Un mois, c’est le temps qu’il aura fallu à la taxe européenne sur les petits colis pour commencer à mordre. Selon le ministère de l’Économie, qui s’appuie sur des chiffres des douanes françaises, les importations en provenance de Chine ont chuté de 30 à 40 % dans l’Union européenne depuis son entrée en vigueur. Du côté de certains aéroports, on parlerait même de baisses touchant la moitié du trafic habituel.
Un mécanisme simple, un volume à l’origine astronomique
Depuis le 1er juillet, une taxe de trois euros s’applique à chaque catégorie de produit contenue dans un colis importé, dès lors que sa valeur reste inférieure à 150 euros. Un colis mêlant un t-shirt, une coque de smartphone et un jouet se voit ainsi taxé trois fois, quand un colis de trois t-shirts identiques n’est taxé qu’une seule fois.
Le dispositif cible avant tout les plateformes asiatiques Shein, Temu et AliExpress, à l’origine d’un afflux de colis devenu difficile à ignorer. En 2025, près de 5,9 milliards de petits colis sont entrés sur le marché européen, soit plus de 180 chaque seconde, un volume quatre fois supérieur à celui de 2022. Sur ce total, 93 % provenaient de Chine, ces plateformes profitant jusqu’ici d’une exonération de droits de douane sur les colis de moins de 150 euros.
Des données qui convergent, un test aussi côté Royaume-Uni
Les chiffres des douanes françaises trouvent un écho du côté des données bancaires françaises. Selon l’application Joko, qui analyse les transactions de 1,5 million de personnes en France, les ventes en volume de Temu ont reculé de 50 % entre juin et juillet, celles d’AliExpress de 37 % et celles de Shein de 15 % seulement. Dans le même temps, le panier moyen a bondi de 30 % chez Temu et de 27 % chez AliExpress, signe que les acheteurs restants regroupent davantage d’articles par commande pour limiter l’impact de la taxe.
La résistance plus marquée de Shein s’expliquerait par une stratégie d’anticipation : l’entreprise a ouvert dès décembre 2025 un entrepôt de 740 000 m² en Pologne, soit l’équivalent d’une centaine de terrains de football. Les marchandises y sont stockées en gros volume avant d’être reconditionnées en petits colis puis acheminées par la route vers les clients européens, un montage qui permet d’échapper au statut de colis importé directement depuis la Chine, et donc à la taxe elle-même.
Un comparatif involontaire vient aussi conforter cette lecture globale : au Royaume-Uni, non concerné par le dispositif européen, les plateformes chinoises ont au contraire enregistré une hausse de 5 % de leurs ventes en valeur en juillet, selon l’institut NielsenIQ.
Un rebond après l’échec de la taxe française
Ce succès contraste avec l’expérience française du printemps. Paris avait tenté sa propre taxe de deux euros dès le 1er mars, avant l’entrée en vigueur du dispositif européen. Une initiative rapidement contournée : les plateformes avaient simplement redirigé leurs colis vers des pays frontaliers, notamment via l’aéroport de Liège, avant de les acheminer par la route jusqu’en France, provoquant au passage des suppressions de postes dans le fret parisien. Face à cet échec, la France avait fini par suspendre sa taxe nationale au profit du seul dispositif européen.
« Face à la Chine, il n’y a pas de fatalité », s’est félicité le ministre de l’Économie Roland Lescure lors de l’événement de rentrée du Medef. « On s’est battus il y a à peu près un an pour introduire une taxe sur les petits colis, au niveau français, ça n’a pas marché, ça a été contourné. Au niveau européen, ça devait se mettre en place en 2028 », a-t-il rappelé, revendiquant d’avoir accéléré le calendrier initialement prévu par Bruxelles.
Des critiques et une suite déjà programmée
AliExpress a réagi auprès de l’AFP en dénonçant des « failles fondamentales » dans la conception de la mesure, estimant que ces surcoûts « pèsent de manière disproportionnée sur les ménages à faibles revenus à travers l’Europe ». Shein n’a pas souhaité commenter, tandis que Temu n’avait pas réagi dans l’immédiat.
Le dispositif doit rester en vigueur jusqu’à une réforme plus large du système douanier européen, attendue dans deux ans. Il sera complété dès novembre par des frais de traitement supplémentaires, dont le montant, encore à déterminer, pourrait avoisiner deux euros par colis.
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Source : Les Echos

