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Comment l’iPad révolutionne Broadway en sauvant des arbres

En plein Manhattan bat le coeur de l’entertainment américain, Broadway. Depuis quelques années, une application pour iPad y révolutionne la façon d’assurer le spectacle.

West Side Story, Wicked, La Cage Aux Folles, le Roi Lion, ou plus récemment Pretty Woman. Des comédies musicales, et autant de succès internationaux, nés au coeur de Broadway, royaume de la scène, des paillettes et du glamour, berceau de l’entertainment à l’américaine, machine à propulser des stars, et empire… de papier.

Apple – L’interface de ProductionPro sur iPad.

Un dévoreur de papier

Car derrière les numéros qui mobilisent des dizaines de danseurs, derrière les chorégraphies réglées avec une précision maniaque, derrière les performers qui brûlent les planches, derrière les dialogues drôles ou émouvants, les jeux de scène, de lumière ou le moindre applaudissement se trouve systématiquement une feuille de papier, des dizaines, des centaines de feuilles.

« Broadway dévore des dizaines, des centaines de tonnes de papier chaque année », nous explique Alexander Libby, un des plus jeunes stage managers de l’histoire de Broadway et désormais directeur général de ProductionPro, une société et une application qui, depuis quelques années, révolutionnent la façon de monter une comédie musicale ou un spectacle. Il se tient debout sur la scène du Nederlander Theatre, où se joue actuellement la nouvelle comédie musicale à succès, Pretty Woman.   
Sous le bras, il porte deux gros classeurs d’environ 5 Kg chacun. Ils contiennent les scripts, les chorégraphies, les partitions de la musique et des centaines de notes et photos éventuelles d’une comédie musicale. C’est la Bible, l’ensemble des documents qui va permettre au responsable de scène, sorte de super assistant, de s’assurer que les acteurs chantent la dernière version des paroles, se positionnent où ils doivent pour être bien éclairés, etc. Sans cette bible, la comédie musicale tournerait au chaos.
Evidemment, le stage manager l’a avec lui à tout instant et il n’est pas le seul à devoir jongler avec ces centaines de feuilles de papier.

« Une comédie musicale, comme Pretty Woman, fait travailler environ 100 personnes dont cinquante doivent recevoir la moindre modification apportée aux scripts. Le script seul représente 160 pages. », continue-t-il pour illustrer son propos. D’après son expérience, jusqu’à trente pages peuvent être changées chaque jour. « Pendant la phase de répétition, de création de la comédie, des changements peuvent être effectués toutes les heures, parfois même plus souvent », explique-t-il après avoir posé sa charge à ses pieds et pris un iPad Pro 12,9 pouces.   
Il tient sa tablette comme un nouveau Graal avant de se rappeler le stress de son quotidien quand il travaillait à Broadway. La navette entre les auteurs et le théâtre, l’attente des coursiers, le sprint vers la photocopieuse, la gestion des versions, la difficulté de s’assurer que les toutes dernières modifications ont été distribuées à tout le monde, que l’intégralité du casting et de l’équipe technique utilisent la même version, etc. A cela s’ajoute, en fin de journée, les dizaines de kilogrammes de feuilles de papier à jeter. Certaines n’ont même pas été lues car rendues caduques trop vite.

Une révolution dans l’entertainment

C’est en observant cette déperdition d’énergie et ce gâchis écologique, alors qu’il travaillait sur le film Extrêmement fort et incroyablement près, tourné à New York, qu’Alexander Libby a eu l’idée de créer Production Pro.
Il brandit à bout de bras son iPad Pro et montre son application qui centralise en un lieu les scripts, partitions, décors, costumes et même les vidéos des chorégraphies en les structurant par scène. C’est « le carnet numérique de production » pour une comédie musicale ou une pièce de théâtre.
Un accessoire est introduit pour le personnage de Viviane dans la scène 4 de Pretty Woman, on l’ajoute simplement dans ProductionPro en le liant au bon personnage. La chorégraphie évolue, on la filme avec son iPhone puis synchronise la vidéo sur l’iPad.   
« Cela simplifie non seulement la formation des remplaçants mais garantit également que la chorégraphie mise au point à Broadway sera respectée par une compagnie qui la jouera à l’autre bout du monde », avance Alexander Libby, pour qui ce détail compte, car c’est un argument commercial d’importance pour séduire les producteurs.
La dernière version en date de ProductionPro permet de prendre des notes manuscrites grâce à l’Apple Pencil. Un moyen simple de préciser un déplacement sur un script, de notifier un mouvement différent d’un élément de décor, etc.
Et ProductionPro conserve toutes les itérations d’une création, toutes les répétitions, de ses premiers pas à la première. L’équivalent de quelques classeurs et de quelques tonnes de papiers économisés. Tout cela grâce à une application, quelques iPad distribués aux membres concernés de la production et grâce au talent de centaines d’acteurs mais aussi d’hommes et femmes de l’ombre.

Apple – Alexander Libby, à gauche, et un membre de la production de Pretty Woman.

L’application est déjà utilisée pour gérer plusieurs comédies musicales à succès mais aussi des spectacles vivants au sein des parcs américains du groupe Disney, et même la mise en scène de séries réputées, dont The Crown. Des tonnes de papiers préservées, des centaines d’heures épargnées, des milliers de dollars économisés et un choeur unanime des utilisateurs. Ils y trouvent leur compte, plus d’efficacité, plus d’énergie disponible pour se concentrer sur l’essentiel. La quête d’une certaine perfection, le lustre des strass, les paillettes dorées à l’or fin et… le spectacle, évidemment. Car à Broadway plus qu’ailleurs the show must go on

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Par : Opera

Pierre FONTAINE