L’année 2026 marque un tournant majeur pour l’industrie du smartphone, frappée par une hausse significative du coût des composants. Dans ce contexte économique tendu, Nothing a pris une décision forte : ne pas proposer de véritable flagship cette année, préférant concentrer toute son expertise sur le segment du milieu de gamme. Le Nothing Phone (4a) Pro porte donc sur ses épaules la lourde responsabilité d’incarner le summum du savoir-faire de la marque pour l’année en cours.
La concurrence est féroce, dominée par des géants qui inondent le marché de références à moins de 600 euros. La promesse marketing de Nothing est claire : offrir un appareil au caractère unique, doté de technologies souvent réservées à l’élite, tout en évitant la course stérile à la puissance brute. L’objectif est de séduire une clientèle en quête de différenciation, lassée par les sempiternels rectangles de verre anonymes.
Cependant, la réalité attendue par les puristes et les technophiles exige un équilibre parfait. Si le pari esthétique semble d’ores et déjà réussi, il reste à vérifier si les fondations techniques suivent la cadence imposée par une montée en gamme tarifaire. Voici ce que nous en avons pensé.
Prix et disponibilité
Le Nothing Phone (4a) Pro est disponible en France à partir du 27 mars 2026, avec une politique tarifaire qui marque une légère inflation par rapport à ses prédécesseurs. Le ticket d’entrée est fixé à 499 euros pour la version embarquant 8 Go de mémoire vive et 128 Go de stockage. Pour les utilisateurs les plus exigeants, une déclinaison plus musclée (12 Go de RAM et 256 Go de stockage) est proposée à 569 euros.
Cette grille tarifaire le place en confrontation directe avec des ténors du marché comme le Pixel 10a, rendant la compétition particulièrement rude. Ce positionnement tarifaire le met d’ailleurs nez à nez avec des alternatives redoutables qui misent soit sur la force de frappe photographique, soit sur une puissance démesurée. Le smartphone se décline en trois coloris plutôt sobres, mais efficaces : noir, argent (notre modèle) et un rose que l’on n’a pas l’habitude de voir chez la concurrence.
Design : après le verre, le pari de l’aluminium unibody
Avec le Phone (4a) Pro, Nothing opère une rupture esthétique majeure en délaissant le dos intégralement transparent au profit d’un châssis en aluminium unibody (une conception où la coque et le châssis sont taillés dans une seule et même pièce de métal). Ce choix confère au smartphone une rigidité exemplaire et une sensation de solidité en main que le plastique de la génération précédente ne pouvait offrir. La finition mate du métal est un régal sous les doigts et a l’immense avantage de ne retenir aucune trace de doigt.

L’ADN de la marque n’a pas pour autant disparu, il a simplement été confiné dans la partie supérieure de l’appareil. Le gigantesque bloc photo transparent, regroupant les capteurs et le fameux système d’éclairage LED, crée un contraste saisissant avec l’aluminium. Ce système lumineux, baptisé Glyph Matrix, est ici composé de 137 micro-LED (des diodes électroluminescentes de très petite taille permettant un éclairage puissant et ciblé). Bien que moins fourni que sur le Nothing Phone (3) haut de gamme, il reste deux fois plus lumineux et s’étale sur une surface 57 % plus grande.

La préhension est excellente grâce à des tranches plates qui assurent une prise ferme, bien que le poids conséquent de 210 grammes se fasse sentir lors de longues sessions d’utilisation. On note la présence d’un verre Gorilla Glass 7i à l’avant, conçu pour résister aux rayures et aux chutes accidentelles à hauteur de taille. Toutefois, on regrette l’intégration d’une petite bande en plastique disgracieuse assurant la jonction entre le verre de l’écran et le métal du châssis, un détail qui trahit son appartenance au milieu de gamme.
Du côté de la durabilité, l’appareil bénéficie d’une certification IP65. (L’indice de protection IP définit la résistance d’un produit : le chiffre 6 indique une étanchéité totale aux poussières, tandis que le 5 certifie une protection contre les jets d’eau à la lance de toutes directions). Il survivra donc sans problème à une forte averse, mais il ne faudra surtout pas l’immerger totalement dans une piscine.
Nothing réussit comme presque à chaque fois un tour de force en proposant un design industriel premium, audacieux et clivant. Si l’on met de côté son embonpoint certain et sa certification d’étanchéité modeste, la qualité de fabrication et l’ergonomie (notamment le placement judicieux des boutons) en font l’un des plus beaux appareils de sa catégorie.
Écran : une dalle lumineuse et parfaitement calibrée
Le Nothing Phone (4a) Pro déploie une magnifique dalle AMOLED de 6,83 pouces, dont l’intégration est un modèle du genre avec un ratio affichage/taille que nous avons mesuré à 91,4 %. La définition garantit une bonne finesse d’affichage avec une résolution de à 450 ppp. Les textes sont nets et la lecture prolongée n’est pas un problème.

