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« Chomâge technique » : comment la cyberattaque contre l’Éducation nationale perturbe la rentrée scolaire

La cyberattaque contre l’Éducation nationale perturbe l’organisation de la rentrée scolaire. Acculé par les pirates, le ministère a été obligé de couper plusieurs outils en ligne par mesure de sécurité. De facto, les proviseurs, chefs d’établissement et enseignants de plusieurs académies françaises se retrouvent au « chômage technique » alors que la rentrée des classes approche à grands pas. Face aux syndicats dénonçant un manque criant de communication, le ministère a organisé plusieurs réunions d’urgence et promet de rétablir les accès dans les plus brefs délais.

Dans le sillage du piratage des impôts, le groupe de hackers ZeroBytes a revendiqué une nouvelle cyberattaque à l’encontre des services gouvernementaux. Cette fois, le groupuscule criminel, composé de deux pirates francophones, affirme avoir compromis l’Éducation nationale. Les cybercriminels indiquent avoir siphonné 43 Go de données, soit près de 346 millions de lignes couvrant plus de deux décennies d’archives, en restant infiltrés dans les systèmes du ministère depuis la fin du mois de juillet 2026.

Après nettoyage des doublons, le gang assure avoir isolé les identités de 1,22 million d’élèves, 4,35 millions de personnels et 602 000 comptes académiques, incluant des données de l’académie de Créteil et de l’ancien système SCONET. Les données auraient été exfiltrées à la suite d’un incident détecté en juillet dernier.

Peu après cette revendication, le ministère de l’Éducation nationale annonçait poursuivre ses investigations au sujet du piratage. Par le biais d’un communiqué, le ministère assurait poursuivre « ses expertises techniques afin d’établir la nature exacte et l’étendue des données exfiltrées », s’engageant à prévenir les éventuelles nouvelles victimes d’une violation de données.

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Des outils en ligne suspendus à l’approche de la rentrée

Quoi qu’il en soit, la cyberattaque estivale a considérablement compliqué la rentrée scolaire. Comme le rapportent nos confrères du Monde, de nombreux proviseurs et enseignants se sont rendus compte qu’ils n’avaient plus accès à une série d’outils en ligne indispensables à l’organisation de la rentrée des classes, dont leur messagerie professionnelle.

Une montagne d’accès ont apparemment été résiliés à la suite de la fuite de données. Ces coupures ont été décrétées dans le but d’endiguer toute nouvelle attaque et d’éjecter les pirates des réseaux informatiques. Le ministère a en effet mis en place un grand « plan de renforcement de la sécurité de ses systèmes d’information » à la suite des dernières revendications de ZeroBytes. Le gang prétend en effet être toujours caché dans les systèmes informatiques de l’Éducation nationale, à l’insu des mécanismes de sécurité.

« L’accès à des applications métiers a été suspendu pendant l’été pour quelques académies », explique l’Éducation nationale, assurant que les outils« sont progressivement rétablis ». 

Parmi les outils désactivés, on trouve le mécanisme des « clés OTP-ODA ». Il s’agit du système d’authentification forte utilisé par l’Éducation nationale pour sécuriser l’accès aux portails professionnels et pédagogiques comme ARENA, I-Prof ou SIECLE. Il combine deux couches de vérification pour éviter des intrusions. Le ministère explique avoir détecté une vulnérabilité dans le fonctionnement du mécanisme. Celui-ci a donc été suspendu à Bordeaux sur ordre de l’ANSSI. Les proviseurs et autres responsables ne pouvaient donc plus se connecter depuis leur domicile aux outils nécessaires à la préparation de la rentrée scolaire.

« Nous n’avons pas accès, par exemple, à l’application qui nous permet de savoir qui sont les enseignants affectés sur nos établissements, ni s’ils partagent leur service entre plusieurs établissements. On travaille donc à l’aveugle sur les emplois du temps, faute de savoir où on peut positionner leurs heures de cours », témoigne Xavier Yvart, proviseur à Bordeaux.

Un manque cruel d’informations

En miroir de plusieurs syndicats, les responsables d’écoles regrettent le manque d’informations du ministère. Tandis que la rentrée scolaire approche à grands pas, Agnès Andersen, responsable du syndicat de chefs d’établissement ID-FO, souligne que les chefs d’établissements n’ont reçu « aucune information de la part du ministère sur ce qu’il se passe réellement ».

Toutes les écoles ne sont pas touchées de la même manière, car « chacune des 30 académies possède des systèmes de sécurité différents et n’applique pas le même niveau de verrouillage, le temps de procéder aux vérifications et à la mise en sécurité nécessaires », souligne François Resnais, secrétaire national du SNPDEN-UNSA. Gérard Heinz, chef d’établissement à Cholet (Maine-et-Loire) et membre de l’exécutif du syndicat des personnels de direction SNPDEN-UNSA, parle même de « chomâge technique ».

À la suite de plusieurs réunions d’urgence, le ministère s’est engagé à relancer toutes les applications nécessaires à la rentrée scolaire dans les plus brefs délais. Les outils doivent progressivement être remis à disposition des proviseurs et des enseignants à partir de ce lundi 24 août 2026. Pour rappel, la rentrée scolaire est prévue le mardi 1ᵉʳ septembre 2026.

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