Le chantier traîne depuis des années. Apple a promis un Siri vraiment intelligent, puis l’a repoussé, faute de modèle maison à la hauteur. La solution retenue passe par ses rivaux : pour faire tourner la nouvelle version de son assistant, la firme s’appuierait sur le cloud de Google et sur les puces de NVIDIA.
Pourquoi Apple a-t-il choisi Google ?
Le nouveau Siri reposera sur un modèle Gemini sur mesure, fort de 1 200 milliards de paramètres, dans le cadre d’un accord pluriannuel estimé à environ 1 milliard de dollars par an. Avant d’en arriver là, Apple avait pourtant d’autres prétendants : la firme a évalué ChatGPT, d’OpenAI, et Claude, d’Anthropic, ce dernier faisant même longtemps figure de favori, avec une version maison déjà testée sur les serveurs d’Apple. Les discussions ont buté sur le prix : Anthropic réclamait plusieurs milliards de dollars par an, un montant appelé à doubler sur trois ans. Google s’est révélé bien moins cher, dans un contexte juridique plus confortable, les deux firmes étant déjà liées par l’accord à 20 milliards de dollars qui fait de Google le moteur de recherche par défaut sur iPhone. OpenAI, de son côté, posait d’autres soucis, entre recrutement d’ingénieurs maison et projet de matériel concurrent. Apple continue pourtant d’utiliser Claude en interne pour développer ses produits, signe que le désaccord portait sur la facture, pas sur la qualité du modèle.
Quelles dépendances Apple accepte-t-il ?
Pour encaisser la charge, c’est-à-dire entraîner et faire tourner un assistant utilisé par des centaines de millions d’iPhone, Apple s’appuierait aussi sur l’infrastructure de Google et sur les accélérateurs de NVIDIA, soit ce qui se fait de plus puissant pour les grands modèles de langage. Ce sont les mêmes puces qui alimentent aujourd’hui toute la course à l’IA générative, et qu’aucun fabricant ne sait encore vraiment remplacer. Le héraut de l’intégration verticale, qui conçoit ses propres puces et clame son indépendance, se retrouve ainsi à louer le cerveau de son assistant à un rival et sa puissance de calcul à un autre.
La promesse de confidentialité, elle, vacille un peu. Apple jure que le traitement reste sur l’appareil ou dans son Private Cloud Compute, mais faire tourner un modèle Google soulève des questions, et pour la refonte plus profonde attendue à sa conférence des développeurs, les deux entreprises évoqueraient carrément de l’héberger sur les serveurs de Google. Une première version dopée à Gemini est attendue dès le printemps, avant une refonte complète plus tard dans l’année. À la clé, un assistant capable de conversations suivies et d’actions enchaînées entre applications, loin du Siri poussif d’aujourd’hui.
Apple s’offre ainsi un Siri enfin compétitif, mais au prix de son indépendance : le champion de l’intégration verticale loue désormais l’intelligence de son assistant à un rival et sa puissance à un fournisseur. Pour l’utilisateur, le marché est simple, un assistant plus malin contre une dépendance de plus, soigneusement rangée sous le capot.
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Source : The Information

