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Piratée par ChatGPT, valorisée à 13 milliards de dollars : l’été fou de la plateforme IA Hugging Face en 3 actes

Piraté en juillet par des ChatGPT, courtisé en août par des acheteurs à 13 milliards de dollars. Pour Hugging Face, l’été de tous les dangers tourne au jackpot, et même ses défenses racontent une histoire.

L’histoire aurait pu s’arrêter à un piratage spectaculaire, déjà raconté dans nos colonnes. Elle vient de prendre un tour autrement plus lucratif : selon des révélations parues ce week-end, Hugging Face aurait mandaté une banque pour évaluer des offres de rachat autour de 13 milliards de dollars. La plateforme, fondée en 2016 par trois entrepreneurs français et devenue le dépôt central des modèles d’IA ouverts, n’a confirmé aucun accord, et aucun nom d’acheteur n’a filtré.

Le piratage le plus rentable de l’année

Les chiffres racontent une trajectoire que personne n’avait vue venir. Dans les deux semaines qui ont suivi l’intrusion, les dépôts de données sur la plateforme ont bondi de 58 %, selon un graphique publié par Clément Delangue, son PDG (le chiffre vient donc de la maison, précisons-le). Meta a suivi en publiant ce mois-ci sur Hugging Face son premier modèle ouvert généraliste depuis 2023, un retour au bercail qui vaut adoubement. Le ministère de la Culture français compte d’ailleurs parmi les organisations qui y déposent leurs ressources, signe que la plateforme dépasse depuis longtemps le cercle des laboratoires.

Côté valorisation, l’ascenseur s’est emballé en trois temps. La série D de 2023 valorisait l’entreprise 4,5 milliards de dollars ; plus tôt cette année, elle éconduisait un investissement de 500 millions de Nvidia calé sur 7 milliards ; la voilà courtisée au quasi-triple. Les points de comparaison existent : Microsoft avait payé GitHub 7,5 milliards en 2018, et Stripe vient de s’offrir OpenRouter pour 7 milliards. Delangue tempère lui-même l’emballement en rappelant sa « responsabilité à long terme » envers une communauté qui lui confie ses modèles, façon de laisser toutes les portes ouvertes, y compris celle du refus.

Le détail qui embarrasse les modèles fermés

Un épisode de la riposte, révélé cette semaine par le quotidien américain The New York Times, éclaire l’autre versant de l’affaire. Pour analyser l’intrusion, les ingénieurs de Hugging Face auraient d’abord sollicité le modèle d’Anthropic ; ses garde-fous auraient interprété la demande comme une aide à une attaque plutôt que comme une défense, bloquant net la manœuvre. L’équipe a basculé sur un modèle ouvert du Chinois Z.ai, le fameux GLM déjà croisé dans ce dossier, qui a permis d’identifier comment verrouiller les intrus dehors.

L’intéressée, elle, manie l’anecdote avec des pincettes qui sentent bon la courtoisie. Dans son propre récit de l’incident, la plateforme ne nomme personne et prend soin de préciser que l’épisode ne constitue en rien un procès des garde-fous des modèles hébergés. La leçon qu’elle en tire est toute pratique : disposer, avant la crise, d’un modèle vérifié capable de tourner sur sa propre infrastructure. Reste que l’histoire tombe à pic pour la croisade open source du moment, et qu’elle explique en partie pourquoi le dépôt des modèles ouverts est devenu l’actif que tout le monde veut posséder. Dans le même temps, OpenAI freine ses propres modèles pour raisons de sécurité.

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Source : New York Times


Naïm Bada