La fluidité est assurée par un taux de rafraîchissement adaptatif oscillant entre 30 et 144 Hz. Au niveau de la luminance, nos sondes et le logiciel Calman Ultimate de Portrait Displays révèlent de bons résultats : le pic lumineux en usage standard s’établit à 792 cd/m², mais il grimpe à 1554 cd/m² (en mode boost sous un soleil de plomb) et 1523 cd/m² lors du visionnage de contenus HDR. C’est loin d’être les meilleures valeurs que nous ayons mesuré, mais ça conviendra parfaitement à la plupart des utilisateurs. À l’inverse, dans la pénombre, la luminosité minimale descend à un excellent 2 cd/m², de quoi consulter son téléphone au lit sans s’éblouir.
Sous l’œil impitoyable de notre sonde colorimétrique, le Nothing s’illustre brillamment. (Le Delta E 2000 mesure l’écart entre une couleur demandée et la couleur réellement affichée par l’écran ; en dessous de 3, l’œil humain ne perçoit plus la différence, signifiant que les couleurs sont fidèles). Le profil d’affichage par défaut (« Actif ») est résolument orienté vers l’espace colorimétrique P3 avec un Delta E de 1,2 (et 2,6 sur le sRGB). Ce mode flatte donc la rétine tout en restant très juste. Notons aussi que le profil « Normales » se spécialise sur le sRGB avec un Delta E frôlant la perfection à 0,9 (3,2 sur le P3).
La couverture colorimétrique est très généreuse : 99,9 % de l’espace sRGB (le standard du web), 94,1 % du DCI-P3 (utilisé dans le cinéma) et 68,6 % du BT. 2020 (le standard colorimétrique ultime très difficile à couvrir). Le gamma moyen (qui gère la répartition des niveaux de gris) s’établit à 2,24, très proche de la norme. Seul petit accroc : la température des couleurs (la balance des blancs) est un peu accidentée à 6609 K et le Delta E 2000 des gris stagne à 1,6.
L’écran du Phone (4a) Pro est une incontestable réussite. Lumineux, ultra-contrasté et offrant des profils de couleurs d’une rare précision, il répondra aux attentes des plus tatillons. Nous vous recommandons de conserver le profil « Actif » par défaut, excellent pour un usage mixte, ou de basculer sur « Normales » si vous tenez absolument à un rendu sRGB strict.
Performances : un moteur bridé sur certains tests, mais efficace
Pour animer son champion, Nothing a jeté son dévolu sur la puce Snapdragon 7 Gen 4 de Qualcomm, gravée selon un procédé moderne garantissant une bonne efficacité énergétique. C’est le même processeur que l’on retrouve dans le récent Realme 16 Pro+, ou encore le Motorola Edge 70. Il est ici épaulé par 8 ou 12 Go de mémoire vive LPDDR5X ultra-rapide et par un stockage répondant à l’ancienne norme UFS 3.1.

Sur le terrain des benchmarks, le Nothing Phone (4a) Pro a fait preuve d’un comportement capricieux. Le smartphone a systématiquement généré des erreurs bloquantes sur les logiciels 3DMark et InVitro, refusant tout simplement d’exécuter ces tests. Cependant, sur les autres plateformes, l’appareil répond présent. Sur Geekbench 6, il obtient un score de 1289 points en Single-Core et 4064 points en Multi-Core. Le score GPU s’établit quant à lui à 6949 points. Sur le test complet AnTuTu 11, il atteint un score de 1 457 202 points, et ne fait donc pas partie des milieux de gamme les plus véloces.
Là où le Nothing Phone (4a) Pro demande un peu d’attention, c’est sur sa gestion thermique. Contrairement à ce que laissaient supposer de précédentes observations hâtives, notre protocole de chauffe révèle une température maximale extérieure atteignant 39,4 °C. L’amplitude thermique (la différence de température entre le repos et la charge maximale) mesurée est de 18,5 °C, ce qui est excellent.
Le phénomène de throttling est présent, mais bien géré. L’appareil devient tiède sous les doigts lors des sessions de jeu lourdes comme Genshin Impact, mais maintient une cadence fluide, refusant de s’effondrer pour préserver la qualité de jeu. Même avec le mode Jeu activé, le smartphone semble bien gérer la chauffe, mais évidemment au détriment de la batterie.
Dans l’ensemble, les scores bruts montrent une puce assez capable. La chauffe en plein effort reste contenue et n’entrave pas le plaisir de jeu. Le téléphone n’atteint pas pour autant les sommets du haut de gamme.
Logiciel : Nothing ne fait rien comme les autres
L’expérience logicielle est indéniablement le cœur de l’identité de Nothing. Le Phone (4a) Pro est propulsé par Nothing OS 4.1, basé sur Android 16. La marque conserve son approche extrêmement épurée : très peu d’applications tierces parasites (bloatware) sont préinstallées. Par défaut, l’interface adopte un style monochrome, avec une iconographie matricielle (dot-matrix) au charme rétro indéniable, bien qu’il soit tout à fait possible de basculer vers les couleurs standard de l’écosystème Google pour plus de lisibilité.

