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Meta abandonne l’IA Manus après avoir déboursé deux milliards de dollars

Deux milliards de dollars pour acheter, un memo interne pour tout débrancher. Meta organise l’extinction de Manus sur ordre de Pékin, qui applique au géant américain la recette inventée par Washington contre TikTok.

La fièvre des agents IA vire à la grippe chez Meta. Depuis le début de l’année, toute la tech ne jure plus que par ces « collègues numériques » capables de trier vos mails, coder de nouvelles fonctions dans votre application et de remplir vos tableurs pendant votre sommeil. Meta avait choisi la voie rapide pour entrer dans la course : un chèque de plus de 2 milliards de dollars, signé en décembre, pour s’offrir Manus. Six mois plus tard, un memo interne demande aux équipes de migrer leurs projets et de ne plus rien lancer sur la plateforme, dont l’accès aux systèmes du groupe est coupé depuis début juin. Le document emploie un mot sans ambiguïté : Meta est en train de « sunsetting » Manus, autrement dit de l’éteindre proprement (la formule polie du secteur pour parler d’un enterrement).

Comment Manus est passé de pépite mondiale à patate chaude ?

Le feuilleton commence en mars 2025, quand une démo d’agent IA autonome cumule plus d’un million de vues en vingt heures. Manus navigue sur le web, code, gère des fichiers et enchaîne les tâches sans supervision, et la planète tech y voit le deuxième « moment DeepSeek » de la Chine. La start-up lève 75 millions de dollars auprès du fonds américain Benchmark en mai, ferme ses bureaux chinois en juillet et déménage à Singapour sans demander l’autorisation de Pékin (un oubli administratif qui va finir par peser deux milliards).

Quand Meta dégaine son chéquier en décembre, le marché des agents entre justement en ébullition : Claude Cowork débarque le 12 janvier, l’open source OpenClaw aligne 60 000 étoiles GitHub en 72 heures, et Mark Zuckerberg n’a aucune intention de regarder passer le train. L’intégration de Manus se fait au pas de course, dirigeants transférés, équipes branchées sur les systèmes internes, salariés du groupe convertis aux outils maison. Les autorités chinoises, qui n’ont rien perdu de cet empressement, ouvrent une enquête dès janvier. En mars, les deux cofondateurs sont convoqués à Pékin et interdits de quitter le territoire. Le 27 avril, le couperet tombe dans un communiqué d’une seule phrase : la transaction doit être annulée, sans justification ni voie de recours. Jamais Pékin n’avait publiquement bloqué une acquisition étrangère dans l’IA depuis l’entrée en vigueur de ses règles de contrôle des investissements en 2021.

Pourquoi ce dossier ressemble furieusement à l’affaire TikTok ?

Washington a passé des années à sommer ByteDance de céder TikTok sous peine de bannissement, au nom de la sécurité nationale, et Pékin vient de retourner l’argument à l’envoyeur. Pas question de laisser les talents et la technologie d’une start-up fondée en Chine filer chez un géant américain, même après un déménagement à Singapour. Le message aux fondateurs chinois tentés par l’exil est assez clair (la Chine a d’ailleurs durci depuis ses règles sur les investissements sortants, histoire de verrouiller les prochains candidats au départ).

Reste l’addition, et elle est salée pour tout le monde. Les trois fondateurs cherchent à lever 1 milliard de dollars pour racheter leur société à la valorisation payée par Meta, avant une possible introduction à la Bourse de Hong Kong. Le détricotage s’annonce acrobatique, puisque les investisseurs historiques ont déjà touché leur chèque et que certaines passerelles entre Manus et l’écosystème Meta, dont Instagram et le gestionnaire de publicités, restent actives malgré le pare-feu. Le service continue même d’ajouter des fonctionnalités pendant que son propriétaire creuse sa tombe, une liquidation avec animations commerciales en quelque sorte. Si un agent IA trie vos mails sous la marque Manus, savourez le moment : peu de logiciels peuvent se vanter d’avoir survécu à deux superpuissances, et bientôt à deux propriétaires.

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Source : Bloomberg