En juillet 2025, l’opérateur américain T-Mobile devenait le premier opérateur au monde à proposer une connexion satellite directe vers les smartphones de ses abonnés. Le tout via la constellation Starlink de SpaceX. Neuf mois plus tard, le bilan est rude. Lors de la présentation des résultats du premier trimestre 2026, le PDG Srini Gopalan a reconnu une sous-utilisation massive. L’essentiel du trafic se concentre dans les parcs nationaux. Partout ailleurs, les abonnés n’activent quasiment jamais la bascule vers le satellite.
L’explication tient en une phrase : le réseau terrestre de T-Mobile est trop bon. La couverture 4G et 5G s’est tellement densifiée que les abonnés ne tombent presque jamais hors réseau. Le satellite fonctionne comme un airbag : rassurant à avoir, rarement déclenché. Un bémol toutefois : Gopalan, patron d’un opérateur terrestre, a tout intérêt à minimiser l’utilité du satellite. Et le premier trimestre correspond à l’hiver américain, saison creuse dans les zones reculées.
L’Europe investit dans un service dont personne ne se sert aux États-Unis
Le retour d’expérience américain tombe mal pour les opérateurs européens. En décembre 2025, Orange est devenu le premier du continent à commercialiser un service de SMS par satellite, baptisé « Message Satellite ». Le service repose sur la technologie Skylo (pas Starlink) et reste limité aux abonnés 5G équipés d’un Google Pixel 9 ou 10. En mars, Orange a signé un accord avec AST SpaceMobile et Satellite Connect Europe, la coentreprise Vodafone/AST basée au Luxembourg. Des tests voix, SMS et données sont prévus en Roumanie au second semestre. Deutsche Telekom, de son côté, prépare un lancement du même genre avec Starlink en 2028 dans dix pays européens.
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La couverture mobile en Europe occidentale est globalement plus dense qu’aux États-Unis, où les distances entre antennes se comptent parfois en dizaines de kilomètres. Si le direct-to-device peine à trouver son public dans les grands espaces américains, les cas d’usage en France se réduisent davantage. Restent la haute montagne, la pleine mer et les zones blanches résiduelles. Le marché mondial du D2D est pourtant estimé à 3,56 milliards de dollars en 2026. Il pourrait atteindre 26,6 milliards d’ici 2034, selon Fortune Business Insights.
Du filet de sécurité au produit B2B
Face à la sous-utilisation grand public, T-Mobile pivote. L’opérateur a lancé cette semaine SuperBroadband, une offre entreprises combinant 5G et Starlink à 250 dollars par mois. Promesse : une couverture garantie sur chaque code postal américain. Le satellite y joue un rôle de redondance, pas de connexion principale. C’est sans doute la leçon la plus utile pour Orange et ses concurrents européens : le D2D n’est pas un produit de masse, c’est une brique d’infrastructure. Pratique en cas de catastrophe naturelle, utile pour les professionnels du terrain, marginale pour un abonné urbain qui capte la 4G jusque dans son ascenseur.
Les randonneurs du GR20 apprécieront. Pour les 67 millions d’abonnés mobiles français, le satellite sur smartphone reste un luxe dont on espère ne jamais avoir besoin.
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Source : The Information