L’ergonomie générale regorge de bonnes idées. Le tiroir d’applications, par exemple, peut automatiquement classer vos logiciels par catégories pertinentes (Divertissement, Productivité, Outils) grâce à une intelligence artificielle embarquée. La fonctionnalité Essential Space profite désormais de l’ajout d’un bouton physique dédié sur la tranche gauche. Une simple pression permet de capturer l’écran et d’y adjoindre une note vocale, que l’IA va ensuite retranscrire, analyser et transformer en liste de tâches ou en rappel, agissant comme un véritable « second cerveau ».
Le fameux écran arrière, le Glyph Matrix, gagne en options de personnalisation tout en restant, avouons-le, de l’ordre du gadget amusant. Il permet d’afficher des minuteries visuelles ludiques, le niveau de la batterie en le secouant légèrement, ou d’associer des schémas lumineux spécifiques à certains contacts pour savoir qui vous appelle alors que le téléphone est posé face contre table. Il fait également office d’excellente lumière d’appoint douce pour remplacer le flash éblouissant de l’appareil photo dans l’obscurité, ou encore de retour vidéo pour vous assurer d’être cadré avec les caméras arrière.

La seule véritable ombre au tableau concerne la politique de suivi logiciel. À l’heure où les concurrents directs proposent de nombreuses années de support, Nothing se contente de garantir trois années de mises à jour majeures du système d’exploitation Android. Le fabricant tente de sauver les meubles en allongeant le déploiement des correctifs de sécurité à six ans, mais cela reste une promesse décevante pour un appareil frôlant la barre des 600 euros, pénalisant mécaniquement sa durée de vie sur le long terme.
Fluide, somptueuse et débarrassée de tout superflu, l’interface Nothing OS 4.1 est un régal absolu au quotidien. Les intégrations de l’IA sont pertinentes et non intrusives, mais la longévité logicielle en demi-teinte vient légèrement ternir ce tableau quasi parfait.
Batterie et recharge : un coureur de fond aux démarrages difficiles
Le châssis aminci du Nothing Phone (4a) Pro dissimule une généreuse batterie d’une capacité de 5080 mAh. Associée à la sobriété du processeur et aux optimisations logicielles profondes de Nothing OS, cette réserve d’énergie confère au smartphone une endurance tout simplement monstrueuse. Soumis à notre protocole de test, l’appareil a tenu 21 heures, 11 minutes et 52 secondes. C’est très bien, mais il ne fait ici pas non plus partie des meilleurs de sa catégorie.

