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Pourquoi cette carte NVIDIA vaut soudain dix fois son prix

Une carte de minage oubliée depuis cinq ans se revend soudain dix fois son prix. En cause, un outil communautaire qui réveille les 64 Go de mémoire que NVIDIA avait pris soin d’éteindre.

En 2021, au plus fort de la ruée sur l’Ethereum, NVIDIA lançait une gamme entière de cartes réservées au minage, baptisée CMP. Son objectif ? Occuper les mineurs ailleurs pour laisser les GeForce aux joueurs. Le fleuron de la gamme, la CMP 170HX, s’est écoulé jusqu’à 4 300 dollars chez certains revendeurs. Une fois la fête crypto terminée, elle a fini aux alentours de 100 dollars sur le marché de l’occasion. Elle vient de repasser au-dessus des 1 200 dollars.

La même puce que la A100, avec les portes condamnées

Sous son dissipateur passif, la 170HX abrite un GA100, exactement la puce qui équipe les accélérateurs A100 vendus aux centres de données. NVIDIA n’a pas gravé un silicium différent pour les mineurs : le constructeur a pris le sien et en a condamné les portes. Mémoire HBM2e ramenée à 8 ou 10 Go, interface PCIe étranglée à des débits de première génération, unités de calcul flottant partiellement désactivées, 4 480 cœurs CUDA actifs contre 6 912 sur une A100. Une A100 avec des pièces fermées à clé, en somme.

C’est un outil publié sur GitHub, CMPUnlocker, qui a fait sauter une partie de ces verrous. Il rétablit le débit de calcul complet et surtout la géométrie mémoire d’origine : une carte vendue avec 8 Go en expose 64 Go après installation et redémarrage à froid. Le dépôt annonce 40 Go pour les modèles 10 Go, quand une partie de la communauté revendique 80 Go sur certains exemplaires, sans stabilité garantie. La bande passante relevée après déverrouillage tourne autour de 700 à 800 Go/s.

Reste que la manœuvre tient de la loterie. NVIDIA avait désactivé ces piles mémoire pour une raison : beaucoup de ces puces embarquent des dies HBM2e défectueux ou hors spécification, écartés des tests A100. Selon le lot, une carte tiendra 64 Go, une autre plafonnera à 40, une troisième deviendra instable sous charge prolongée. L’interface PCIe, elle, reste limitée à quatre lignes de deuxième génération (à moins de sortir le fer à souder), et la puce ignore les formats FP8 ou FP4 des accélérateurs récents.

Le précédent BC-250, quand un rebut de minage devient une affaire

Si vous suivez le monde de l’IA en local, ce scénario ne vous surprendra pas. La communauté s’arrache depuis deux ans la BC-250, un module issu des racks de minage d’ASRock facturés 999 dollars en 2022. Chacun de ces racks alignait douze cartes bâties autour d’un APU dérivé de celui de la PlayStation 5, avec 16 Go de GDDR6 partagés entre le processeur et la partie graphique. Démontés puis revendus à l’unité entre 90 et 150 dollars, ces modules ont trouvé une seconde carrière en machine de jeu maison sous Linux et en serveur d’inférence de poche.

La différence tient en une ligne : personne n’a eu besoin de déverrouiller quoi que ce soit sur la BC-250 (même si des petits malins ont réussi à réactiver des cœurs graphiques, passant le total de 24 CU à 36, voire 40 pour les plus chanceux de la loterie). Elle est restée bon marché parce que sa mémoire était déjà là, visible, utilisable. La 170HX, elle, a vu son tarif décupler le jour où sa capacité réelle est devenue accessible. Le marché ne paie pas la carte, il paie le déverrouillage.

Les prix contractuels de la DRAM conventionnelle ont bondi de 90 à 95 % au premier trimestre 2026, puis de près de 60 % au deuxième. En cause, des fondeurs qui ont basculé leurs lignes vers la HBM des centres de données. La RTX 5090, lancée autour de 2 159 euros début 2025, se négocie désormais à partir de 3 900 euros en Europe. NVIDIA aurait prévenu ses partenaires mi-juillet d’une hausse de 20 à 30 % sur sa gamme grand public. Dans ce marché-là, 64 Go de mémoire à haute bande passante pour 1 200 dollars finissent par paraître presque raisonnables.

Un mini-PC Ryzen AI Max+ 395 propose 128 Go unifiés mais plafonne à 256 Go/s, quand le DGX Spark de NVIDIA monte à 273 Go/s. Une RTX 5090, elle, s’arrête à 32 Go. Or l’inférence d’un modèle de langage dépend d’abord de la bande passante mémoire, chaque mot généré obligeant la machine à relire l’intégralité des poids. Un peu comme si vous deviez feuilleter tout un dictionnaire pour écrire une seule phrase.

CMP 170HX Leboncoin
© 01net

Encore faut-il accepter le reste du contrat : aucune sortie vidéo, un refroidissement passif pensé pour un rack ventilé de datacenter, un support Linux exclusivement, zéro garantie constructeur. Et le plus souvent, un vendeur installé à Shenzhen avec les frais d’importation qui vont avec (lors de nos recherches, nous avons aussi vu des cartes proposées à plus de 2000 € sur Leboncoin). NVIDIA avait bridé cette carte pour protéger des A100 facturées plusieurs dizaines de milliers de dollars. Cinq ans plus tard, c’est le marché de l’occasion qui fixe le tarif, et il a parfaitement retenu la leçon du constructeur : la mémoire, ça se paie.

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