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Un socle pour l’avenir

Avec ce système, Microsoft va imposer des changements pour les utilisateurs, pour les développeurs et pour lui-même. Autant dire que l’éditeur prend là des paris dangereux pour son propre avenir…

Au poker, on appelle ça un all-in, ou encore un quitte ou double. Windows 8 est le défi le plus formidable de Microsoft depuis la naissance du système en 1985. Le plus fou aussi. Le plus risqué sans aucun doute. Une prise de risques majeure à laquelle le géant de Redmond ne nous a pas habitués. Mais l’éditeur a-t-il vraiment le choix ? L’informatique est en pleine révolution, en pleine mutation. L’omniprésence du cloud, l’hypermobilité des appareils modernes, la généralisation de la voix et du toucher dans les interfaces homme-machine sont autant de révolutions qui modifient notre façon d’accéder, de consommer et de produire des contenus numériques. Depuis des décennies, l’informatique personnelle est régie par Windows et les produits Microsoft. Et voilà que soudain, tout peut changer… tout est en train de changer. Microsoft ne pourra pas prétendre ne rien avoir vu venir.

Des années de recherche

Au travers de vidéos et de projets expérimentaux, MS Research nous inonde depuis longtemps d’ordinateurs miniatures avec projecteurs intégrés, de grands écrans muraux interactifs, d’appareils qui répondent à la voix et aux gestes, de tablettes ultrafines à emporter partout, chez soi et ailleurs, de contenus accessibles partout et sur tout. Ce futur est en train de se concrétiser à très grande vitesse et Microsoft s’est fait distancer sur certains domaines dans lesquels il a été précurseur, comme les tablettes et les écrans tactiles. En effet, depuis 2000, la firme a travaillé sur différents concepts de matériels pilotés au stylet, puis au doigt. Elle aurait pu sortir un OS pour tablettes en même temps que ses Windows Phone 7. Des projets comme la tablette Courier ont été abandonnés au dernier stade de leur développement. Car l’éditeur a préféré opter pour une autre piste, celle d’adapter Windows à ce nouvel univers au risque d’arriver très en retard sur le marché.

Windows partout

Pour Microsoft , les tablettes actuelles ne sont que des périphériques immatures et “ jetables ”. Leur durée de vie est d’autant plus limitée que les technologies qui les propulsent se renouvellent intégralement tous les six mois. Leurs interfaces sont déjà en partie désuètes. Et leurs usages restent cantonnés à des opérations essentiellement ludiques (lecture, films, jeux). Ainsi tablettes, tablettes convertibles, netbooks, ultrabooks, appareils tactiles et téléviseurs connectés ne seraient que différents moyens d’accéder aux mêmes infos, aux mêmes applis ; tout n’étant qu’une question de contexte.Cette vision, pas nouvelle, est celle du Windows everywhere (Windows partout) née en 1998 ! à l’époque déjà, Microsoft évoquait tablettes et Web-TV. Mais l’éditeur a réalisé sur le tard que pour concrétiser un tel projet, il fallait adapter l’interface utilisateur aux usages. Pendant des années, les créateurs de Windows ont cru qu’une même interface statique pouvait convenir à des machines radicalement différentes… Il aura fallu l’arrivée de l’iPad pour que Microsoft réalise son erreur.La remise en question est promise avec Windows 8, dont l’interface utilisateur s’adapte enfin aux usages et aux machines. Mais comme le temps presse, l’évolution ne peut se faire en douceur. Windows 8 déboule donc brutalement avec un double visage. Le premier est connu de tous, c’est le Bureau : il assure la compatibilité avec l’existant et sous-entend que productivité rime avec souris et clavier. Le second, radicalement différent, c’est Metro : il redessine le portrait des applications et exige l’apprentissage de nouvelles gestuelles aussi bien tactiles que spatiales.

Qu’importe l’interface

Microsoft considère aussi que les utilisateurs sont déjà pour la plupart habitués à changer d’environnements et sauront rapidement trouver leurs repères en fonction des appareils (PC, tablettes, téléphones, consoles, TV) et des usages. Après tout, les logiciels Windows bénéficient déjà d’une très grande variété de looks et les utilisateurs passent sans sourciller du PC au téléphone, puis au Web, en passant par la console de jeu. Bref, Microsoft parie que nous saurons jongler avec les deux visages de Windows 8 et les percevoir comme un tout, à vrai dire, l’écart était déjà gigantesque entre Windows 1.0 et Windows 7 ; il devrait être encore plus important avec Windows 8, où les applications s’affichent en plein écran, collaborent entre elles et se pilotent tout aussi bien à la souris qu’au doigt…

Mission zéro virus

Dans cet environnement, l’utilisateur n’a plus à quitter les applications. Surtout, le système refuse l’installation de “ choses ” louches et inconnues, et tue de lui-même les programmes dévoreurs d’énergie et de ressources. Car parallèlement, l’éditeur veut débarrasser Windows des virus et revenir à une simplicité à laquelle les smartphones nous ont maintenant habitués, mais qui n’a jamais été la qualité première du système. Pour cela, Windows doit héberger un nouvel environnement d’exécution des programmes nommé WinRT avec, à la clé, d’autres applications. Celles-ci sont d’autant plus essentielles qu’il faut en réinventer totalement le design et l’ergonomie. De quoi offrir aux développeurs un monde à recréer intégralement ! Car le système d’exploitation arrive sans aucun logiciel adapté à Metro.

Unification en vue

Windows a vu passer un nombre hallucinant de révolutions technologiques. Chaque fois, il a su contribuer à leur développement sur le long terme : évolution des systèmes de stockage, des accélérateurs graphiques, interfaces d’entrées-sorties, processeurs multicœurs. Windows est suffisamment évolutif pour accompagner les transformations à venir. Et même chez Microsoft, il ne pourra en rester qu’un seul au final… Windows 8 ouvre donc la voie à l’unification de tous ses systèmes : Windows CE, Windows Phone, Windows Embedded… Après tout, les mobiles sont infiniment plus performants que les PC Windows d’il y a vingt-cinq ans !

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Loic Duval et Amine Meslem