Dans le cadre d’une utilisation réelle et quotidienne (mêlant réseaux sociaux, quelques vidéos sur YouTube, des appels, des échanges de messages et une heure de jeu léger), le smartphone encaisse une journée intense sans sourciller, en vous laissant un pourcentage confortable pour entamer sereinement le lendemain.
Côté recharge, le comportement du smartphone est très atypique. Si le constructeur promet une compatibilité avec la charge rapide jusqu’à 50 W, la réalité de nos sondes affiche un pic de puissance maximal de 50 W, mais une puissance de charge moyenne qui plafonne à 25 W. Fait étrange : lorsque le téléphone est branché, la charge démarre timidement à 10 W pendant 3 longues minutes avant de réellement s’emballer.
Ainsi, après 10 minutes sur secteur, vous ne récupérez que 19 % de batterie. Il faudra patienter très exactement 1 heure et 7 minutes pour réaliser une charge complète. Une vitesse de charge correcte, mais qui n’a rien de fulgurant face à certains concurrents asiatiques. On regrettera également l’absence totale de recharge sans fil, une lacune fâcheuse à ce niveau de prix.
Audio
La partie sonore est confiée à un système de haut-parleurs stéréo asymétriques (le haut-parleur inférieur étant épaulé par l’écouteur des appels). Le rendu est globalement très convaincant, délivrant une belle clarté sur les voix et les fréquences aiguës. La séparation stéréo est bien marquée, favorisant grandement l’immersion lors du visionnage de séries ou de films sur cette magnifique dalle.
Comme bien souvent sur des châssis aussi fins, le bât blesse au niveau des basses fréquences, qui manquent d’un peu de rondeur et d’impact. Toutefois, le volume maximal est suffisamment généreux pour sonoriser une petite pièce sans que la distorsion ne vienne agresser les tympans. Les amateurs de son pur passeront logiquement par des écouteurs sans fil, le smartphone étant dépourvu de prise jack.
Photo et vidéo
Nothing a consenti de gros efforts matériels pour armer son (4a) Pro, en particulier avec l’ajout d’une véritable optique dédiée au zoom, une rareté sur ce segment tarifaire. Voici la fiche technique de l’îlot photographique arrière :
- Capteur principal (Grand-angle) : 50 Mpx (Sony LYT700c), capteur de 1/1,56 pouce, ouverture f/1,88, équivalent 24 mm, équipé d’un OIS.
- Ultra grand-angle : 8 Mpx, champ de vision de 120 degrés, ouverture f/2,2, équivalent 15 mm.
- Téléobjectif : 50 Mpx, technologie périscopique, zoom optique x3,5, ouverture f/2,88, équivalent 80 mm, équipé d’un OIS.
- Caméra frontale (Selfie) : 32 Mpx.

Grand-angle
De jour, le capteur principal d’origine Sony livre des clichés riches en détails, avec un piqué très satisfaisant (la sensation de netteté des contours de l’image). La colorimétrie reste naturelle, évitant la saturation artificielle outrancière de certains concurrents. Le HDR fait le travail pour déboucher les ombres, même si l’algorithme a parfois tendance à sous-exposer légèrement la scène globale.
De nuit, la combinaison de la stabilisation optique et du traitement logiciel permet de capturer des scènes propres, avec un bruit numérique contenu, tout en préservant l’ambiance authentiquement sombre de la scène.
Ultra grand-angle
Comme toujours chez Nothing, l’ultra grand-angle est incontestablement le talon d’Achille de ce trio. Si de jour, il permet de capturer de vastes paysages ou des monuments avec une colorimétrie un peu plus sombre que le capteur principal, on note une déformation visible sur les bords et une perte de netteté.
De nuit, ce petit capteur de 8 Mpx s’effondre : l’image devient rapidement baveuse, le bruit numérique envahit les ciels sombres et la gestion des sources lumineuses (comme les lampadaires) est laborieuse. Il servira d’outil d’appoint, sans plus.
Zoom
C’est la véritable star de cet appareil. Le périscope, toujours assez rare dans cette gamme de prix, offre un zoom optique de 3,5x, et un « crop » à 7x. C’est également le premier smartphone du marché avec un zoom numérique allant jusqu’à 140x. De jour, la qualité est bluffante, avec une restitution fidèle des textures. Mais comme on s’y attendait, mieux vaut ne pas aller au-delà de 7x pour éviter de trop perdre en qualité.
De nuit, il nécessite un peu de stabilité, mais réussit à isoler des détails architecturaux avec brio.
Portrait
C’est surtout en mode Portrait que cette focale de 80 mm fait des miracles. Les proportions du visage sont parfaitement respectées (contrairement aux portraits réalisés au grand-angle qui déforment les traits), et le détourage algorithmique autour des cheveux est d’une grande finesse. Le flou d’arrière-plan (bokeh) est progressif et très naturel. (À noter que le marketing promet un zoom numérique allant jusqu’à x140, une absurdité totale puisque passé le seuil de x10, l’image devient une bouillie de pixels inexploitable).
Selfies
La caméra frontale de 32 Mpx produit des autoportraits convaincants, bien détaillés avec des tons de peau respectés. Elle gère cependant assez mal les scènes à fort contre-jour, brûlant souvent l’arrière-plan ciel pour tenter de maintenir le visage éclairé.
Vidéo
En vidéo, le Nothing Phone (4a) Pro montre les limites techniques imposées par son processeur de milieu de gamme. Il est cantonné à un enregistrement en définition 4K à 30 images par seconde sur le capteur principal et le téléobjectif, tandis que l’ultra grand-angle doit se contenter d’un triste 1080p. Même sur le capteur selfie, nous sommes limités au 1080p à 30 fps. En 2026 et à ce prix, c’est vraiment regrettable. La captation audio par les micros est excellente et la stabilisation électronique fait un formidable travail pour annuler les secousses de la marche, mais l’absence de 4K à 60 fps est un réel manquement pour les vidéastes amateurs.
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