application Strava pour localiser des militaires français en mission secrète. Le même média néerlandais était d’ailleurs déjà à l’origine d’une enquête similaire sur Strava l’an dernier.
Le choc des états-majors
Cette infiltration rudimentaire a eu des conséquences immédiates au sein du ministère de la Défense néerlandais, au point que la ministre Dilan Yeşilgöz a personnellement informé le Parlement de l’incident. L’ancien lieutenant-général Mart De Kruif, interrogé par Omroep Gelderland, a résumé l’enjeu sans détour :
« De nos jours, on peut éliminer des cibles à distance et avec une grande précision, mais il est indispensable de connaître leur emplacement. C’est pourquoi, pour une frégate, il est primordial de ne jamais révéler sa position. »
Le dispositif a été découvert lors du tri du courrier à bord, après que la frégate a quitté le port. La Défense néerlandaise affirme que cela n’aurait pas représenté de risque opérationnel, une affirmation que certains experts nuancent. Les autorités ont immédiatement interdit l’envoi de cartes avec piles vers l’Evertsen et annoncé une révision des protocoles postaux militaires. Contacté par Le Parisien, le ministère des Armées français n’avait pas répondu à l’heure de la publication.
L’incident illustre une réalité des conflits modernes : un objet du quotidien à cinq euros peut suffire à compromettre une opération navale à plusieurs centaines de millions d’euros.
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