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Le « Google » des fuites de données : ce moteur de recherche recense les infos personnelles de millions de Français

Baptisé Searcher, un moteur de recherche permet de consulter en quelques secondes les données personnelles de millions de Français. Il suffit d’entrer un nom dans le système pour obtenir une longue liste d’informations sensibles. Gratuit le temps de faire le buzz, le service est 100% illégal au regard du droit français et du RGPD. La justice a d’ailleurs été saisie.

Début juin 2026, un moteur de recherche intitulé « Searcher » est apparu sur Internet. Le moteur indexe uniquement des données personnelles appartenant à des Français. Révélée au grand public par la cellule « Vrai ou Faux » de Franceinfo, qui a été alertée par les élèves d’un collège d’Essonne, la plateforme permet de rechercher des fiches d’identité compromises.

En pratique, il suffit de taper un nom pour faire remonter une fiche d’identité complète, comprenant le prénom, le nom de famille, la date et lieu de naissance, l’adresse postale, l’adresse e-mail, le numéro de téléphone, le numéro du passeport, l’IBAN, le numéro de Sécurité sociale, la plaque d’immatriculation du véhicule, certains rendez-vous médicaux et même le nombre d’enfants d’une famille. Dans cet océan d’informations, on trouve aussi des données sur des personnalités publiques et des fonctionnaires qui travaillent au gouvernement. Bref, c’est une mine d’or pour des individus malveillants.

À lire aussi : Les données de 550 000 Français ont été volées sur un site du gouvernement, la série noire continue

135 sources et 1,2 milliard de données personnelles

Le moteur de recherche s’appuie sur les nombreuses fuites de données survenues en France ces dernières années. Des dizaines d’entreprises et de services de l’État ont été en effet piratés, par différents groupes de hackers. Au fil de ces cyberattaques, ce sont les données de dizaines de milliers de personnes qui se sont retrouvées sur le dark web. Sur le serveur Discord du projet, les administrateurs indiquent s’appuyer sur 135 sources de données différentes, décrites comme « des plateformes administratives, des opérateurs de services et d’autres structures accessibles au public ». Au total, ce sont 1,2 milliard d’informations personnelles qui circulent sur cette plateforme.

Le site était accessible par le biais d’un abonnement. Pour tenter de se faire connaître, les créateurs du moteur de recherche ont ouvert l’accès à la plateforme gratuitement pendant une courte période. Victime de son succès, la plateforme a été obligée de fermer son « site public plus tôt que prévu ». Le projet « a pris une trop grande ampleur et certaines personnes jalouses qui se sont intéressées à des choses qui ne les concernaient pas ont tout fait pour essayer de faire fermer le site et nous apporter des soucis », expliquent les administrateurs sur Discord.

Searcher
© Capture 01net

Les créateurs se sont donc entièrement retranchés sur Discord, à travers une offre payante composée de quatre abonnements différents, à savoir 19.99 € par semaine, 39.99 € par mois, 99.99 € pour 3 mois, et 249.99 € à vie. Les administrateurs, dont un jeune développeur de 18 ans opérant sous le pseudonyme « Zalko », cherchent à monétiser les données agrégées par leurs soins.

Une plateforme 100 % illégale

Évidemment, le moteur de recherche est 100% illégal. En agrégeant des données compromises à des fins commerciales, l’équipe de Searcher se rend coupable de recel de données. En droit français, le recel de données (issu de fuites ou de vols) constitue une infraction pénale, passible de 5 à 10 ans de prison, et d’une amende de plusieurs centaines de milliers d’euros.

Les créateurs de Searcher tentent de se dédouaner en avançant qu’ils ne font que référencer des informations « déjà exposées sur internet », à l’image d’un moteur de recherche classique. Ils rappellent dans leurs conditions générales que « l’utilisateur est seul responsable de l’usage qu’il en fait ». En dépit de leurs protestations, leurs activités entrent bien dans le cadre d’un recel de données personnelles. Le droit français décrit le recel le fait de « dissimuler, détenir ou transmettre une chose, ou de faire office d’intermédiaire » en sachant que ce bien provient d’un crime ou d’un délit. C’est évidemment le cas des administrateurs de Searcher. Même si l’auteur principal du vol ou de la fuite n’est pas identifié ni poursuivi, le receleur peut être condamné de façon indépendante, souligne la loi française.

Sans surprise, le moteur de recherche a donc attiré l’attention des autorités françaises. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) rappelle que les services de cet acabit ne sont pas légaux, car « ils fonctionnent en compilant les données issues de violations de données ». Peu importe que les données soient techniquement « publiques » quelque part. Leur agrégation et leur mise à disposition sous la forme d’un moteur constituent d’ailleurs une infraction flagrante au Règlement général sur la protection des données (RGPD), en vigueur depuis 2018 en Europe.

Searcher, un cas qui est loin d’être isolé

La justice française a d’ailleurs été saisie à plusieurs reprises au sujet de plateformes similaires à Searcher, évoquées sous le nom de « lookups ». Milieu du mois de juin 2026, la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a signalé l’un de ces sites à la justice le 12 juin, tandis que le député Renaissance Eric Bothorel en a dénoncé trois autres, rappelant que « le recel de données volées est un crime ».

Dans le viseur de la justice, Searcher vient d’être restreint par Discord, pour infraction à son règlement. Pour le moment, il n’est plus possible de rejoindre le serveur Discord. Celui-ci compte plus de 430 membres au moment de la rédaction de cet article.

Que faire si vos données sont référencées dans Searcher ?

En dépit de l’illégalité de ses fonctions, Searcher se dit prêt à supprimer des données de son référentiel. Les victimes peuvent contacter l’équipe de Searcher via Discord pour demander la suppression de leurs données. La suppression sera alors effectuée dans un délai de 29 jours. Évidemment, ce processus ne peut rien faire si vos informations ont déjà été consultées en amont par des utilisateurs de Searcher. Une fois des données personnelles exposées sur internet, il est pratiquement impossible de les effacer complètement.

Au moment de la rédaction de cet article, le site de Searcher est toujours en ligne, de même que son serveur sur Discord. Il n’est cependant pas possible de rejoindre le serveur.

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